« Raowl » : Interviews de Tebo à Quai des Bulles


Chez La Loutre Masquée, on adore Tebo. C’est le créateur, avec Zeps, de « Captains Biceps », le super-héros complétement déjanté paru dans le magazine « Tchô !». Mais ce n’est pas tout : nous vous recommandons tout particulièrement « Alice au pays des singes », super drôle mélange en roue libre d’« Alice au pays des merveilles » et du « Livre de la Jungle », ou encore « La jeunesse de Mickey », dans laquelle il invente mille aventures du célèbre rongeur de chez Disney.

Il est de retour cette année avec une nouvelle série : « Raowl » !

Le pitch est simple :

« Raowl, sauveur de princesses et exterminateur de dragons qui puent. »

Tout un programme, dont il nous a parlé lors de notre rencontre lors du festival Quai des Bulles !

Bonjour Tebo ! Après les super-héros, les aventures d’Alice et la jeunesse de Mickey, te voici de retour avec une nouvelle série humoristique dans l’univers des contes de fée et de l’heroic fantasy ! D’où te vient cette envie ?

Mon goût pour les super-héros me vient des comics américains en tous genres que je lis depuis tout petit. Avec « Alice au pays des singes », j’avais déjà une première approche de l’univers de conte que je souhaitais développer.

Des gens m’ont demandé si j’étais fan de « Shrek », auquel Raowl ressemble beaucoup… mais non ! Je suis surtout fan de Gotlib avec son côté parodique hyper drôle. Mon style de dessin vient des comics américains, des dessins animés de Mickey des années 30 ou des Tex Avery. J’étais aussi bercé par Goldorak et les dessins animés de mon enfance.

Et puis pour l’aspect heroic fantasy, je me suis inspiré des « livres dont vous êtes le héros » de mon adolescence, avec tout son bestiaire : les Orcs, les Gobelins, les Efles…

A la base, j’aurais bien voulu faire ma propre version de « Conan le barbare » pour me marrer, car j’adore ce genre d’exercice !

On y trouve également un clin d’œil à la mythologie grecque, et même aux films de zombie !

Oui, j’aime mélange tout ça. Pour moi, les zombies sont vraiment indispensables dans l’heroic fantasy ! En BD je lis énormément de choses, que ce soit de la BD franco-belge, du comics, du manga…

 

J’ai été agréablement surpris de retrouver des cases qui occupent des doubles pages complètes, un peu comme dans « La Jeunesse de Mickey » ! Il y a la double page avec le Kraken, le château de la princesse, la prison…

Si tu as vingt cases par page, avec plein de texte, même si le scénario t’intéresse tu es vite découragé. J’adore cet effet, quand tu feuillettes le bouquin, de voir cette double-page te sauter à la gueule ! J’essaie de faire en sorte que ce ne soit pas une grande illustration juste pour le plaisir, il faut aussi qu’elle raconte quelque chose, sans freiner la lecture.

Et quand tu relis une deuxième fois la BD rapidement sans trop lire les textes, surtout en regardant les images, cela permet de se faire plaisir en cherchant les petits détails dans ces grandes images.

Beaucoup de gens me parlent de ces double-pages, cela fonctionne bien ! Pour « Captain Biceps », basé sur 46 planches classiques, j’aurais bien aimé expérimenter aussi ce genre de découpage, mais le format de BD ne s’y prêtait pas.

 

Comment écris-tu un album ? Fais-tu lire les gags à d’autres gens pour confirmer si c’est drôle ?

Je commence par faire un story-board, où les scènes m’apparaissent. C’est un peu comme du tricot : tu commences par quelques cases, et au bout d’un moment tu vois si cela prend bien. Sinon tu casses, tu remontes et tu retricotes.

Comme je pars sur une longue BD de 70 pages, je peux me faire plaisir. Ensuite, je coupe si besoin. Vu que l’album est au départ paru au fur et à mesure dans le journal de Spirou, il faut aussi jouer sur le suspens : il mettre un « cliffhanger » au bout de tant de pages… alors que ce serait plus difficile sur une BD classique de 46 pages. Là, on peut se permettre de ralentir le rythme, d’accélérer, … C’est beaucoup plus agréable !

Parfois, je raconte des scènes à mon fils de 12 ans. Si je vois que cela le fait marrer, c’est validé !

 

Quelle est la genèse du projet ?

Au début, j’étais parti sur une histoire courte, plus romantique, une parodie de « Belle et la Bête ». L’éditeur voulait quelque chose de plus « cartoon ».  J’ai donc modifié cette histoire pour qu’elle soit plus fun et drôle, et elle qui est devenue le premier épisode de l’album ! Je me suis tellement éclaté à la créer que je me suis pris au jeu, et en ait fait un album entier.

 

Le héros, Raowl, est une brute épaisse qui sauve des princesses, en échange de quoi il leur réclame un bisou. Sauf que la princesse le lui refuse toujours. Peut-on y voir un coté féministe ?

