« La cathédrales des abymes » : interview de Sébastien Grenier à Quai des bulles


Nous vous avons récemment présenté « La cathédrale des abymes », une série passionnante de « Dark Fantasy » sombre et violente, aux personnages attachants et aux dessins sublimes, faits en peinture à l’ancienne. A l’occasion du festival « Quai des Bulles », nous avons eu la chance de rencontrer son dessinateur, Sébastien Grenier !

Bonjour, Sébastien Grenier ! D’où viens-tu ?

Je vis du coté de la frontière suisse, près de Bâle.

« La cathédrale des abymes » est une super série ! Je définirais cela comme de la « dark fantasy », plus sombre que de la fantasy habituelle, moins édulcorée, plus violente…

Oui, « dark fantasy », c’est le terme ! Dans l’aspect graphique également, une BD illustrée en peinture à l’ancienne sort également du paysage habituel où beaucoup de choses sont faites par ordinateur.

Comment est né ce projet ? Le thème t’a été proposé par le scénariste Jean-Luc Istin, ou as-tu toi aussi participé à l’élaboration de l’histoire ?

Je venais de terminer ma précédente série « Arawn ». J’étais un peu désœuvré, sans idée. Je ne pensais pas continuer dans la fantasy. J’avais besoin d’un break. Jean-Luc m’a proposé plusieurs projets, sans qu’aucun deux ne retienne mon attention. Au bout d’un moment, il en a eu assez, et m’a demandé : « Qu’est ce que tu veux faire ? » Je lui ai alors établi un cahier des charges, avec différentes influences littéraires, telles que « Game of Thrones », « Le Seigneur des Anneaux » ou « Les Piliers de la Terre ». Il a réussi à trouver un angle d’attaque intéressant avec cette histoire de terre séparée en deux par une immense faille. J’ai tout de suite adoré. Il m’a vraiment créé un scénario sur mesure, c’est génial de m’avoir fait ce cadeau !

On parlait de peinture traditionnelle, comment travailles-tu les dessins ?

Un story-board est élaboré pour définir les enchainements des différentes cases. Je peins ensuite chaque case, qui mesure entre trois et quatre fois la taille de l’album. Chacune est travaillée séparément comme une vraie peinture, que je scanne ensuite pour assembler sous forme de planche. Le scan a tendance à rendre les couleurs un peu ternes, donc je leur redonne ensuite leur éclat sur ordinateur.

J’ai l’impression que le trait a beaucoup évolué depuis « Arawn », c’est plus fin, plus délicat, avec plus de détails…

En effet, j’ai beaucoup « upgradé » mon style entre les deux séries !

Le travail sur les échelles est assez impressionnant : tu opposes dans un même dessin des décors gigantesques à des personnages rendus minuscules.

En effet ! Ce « gigantisme » est un gimmick qui revient souvent et qui est assez fun à dessiner. On le retrouve dans chaque tome de la série.

Chose intéressante : plutôt que de décrire de grande batailles, l’histoire se focalise sur trois personnages très différents et très forts : une jeune fille Templier, un magicien aveugle et un architecte.

C’est un parti pris : j’aime bien ce coté intimiste, ce rythme un peu lent du scénario, où on prend le temps d’écrire le background des personnages. Pour le personnage de l’architecte, j’avais le souhait d’avoir une ambiance 16e siècle, avec quelque chose qui se rapporte à l’architecture de la Renaissance. Jean-Luc a rebondit sur cette idée : raconter l’épopée de ceux qui ont construit ces bâtiments gigantesques.

Une question un peu spéciale : est-ce que c’est Philippe Noiret qu’on voit dans quelques planches ?

Oui c’est bien lui ! C’était écrit dans le scénario : Jean-Luc voulait que l’avocat soit « un genre de Philippe Noiret ». Tant qu’à faire « un genre », autant y aller à fond ! J’ai bien aimé l’idée, et c’est un exercice qui m’a bien plu !

C’est le seul personnage inspiré d’une vraie personne ?

Il y en a un deuxième : l’empereur Sean Connery ! Mais il n’apparait vraiment que sur une case.

Le style graphique me fait penser aussi à des pochettes de métal. C’est une influence aussi ?

Tout à fait ! C’est mon background complet : je joue de la guitare dans un groupe de stoner métal, qui s’appelle « The Charles Ingalls ». On fait des concerts, des tournées… J’ai longtemps hésité entre une carrière de musicien ou d’illustrateur. Mes parents s’inquiétaient un peu, car ce sont deux voies pas très « stables ». Mais aujourd’hui, la musique reste vraiment un hobbie.

Voire un « Hobbit » ?

Haha ! Oui tout à fait !

J’ai vu que tu as aussi travaillé dans l’illustration de romans, de jeux de rôles…

Oui ! Mon premier contrat était dans l’illustration des musiques actuelles, pour le Ministère de l’Éducation nationale. J’avais fait une série de fresques sur les différents courants musicaux. Cela allait du jazz au métal, c’était très sympa. J’ai fait aussi quelques couvertures de romans et de l’illustration pour des jeux de rôles. Et je suis venu assez vite à la BD.

Combien de tomes sont prévus pour « La cathédrale des abymes » ?

On est parti sur 6 ou 7 tomes, à la louche ! La globalité est déjà calée, maintenant on travaille les détails. On essaie de sortir un album par an.

 

Merci pour cette interview… et pour cette super dédicace à base de loutre masquée !!!

 

 

En bref

Série en cours (3 tomes).
Auteurs : Jean-Luc Istin et Sébastien Grenier
Editeur : Soleil


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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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