La Vilaine – interview de Renan Coquin

Illustration : Loïc Gosset

Illustration : Loïc Gosset

«La Vilaine », c’est une nouvelle revue de bande dessinée, qui réunit un grand nombre d’autrice·eur·s de BD rennais·es que nous aimons déjà beaucoup à la Loutre Masquée : Nicoby, Laurent Lefeuvre, Léa Mazé, Lomig, Sebba… et beaucoup d’autres !

Chacun y va de son histoire courte, avec pour seul point commun le décor : la ville de Rennes !

A l’occasion de la sortie du premier tome, nous avons rencontré au festival « Pré en bulles » Renan Coquin, auteur et membre du comité de pilotage. Sortez les pop-corn, séance interview !

 

 

Peux-tu présentent le projet « La vilaine » aux gens qui ne le connaîtraient pas encore ?

La Vilaine est un projet collectif de bande-dessinée. L’idée est dans un premier temps de fédérer les autrice·eur·s de bande-dessinée, tant au scénario qu’au dessin, en amateur·rice ou en pro, autour d’une revue de bande-dessinée. Rennes est une ville riche en talents dans le milieu, avec un vivier exceptionnel d’autrice·eur·s. La culture fanzine fait partie intégrante de son ADN, on compte un nombre conséquent de librairies spécialisées… Il nous a semblé intéressant de proposer une jolie revue, imprimée sur un beau papier avec un contenu à l’image de ce qui se fait à Rennes.

Par ailleurs, il nous paraissait important de monter ce projet sans contrainte autre que le lieu où se passent les histoires. Toutes se situent donc à Rennes, et nous voulions que la revue soit à l’image de la culture BD rennaise : hétérogène, sans complexe, diverse… Il fallait une place à tous les styles, du plus underground à quelque chose de plus « grand public », sans censure dans les propos, les sujets abordés. Chaque autrice·eur est libre d’apporter sa pierre à l’édifice. Nous avons évidemment porté attention à la qualité générale des récits, mais tou·te·s ont leur place au sein du collectif. Et nous pensons avoir atteint cet objectif…

Renan Coquin, Elsa Bordier, Claire Malary et Céline Bertin au festival « Pré en bulles »

Renan Coquin, Elsa Bordier, Claire Malary et Céline Bertin au festival « Pré en bulles »

 

Comment est venue cette idée de réunir tou·te·s ces autrice·eur·s rennais·es ?

La Vilaine est la réunion de deux projets initialement distincts. D’une part l’envie de raconter des histoires à plusieurs mains, mais nous reviendrons sur le sujet plus tard, et le constat que, s’il existait des lieux de rencontres pour les autrice·eur·s rennais·es – comme par exemple au Bar-à-Mine ou lors de diverses manifestations – il restait difficile de sortir de son atelier pour échanger, rigoler, travailler entre gens qu’une même passion anime. Nous avons donc cherché à créer ce lieu, dans les bars d’abord, puis dans le cadre des rendez-vous 4C aux Champs Libres, qui nous ont gentiment accueillis.

Nous n’avons pas la prétention de dire que nous sommes les seul·e·s à permettre cette émulation sur Rennes, mais notre démarche reste unique dans son genre. Si nous comptons quatre membres fondateurs, toutes les décisions se font collectivement, bien au-delà de ce noyau initial. Le pari initial de l’émulation collective est réussi, et nous comptons bien toucher encore plus de monde avec ce premier numéro !

 

Illustration : Lomig

Illustration : Lomig

Les autrice·eur·s réuni·e·s dans cette revue se connaissaient déjà avant ? Ou il·elle·s se sont rencontré·e·s autour de ce projet ?

Une partie d’entre e·ux·lles, oui. Mais la plupart des participant·e·s se sont connu·e·s au sein du collectif. Plus de 50 personnes ont répondu présent lors du premier événement organisé, venant de tous horizons. C’est cette richesse que nous cherchions. La rencontre des différents réseaux existants, ou plutôt coexistants, à Rennes. Sans compter les nombreux·ses amatrice·eur·s qui, dans leur coin, dessinaient sans oser passer le pas… C’est aussi ça, La Vilaine. L’occasion de confronter son travail à l’œil aguerri des professionnel·le·s, toujours dans un esprit de partage.

