Le dernier Troyen

La Loutre Masquée vous invite aujourd’hui à plonger dans la mythologie grecque avec « Le dernier Troyen ». Très librement inspiré de « L’Odyssée » d’Homère et de « l’Eneide » de Virgile, tout cela transposé en science fiction… Une grande odyssée cosmique qui vous emmènera loin, bien plus loin…

Après la guerre de Troie

Suite à la chute de Troie, le stratège Enée parvient à s’échapper des griffes des assaillants. Avec quelques compagnons, il parcourt désormais l’espace à la recherche d’une planète que sa mère, la déesse Vénus, lui a promise. Mais son destin n’est décidément pas de trouver la paix. Il devra affronter bien des épreuves avant de trouver un lieu où bâtir la nouvelle Rome…

Après la mythologie nordique avec « Le Crépuscule des Dieux », nous voici donc en pleine mythologie grecque ! L’histoire d’Enée telle que la raconte Virgile dans « L’Eneide » est assez proche de celle de son ennemi Ulysse dans « L’Odyssée » d’Homère : un voyage insensé semé d’épreuves et de rencontres fantastiques… Alors qu’Ulysse cherche à retrouver l’île d’Ythaque et sa famille, Enée cherche un lieu pour faire prospérer son peuple, qui sera à l’origine de l’Empire romain. Dans la BD, on voit d’ailleurs souvent Virgile conter ces aventures à Augustus, l’Empereur Galactique.

Les hommes sont-ils condamnés à être les jouets des dieux ?

Telle est la question qu’Enée se pose sans cesse au fil de son voyage. Il ne cessera d’être contrarié par les humeurs des dieux et connaîtra bien des aventures. Sauf que tout cela est transposé en science-fiction : les héros sillonnent l’espace dans de grands vaisseaux profilés comme des galères antiques, leurs scaphandres rappellent les armures des guerriers de l’Illiade, les dieux sont des géants cosmiques, Troie est une planète troglodyte et le fameux cheval est un vaisseau spatial…

Avec Andromaque et d’autres compagnons, Enée va rencontrer le peuple des amazones, affronter la méduse et son regard pétrifiant, croiser plusieurs fois la route de son ennemi Ulysse, et ira même jusqu’à arpenter le Styx, le fleuve des Enfers…

Bref, tout cela est très prenant et très dépaysant, et la transposition en science-fiction fonctionne plutôt bien. Les auteurs en profitent pour aborder des thèmes de société d’aujourd’hui : les concepts de féminité et de masculinité, la dépendance à la drogue, l’homosexualité, la notion de propriété privée…

Une adaptation très libre mais assumée

C’est une adaptation très libre qui nous est proposée ici : beaucoup d’évènements contés dans cette série n’ont jamais eu lieu dans le récit original : par exemple, Enée n’a jamais rencontré Ulysse ni le peuple des amazones… Mais l’auteur Valérie Mangin assume complètement cette liberté : « Les poèmes de Virgile et d’Homère n’ont probablement aucun fondement historique. Ce sont avant tout de pures créations littéraires qui s’appuient sur de vieux mythes connus de tous dans l’Antiquité. (…) En Grèce encore plus qu’à Rome, c’était la tradition pour chaque auteur d’improviser librement autour de canevas généraux de la guerre de Troie et des héros survivants. Crier au scandale parce qu’un poète n’aurait pas respecté telle partie du récit aurait semblé absurde aux auditeurs de l’époque. (…) Etre irrespectueux, c’est finalement être fidèle à la tradition antique ! »

Des auteurs atypiques, pour une série qui divise

Avant de se lancer dans la bande dessinée, la scénariste Valérie Mangin a fait de longues études d’histoires, ce qui explique son intérêt et sa connaissance de la mythologie. Pour l’anecdote, elle est mariée à René Bajram, auteur de la série « Universal War One » (une référence de la BD de science-fiction), avec qui elle a fondé les éditions Quadrants Solaire, dont elle a été la directrice de collection jusqu’en 2008.

Thierry Demarez est lui aussi un dessinateur très particulier : ses dessins se rapprochent plus de la peinture réaliste, et son trait est reconnaissable entre mille. Il a notamment participé aux séries « La geste des chevaliers dragons » et « Marie des dragons ».

Le public est divisé : certains n’aiment pas, trouvent cela maladroit, peu original (Ulysse 31 n’est pas très loin, diront-ils), un peu mou, et trouvent les dessins trop « figés »… D’autres trouvent cela somptueux dans le fond et dans la forme, et aiment se laisser emporter dans cette mythologie revisitée qui n’oublie pas les conclusions un brin philosophiques… Vous l’avez deviné, la Loutre Masquée se situe plutôt dans cette deuxième catégorie ! 🙂

Cette série fait partie des « Chroniques de l’Antiquité Galactique », qui comprend également « Le Fléau des Dieux » qui transcrit l’histoire d’Atila le Hun en science-fiction, encore une fois (plus aboutie, plus complexe que « Le dernier Troyen » mais aussi moins accessible au néophyte) ainsi que « La Guerre des Dieux », une adaptation de l’Illiade, en pleine guerre de Troie.

Quelques couvertures

En bref

6 albums (série terminée)

Auteurs : Valérie Mangin et Thierry Demarez

Editeur : Soleil / Quadrants Solaire

Et pour aller plus loin, découvrez l’Antiquité Galactique sur le site de Valérie Mangin, très complet : http://www.mangin.tv/chroniques/

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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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Un commentaire sur "Le dernier Troyen"

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    24 Nov 2010

    Dans le même genre voir le fléau des dieux (ak attila), c’est le même délire reprenant la Rome antique.