« Heroics » : interview de Maxime Garbarini à Quai des Bulles


Au festival quai des bulles l’an dernier, nous avions rencontré « NorthStar Comics », une maison d’édition indépendante de comics 100% made in France, des projets ambitieux et qui méritent qu’on les soutienne ! Nous avions déjà parlé du polar « Le privé », ou encore de « Hoplitéa », pour laquelle nous avions interviewé le scénariste Laurent Arthaud.

Cette année, c’est Maxime Garbarini que nous avons rencontré : il nous présente sa nouvelle série « Heroics », une grande saga familiale autour du mythe du super-héros, dont il est scénariste et dessinateur. Séance interview !

 

Bonjour Maxime ! Peux-tu nous présenter « Heroics » ?

Bonjour ! Il s’agit d’une saga familiale trans-générationnelle. L’idée est de suivre des dynasties de super-héros à travers le temps. On commence juste avant la Seconde Guerre mondiale, avec l’apparition d’une nouvelle source d’énergie mystérieuse qui va conférer des pouvoirs à certains être humains. On va suivre l’évolution de plusieurs personnages très différents, aux quatre coins du monde : France, Irlande, Allemagne, Pologne…

Je ne souhaitais pas faire une histoire de super-héros américains qui viennent sauver l’Europe. Ni des personnages qui sauvent l’Europe d’ailleurs. Je voulais présenter des personnages qui ont des pouvoirs, avec en toile de fond un conflit mondial qui les dépasse totalement. Chaque personnage suit une quête très personnelle. Leurs intrigues vont se rejoindre, et le scénario finira par les faire se rencontrer.

Il y a deux grandes thématiques importantes que j’aborde dans cette série. D’abord, essayer de répondre à la question : « Qu’est-ce que c’est d’être un super héros ? » En d’autres termes, à partir de quel moment on choisit de se dépasser pour se sauver ou sauver quelqu’un d’autre ? La seconde thématique est la figure paternelle, qui est très présente d’une façon ou d’une autre dans chacun de ces personnages.

Maxime Garbarini devant le stand de Northstar Comics au festival Quai des Bulles !

Tu souhaitais donner ta propre vision des super-héros, d’un point de vue européen ?

Pas seulement au niveau européen, il y a beaucoup de scènes qui se passent aux États-Unis, dans une ville fictive qui s’appelle Greeton, située à coté de Boston. Mais en effet, c’était important pour moi, si on fait une histoire se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale, qu’elle ne se résume pas aux Américains. Je souhaitais avoir le point de vue de personnages européens de différents pays, avec leur personnalité et leur problématique. Le coté « récit choral » me fascine vraiment.

Ce que j’aime dans ce premier tome, c’est que les personnages ne se connaissent pas tous, il y a trois grandes intrigues en parallèle. En prenant le temps de bien construire chaque personnage, je prends ensuite beaucoup de plaisir à les faire se rencontrer !

 

Tu es à la fois scénariste et dessinateur ?

Oui, et il y a beaucoup de noms sur la couverture ! Je fais le scénario, les dessins, et les couleurs. J’ai demandé un coup de main sur les couleurs et l’encrage à mes amis Julien Nido, François Maillet, ainsi que Hector Barros, un auteur espagnol qui vit en Angleterre, avec qui j’avais déjà travaillé sur la série « The Pride ».

 

Quelles sont tes principales influences ?

Je suis un grand consommateur de comics américains depuis 1983. J’ai été très marqué par ce que j’ai lu étant petit : les « Teen Titans » de George Perez, les « X-Men » de John Byrne et Chris Claremont, … Mes séries préférées étaient celles avec beaucoup de personnages. D’un épisode à l’autre, d’autres personnages sont mis en avant, cela évite la lassitude. Par exemple, j’aime beaucoup Spiderman, mais je pense que je me serais lassé de lire plusieurs séries centrées sur le même personnage.

A l’origine de cette série, j’avais d’abord créé une série qui s’appelle « Partisans », que je publierai certainement un jour. Je me suis posé la question : « Comment les personnages ont-ils acquis leurs pouvoirs ? » D’où l’idée de raconter cette période-là, de découverte et d’apprentissage. Je pensais que cela avancerait très vite, mais au final j’ai trouvé cela tellement intéressant que j’en ai fait une série entière.

 

Combien de temps t’a pris l’écriture de ce premier tome ?