Ce cliché du bisou obligé, il fallait obligatoirement lui tordre le cou ! Je suis contre la Belle au dormant qui est endormie, et que le chevalier vient embrasser sans lui demander son accord ! Elle se réveille et tombe directement amoureuse de lui. Non merci !

La princesse de cet album n’est pas forte au niveau physique mais a de la répartie, elle ne se laisse pas faire. Quand elle se fait kidnapper, elle se débrouille toute seule, elle n’attend pas qu’on vienne la sauver.

Au fil de l’album, Raowl fait évoluer sa vision des filles, et verra que le bisou n’est pas le plus important. Tout comme la princesse, qui au début de l’album veut absolument rencontrer un prince, se marier, avoir des enfants… avant d’évoluer vers autre chose.

Cela dit, j’essaie de faire en sorte que ces discours ne soient pas trop lourdement mis en avant, de bien les intégrer dans l’histoire. Les lecteurs seront suffisamment intelligents pour les comprendre d’eux-même.

Après, je ne sais pas si on peut appeler cela du féminisme, peut-être juste du bon sens. J’ai une mère, une femme, une fille, donc c’est important de faire gaffe à ce qu’on raconte et ce qu’on véhicule comme message, sans tomber non plus dans la lourdeur !

Et puis j’ai beaucoup de copines dessinatrices de BD. Si je publie des choses misogynes, elles vont m’attendre au tournant. Et il faut dire qu’elles sont plus fortes que moi à la bagarre !

 

Par rapport à tes albums précédents, il y a aussi plus de personnages, plus de décors différents, de détails…

Oui ! Et le tome 2 sera encore plus vaste, il y aura encore plus de choses. Quand je relis le tome 1, forcément, je vois beaucoup ses défauts… donc le tome 2 sera mieux… et le 3 sera encore meilleur !

 

Quelle sera l’histoire du tome 2 ?

Le story board est terminé, je commence les dessins. Il s’agira de « Peau d’Âne », dont la particularité sera d’être balèze en baston. Chaque album sera centré autour d’une princesse différente, mais toujours avec Raowl, qui évoluera au fil des albums.

La télévision est aussi intéressée pour en faire un dessin animé, j’aimerais beaucoup écrire le scénario. Et puis pour le journal de Spirou, je fais aussi des gags en une page qui s’appellent « La Méthode Raowl ». En mode ultra cartoon, Raowl explique aux lecteurs comment embrasser une princesse, comment péter la gueule à un mec sans se casser la main, etc. L’éditeur est très content, cela m’amuse bien, on en publiera un jour une compilation.

 

Cette année, c’est aussi le grand retour de « Captain Biceps » pour son septième tome ! Maintenant que les super-héros sont sur le devant de la scène avec tous les films Marvel et DC, le moment est bien choisi !

En effet, c’était une demande de l’éditeur. Quand nous avions créé « Captain Biceps », les super-héros n’étaient pas trop à la mode. Il y avait juste Spider-Man qui était déjà très populaire. Petit à petit, les super-héros ont pris beaucoup de place dans l’univers du cinéma. Tous les gamins que je vois en dédicace connaissent maintenant très bien tous ces personnages grâce aux films.

Quand j’ai parlé à Zep de refaire un projet ensemble, on a évoqué plusieurs concepts de nouvelles séries. Finalement on a décidé de repartir sur « Captain Biceps » ! Zep me poussait à fond et me dit : « Mets la dose au niveau du massacre ! »

Pour « La  Jeunesse de Mickey », cela devait être compliqué d’obtenir les droits auprès de Disney, non ?

En effet, je ne voulais ni faire un hommage, ni une parodie, mais une aventure de Mickey avec mon style à moi. Le but était que les gens qui aiment Mickey en découvre une nouvelle vision, et aussi que les gens qui aiment mon travail y voient un nouvel album de Tebo avec une souris.

Il y a eu de la part de Disney quelques censures, comme les références à la religion ou au nazisme. Ils m’ont aussi demandé de supprimer le cigare de Pat Hibulaire. Mais ils ont été très compréhensifs : Dans l’épisode avec les cow-boys, le cigare est le centre de l’histoire et sert le scénario, ils donc ils l’ont autorisé dans ce cas ! Globalement, les censures ne m’ont pas gêné.

Et puis sur ce projet c’était génial de travailler avec Loisel, Trondheim, Keramidas et Cosey !

As-tu d’autres projets sur le feu ?

Il y a le tome 8 de « Captain Biceps » en préparation ! Et puis, attention, là je vais me la raconter : je vais bientôt sortir ma propre BD « Batman » ! Mes premiers projets étant plus jeune étaient des parodies de Batman, donc je suis un peu obligé de la faire, ne serait-ce que pour satisfaire mon moi d’il y a 25 ans… Je suis en train d’en parler à tout le monde et de frimer, donc je vais être obligé de le faire !

J’aimerais aussi refaire un album de Mickey, c’est en discussion !

Merci Tebo !

 

En bref

Série en cours (1 tome)
Auteur : Tebo
Editeur : Dupuis


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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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