« Blacksad Tome 6 » : interview de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido à Quai des Bulles


Par un bel après-midi ensoleillé, une pièce de théâtre shakespearienne bat son plein au sein de Central Park à New York. Le détective John Blacksad et son acolyte le journaliste Weekly sont allongés sur l’herbe. Mais la police arrive sur les lieux pour faire cesser la pièce, en l’absence d’autorisation municipale.

John intervient et la pièce peut se terminer.

Au moment de rentrer chez lui, John doit encore faire face à des problèmes. Une chauve-souris est agressée par des reptiles. Après avoir fait fuir les lascars, il se décide à inviter la victime chez lui.

La chauve-souris se nomme Kenneth Clarke. Il souhaite que John reprenne du service. Ce président du syndicat des travailleurs du métro se sent menacé par la mafia. Il ferait de l’ombre à l’aménagement urbain qui veut remplacer le métro par des routes. John doit donc le protéger. Tout cela flaire les embrouilles !

La série Blacksad constitue, selon moi, une valeur sûre. Le scénario n’est jamais avare de surprises, et la qualité graphique ne trompe jamais. Juan et Juanjo réussissent à créer des histoires qui me transportent à chaque fois : le parfait voyage immobile !

Ces personnages incarnés par des animaux ont tous le physique caractéristique de leur espèce. Ils évoluent toujours avec une certaine classe dans les États-Unis des années 30.

A chaque page, l’histoire s’accélère, elle se complique… puis tout devient clair. La société est corrompue, mais Blacksad entre en scène.

 

Bonjour Juan ! Bonjour Juanjo, ! Cela fait plaisir de vous rencontrer !

Juanjo et Juan : Bonjour !

 

Pour quelles raisons avez-vous décidé de faire reprendre du service à John Blacksad ?

Juanjo : Juan et moi, nous nous retrouvons presque six ans après le dernier album. Nous n’avons jamais abandonné Blacksad, chacun de nous avait de beaux projets à terminer. Nous avions juste reporté cet album à un peu plus tard.

 

Cette nouvelle histoire sera en deux tomes. Pour quelle raison ?

Juanjo : Nous voulions faire une fleur aux lecteurs en réalisant deux albums, avec très peu d’écart entre chaque parution. Ce serait une première pour nous et pour Blacksad ! Au minimum, il fallait attendre deux ans et demi entre chaque album. Nous avons la ferme intention de revenir plus régulièrement ! L’idée du diptyque existe depuis longtemps. C’est une bonne façon de revenir après une longue période d’absence.

Juan : Il faut rappeler aussi que la fabrication d’un album de Blacksad est lourde. Écrire un diptyque demande beaucoup de temps, mais aussi d’énergie. Le parti pris était de créer une histoire un peu plus longue. Ce format permet de développer davantage le personnage secondaire de Weekly. J’avais déjà travaillé sur cette conception du diptyque dans la série « Fraternity » avec Munuera. Cela a bien fonctionné, donc on s’est dit : Pourquoi pas ?

 

 

Les personnages que vous mettez en scène sont toujours complets et bien écrits. Quel est votre secret ?

Juan : Sur Blacksad, on travaille énormément sur les moindres détails tous les deux. Sur la partie littéraire, sur les personnages, sur tous les aspects ! Parfois, quand la planche est déjà découpée et crayonnée, si Juanjo a une idée d’un changement de dialogue, on peut la modifier.

On essaie toujours de proposer plusieurs niveaux de lecture. Juanjo adore dessiner la foule, alors on en profite pour ajouter beaucoup de petits détails !

Juanjo : Mon côté masochiste ! (rires)

 

Comment travaillez-vous pour un album ? Vous vous voyez souvent pour réaliser votre série ?

Juanjo : Pas vraiment… On habite à 2000 km de distance !

Juan : Moi j’habite à Madrid, et Juanjo à Paris. Ce n’est donc pas vraiment facile mais c’est ainsi depuis le début de la série. En 2001, ce n’était pas évident mais les choses ont beaucoup changé.

Juanjo : On voyage beaucoup plus qu’à l’époque. Toutes ces périodes de promo nous permettent de nous retrouver. Par exemple, la promo en Espagne va arriver, je vais donc venir quelques jours en avance pour se voir. On se retrouve régulièrement à Madrid ou à Paris pour discuter, c’est toujours productif. Un brainstorming est plus agréable dans une pièce équipée de café, de biscuits et de gâteaux ! (rires)

Le reste du temps, on communique par téléphone, par mail, par zoom, par internet. Beaucoup par écrit ! Cela permet d’éviter les oublis.

 

Alors tout se fait à distance avec un story-board ?

Juan : On ne fait pas de story-board, Blacksad est pensé comme un film.

Juanjo et moi, nous venons du dessin animé. Nous en avons gardé les habitudes de travail. On écrit le scénario comme pour un film, avec des séquences, des cadrages et des découpages.

Juanjo : Cela me laisse aussi une très grande liberté avec des idées de découpage, de gros plans, de transition ! On se fait beaucoup de propositions. Il m’arrive parfois d’interpréter différemment le jeu des personnages. Dans ce cas, j’en discute avec Juan.

Nous avons toujours cette idée de devoir présenter notre travail à quelqu’un. Par conséquent, il n’y a pas de hiérarchie entre nous.

Juan : On travaille en harmonie !

 

Chaque animal transpire l’humain dans Blacksad ! Comment créez-vous les personnages ?

Juanjo : Les personnages ne sont jamais mis en place gratuitement. Chaque personne a un rôle à tenir dans Blacksad. Les reptiles représentent un peu les latinos, un peu dans une ambiance à la « West Side Story ». Ce n’est pas péjoratif pour moi, c’est une symbolique.

Juan : Je fais des propositions de personnages à Juanjo, mais c’est lui qui choisit les animaux.

Juanjo : A 80%, je choisis les animaux. C’est très rare que nous ne soyons pas d’accord sur un personnage. Par exemple, le faucon ne vole pas mais la gravité a très peu d’importance pour lui. Il se promène au sommet des buildings, marche sur les poutres les mains derrière le dos. Toute une clique d’oiseaux est à son service.

 

Vous êtes toujours très réalistes. Comment vous documentez-vous ?

Juan : On récolte beaucoup de documents, des coupures de presse, des photos, des coiffures, …

Juanjo : J’adore regarder les bagnoles de l’époque. Je conserve des photos, je regarde des reportages. Je lis également des livres de documentation, des livres historiques. Les films anciens restituent très bien l’ambiance. Ce n’est pas toujours le cas pour les films modernes. Parfois, on a des films des années 50 avec la vision des années 90. Il faut donc faire attention !

Mais on tombe aussi sur de belles surprises. Regardez le film d’Edward Norton, « Brooklyn affairs », c’est une superbe reconstitution !

 

Rencontrer ces deux personnalités que sont Juan et Juanjo était un évènement attendu par la Loutre masquée… Un peu comme une rentrée des classes après les vacances d’été !

Pour ma part, j’étais impressionné par deux auteurs d’une série culte ! Très accessibles et gentils, ils ont répondu à nos questions avec beaucoup de bienveillance, et nous les remercions.

Le tome 6 de Blacksad vient de sortir aux éditions Dargaud, et c’est un très bon cru !

Quelle rencontre !

Merci Juan et Juanjo !

 

 

En bref

Série en cours (6 tomes parus)
Auteurs : Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido
Editeur : Dargaud


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