 

Comment de temps avez-vous mis à donner naissance à ce bel objet ?

La toute première réunion a eu lieu en janvier 2018. Il a fallu plusieurs mois pour définir complètement les contours du projet, être en position de répondre aux interrogations multiples des un·e·s et des autres. Mais à force de travail, nous avons réussi à fédérer une trentaine de personnes et si les premières planches sont arrivées en mai de la même année, nous avons arrêté la maquette à 160 pages de bande-dessinée en juin dernier. La campagne de financement s’est déroulée le même mois, et nous avons finalisé le livre au cours du mois d’août.

 

La BD a été en grande partie financée par votre campagne Ulule. Comment avez-vous vécu ce financement participatif ?

Fabriquer une revue à grande échelle demande en effet pas mal d’argent. Nous sommes tous bénévoles, que ce soient les membres du comité de pilotage ou les autrice·eur·s, mais les frais liés à l’impression, les envois postaux et la volonté de faire de La Vilaine une revue – donc par essence périodique – nécessite la mise en place d’un modèle économique viable. Nous souhaitions par ailleurs avoir un prix de vente relativement abordable.

Illustration : Nicoby

Illustration : Nicoby

En partant sur l’impression de 1500 exemplaires, il nous est rapidement devenu évident que nous devrions passer par le financement participatif. Nous avons donc demandé aux internautes un soutien, à hauteur de 350 revues en pré-achat, afin de couvrir l’impression du premier numéro. La campagne a été un franc succès avec 450 revues pré-achetées : nous sommes aptes à passer aux choses sérieuses ! Il est désormais possible d’organiser des événements, de participer aux divers festivals de la région et d’avoir une visibilité sur le territoire. Et, ce qui est primordial, nous sommes en passe de pérenniser notre modèle.

Ce succès, qui nous procure évidemment un grand plaisir, a été largement rendu possible par le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux et les médias locaux et/ou spécialisés (comme ici-même, chez la Loutre Masquée !). Il semble que notre projet suscite de l’intérêt un peu partout, et c’est tant mieux ! Ceci dit, il est évident qu’une telle campagne est éprouvante, même en la menant de manière collective. La masse de travail à fournir en peu de temps est considérable : les visuels à fournir, les fameux goodies à inventer et préparer, la présence et la communication sur les réseaux sociaux quasi-quotidienne, établir différents budgets selon plusieurs scénarii de réussite… Nous n’avons pas chômé ! Toujours est-il que tout s’est bien passé, et que le résultat est enfin entre nos mains… Nous sommes peut-être vilains, mais nous sommes heureux !

Lomig, Chloé Gwinner, Loïc Gosset et Maryse Berthelot au festival « Pré en bulles »

Lomig, Chloé Gwinner, Loïc Gosset et Maryse Berthelot au festival « Pré en bulles »

 

J’ai particulièrement apprécié le chapitre « Rennais·es », tourné autour de plusieurs habitant·e·s de Rennes, qu’on l’on retrouve mis en scène dans différentes histoires par différent·e·s autrice·eur·s. Comment est née cette idée ?

C’est un des deux projets antérieurs à la Vilaine dont nous parlions plus haut, initialement porté par Maryse Berthelot et Loïc Gosset, deux anciens fanzineux de la Grande Epoque. Il·elle avaient dans l’idée de créer un espace dédié à la création à plusieurs mains d’un univers choral, où les personnages traversent les récits un peu à la manière des « Autres Gens » de Thomas Cadène. A la différence, notable, qu’il était hors de question qu’une seule personne soit aux commandes du scénario. Toujours cet esprit collectif. Il semblait plus intéressant de permettre aux participant·e·s de laisser libre cours à leur créativité, rendant « Rennais·es » plus complexe, et plus rigolo aussi. C’est un cadavre exquis protéiforme qui s’enrichit d’un récit à l’autre.