Je l’ai commencé il y a presque dix ans. La série a déjà eu plusieurs titres : « Heroic Patrol », « Saga », puis « Sagas » au pluriel… Puis la célèbre série « Saga » de Brian K. Vaughan est sortie, à laquelle je ne souhaitais bien sûr pas me mesurer, donc il fallu trouver un nouveau titre !

J’ai commence à publier des épisodes sur mon site, à raison d’une page par semaine. La vie a fait que j’ai dû mettre le projet de coté quelques temps. Le souhait de publier une version papier est ensuite arrivé, motivé par plusieurs envies : s’affranchir des contraintes de la publication en ligne, développer les personnages…

Au fur et à mesure, j’ai beaucoup appris et évolué : graphiquement d’abord, et aussi au niveau de l’écriture : je me fais régulièrement mon auto-critique, les héros ont gagné en épaisseur, c’est moins caricatural, j’y ai ajouté plus de personnages féminins…

 

Comment as-tu rencontré l’éditeur NorthStar Comics ?

Je les connaissais déjà avant ce projet, autour d’un festival de BD à Lille. Nous sommes amis et nous connaissons depuis très longtemps, donc cela fonctionne bien entre nous. Je dirais que nous sommes des semi-pro : nous ne sommes pas complétement amateurs car nous avons déjà finalisé plusieurs projets, mais nous n’avons pas encore été publiés par de gros éditeurs. Mais ce n’est pas gênant, nous faisons nos créations de notre coté et nous avons de super retours des lecteurs.

 

Laurent Arthaud nous disait l’an dernier que c’est assez difficile d’être une maison d’éditions indépendante…

C’est une difficulté mais aussi une force ! Il y a quelques temps, j’ai participé à la publication d’une BD chez Hachette. J’avais beaucoup travaillé pour cela et j’en étais fier. Mais au final il n’y a eu aucune promotion, aucun festival, aucune mise en avant. Le livre a vite disparu de la circulation. Alors que dans une maison indépendante comme la nôtre, c’est l’inverse : nous nous donnons les moyens d’aller en festival, de promouvoir nos projets. C’est agréable : Le travail d’auteur étant assez solitaire, une fois qu’il est publié nous avons envie de le partager avec d’autres gens et d’en discuter.

Ce qui est difficile, c’est que nous n’avons pas la chance d’être diffusé dans touts les librairies. Par contre, nous sommes référencés, donc les lecteurs peuvent demander à leur libraire de commander nos BD. Cette année, nous avons diffusé des flyers dans certaines librairies pour informer les libraires et les lecteurs. Par nos thématiques mais aussi le format de nos livres, nous sommes très spécialisés dans les comics. Donc je ne trouve pas cela gênant de ne pas être diffusés dans les librairies généralistes. Par contre nous avons notre place dans les librairies spécialisées en comics. Cela me parait même essentiel.

 

Vous êtes tous bénévoles chez Northstar Comics ?

Tout à fait ! Nous avons tous un métier à coté. Je travaille en tant que freelance, donc j’ai l’avantage d’avoir des horaires plutôt souples. L’objectif n’est pas d’en vivre ni d’être connu. Quand tu es animé d’une telle passion, c’est un plaisir de créer ce genre de projets, et d’avoir des retours des lecteurs, qu’ils soient positifs ou négatifs. Je suis un éternel raconteur d’histoires, donc je suis content d’avoir un public qui les écoute !

 

Le tome 2 de « Heroics » est déjà en préparation ?

On est aux prémices de la préparation ! Pour l’instant je travaille surtout sur la diffusion et la promotion du premier tome. La campagne de financement participatif a cartonné : nous avons atteint 100% de l’objectif de pré-commandes en 2 heures, 200% en 24 heures et nous avons terminé à 350% en un mois ! Pour un premier album, c’est très encourageant !

Face à un tel succès, nous avons donc été pris de cours pour la fabrication des récompenses, mais elles seront bientôt délivrées. Quelques-unes sont inédites et très intéressantes : un « artbook » est en préparation, ainsi qu’un recueil de nouvelles. C’est un complément à la BD qui racontera certaines parties de la vie de quelques personnages. Le comics va aussi sortir en anglais, car il y a une forte demande sur internet sur les forums où je publie mes dessins.

 

Merci Maxime ! Et merci pour la dédicace ! 😉

La bande-annonce :

 

Rendez-vous sur le site de NorthStar Comics : https://www.northstarcomics.com

 

En bref

Série en cours (1 tome)
Auteurs : Maxime Garbarini, Julien Nido, François Maillet et Hector Barros
Editeur : NorthStar Comics


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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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