 

Illustration : Jop

Illustration : Jop

On a tous forcément déjà rencontré certains de ces personnages : le patron d’un bar historique, le SDF un peu perdu, l’homme d’affaires startupper, la femme au foyer adepte de yoga, l’homme qui parle tout seul dans la rue… Vous vous êtes inspirés de personnes réelles ?

Comme nous l’avons dit, le maître-mot de ces récits est la liberté des autrice·eur·s. Il est évident que le fait de vivre à Rennes nous permet d’y croiser certains personnages sans qui Rennes ne serait plus la même. Il peut donc arriver qu’un·e des autrice·eur·s ait pu s’en inspirer. Mais il est aussi évident que ce qui est proposé dans la revue constitue de la fiction. Ces personnages charismatiques sont donc des versions fantasmées d’eux-mêmes, les réceptacles de l’imagination des autrice·eur·s.

 

On trouve toutes sortes d’histoires : des choses drôles et légères, d’autres plus graves ou sociales, mais aussi des récits historiques, … Y avait-il des contraintes imposées pour les autrice·eur·s ?

Encore une fois, aucune contrainte n’a été imposée en dehors du lieu : Rennes. C’est justement la diversité des récits, tant dans leur forme que dans leurs sujets, qui nous a poussés à faire des rubriques distinctes, selon le type de récit. Mais l’idée de rubrique s’est imposée a posteriori. Nous n’avons pas cherché à « faire une rubrique sociale » ou « une rubrique historique ». Il nous a simplement paru naturel de réunir les récits que nous avions par thème. De même, il est hors de question de nous limiter, à l’avenir, à ces rubriques. Vous n’êtes pas à l’abri de lire du polar, de la S.F. ou du reportage dans le prochain numéro !

 

Où peut-on se procurer cette revue ?

Illustration : Gad

Illustration : Gad

La Vilaine a paru tout récemment. Nous avons été gentiment invités par le festival « I’m from Rennes » durant le Biergarten au Parc Saint-Cyr, puis par les Champs Libres pour notre lancement et enfin par le festival Pré-en-Bulles de Bédée, qui nous a réservé un bel accueil. Mais ce n’est pas tout : les libraires de la ville nous suivent avec intérêt. Des séances de dédicaces sont prévues dans les librairies Critic et M’enfin ce vendredi 27 septembre, ainsi que dans la librairie Le Failler le samedi 5 octobre. Mais la revue sera présente dans nombre de librairies rennaises (la Librairie du Voyage, la Nuit des Temps, Ty’Bull, Pécari ou la Nef des Fous ; la liste ne cesse de s’allonger !) et même peut-être dans d’autres villes. Il vous sera encore possible de venir récupérer votre exemplaire, si vous avez participé à la campagne Ulule, au Papier Timbré, le 5 octobre au soir, ou à Saint-Malo pendant le festival Quai des Bulles. Vous n’avez donc plus de raison de nous rater !

 

J’ai cru comprendre qu’un deuxième tome est déjà en préparation. Peux-tu nous en dire plus ?

Le succès que nous rencontrons est en effet de très bon augure pour le futur de la revue. Nous commençons d’ores et déjà à recueillir les projets d’histoires pour le second numéro. Plusieurs histoires sont en cours de réalisation, et nous sommes prêts à accueillir les petit·e·s nouveaux·elles. Nous serons présents aux rendez-vous des 4C aux Champs Libres tout début octobre : si vous en avez l’envie, vous serez les bienvenu·e·s… Nous attendons vos projets avec impatience !

 

Va-t-on y retrouver d’autres autrice·eur·s ?

Certainement. Quelques noms circulent, mais il est encore trop tôt pour en parler. L’objectif n’est pas de faire tourner les mêmes autrice·eur·s en permanence : rappelons que les autrice·eur·s sont bénévoles et il ne s’agit pas de les épuiser. Nous voulons vraiment que ce projet s’inscrive dans la durée… Toujours est-il que nous comptons bien inonder Rennes avec notre Vilaine numéro 2 en septembre 2020 !

 

Page Facebook : https://www.facebook.com/lavilaineasso/

En bref

Série en cours, 1 tome paru, plusieurs histoires courtes

Auteur : Collectif d'auteurs rennais !
Editeur : Auto-édité

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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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