« Lucien » : interview de Stéphane Sénégas à Quai des Bulles


Après la série jeunesse « Anuki », Stéphane Sénégas surprend avec « Lucien », une BD adulte qui raconte le destin d’un balayeur de parc.

Ce roman graphique poétique et doux bascule peu à peu dans un coté plus sombre et violent.

Le résultat est un album fort, puissant, sombre et lumineux à la fois.

C’est encore lui qui en parle le mieux ! Séance interview !

 

Avec « Lucien », tu t’adresses cette fois à un public adulte. Était-ce une envie de ta part ?

Je publie au moins trois albums jeunesse par an, c’est très prenant. J’avais envie de faire de la BD adulte depuis longtemps. Quand tu es habitué à raconter des histoires pour enfants, s’adresser aux adultes nécessite un travail d’écriture supplémentaire. C’est un peu comme si un musicien habitué à jouer du jazz devait d’un seul coup rejoindre un groupe de hardcore. Tu as beau savoir jouer de la musique, il faut trouver un style, une nouvelle façon de s’exprimer.

Ma femme Nadège m’a fait remarquer que j’avais pas mal de choses à raconter aux adultes. C’est aussi un vieux projet qui date de l’école, qui a mûri petit à petit. J’ai d’ailleurs sorti tous mes projets de diplôme en bouquins !

 

Comment s’est passée ta rencontre avec le scénariste Guillaume Carayol ?

Quand je me suis décidé à me lancer dans ce projet, ma rencontre avec Guillaume lui a apporté une autre dimension.

Guillaume est réalisateur de cinéma et de clips vidéo. Il m’a d’abord proposé un scénario de BD que j’ai trouvé intéressant. A mon tour, je lui ai montré des projets sur lesquels je travaillais. Il m’a fait des suggestions hyper pertinentes et intéressantes. Je lui ai donc proposé de co-écrire l’histoire de « Lucien ».

Il a amené de nouvelles idées, étoffé l’histoire, donné de l’épaisseur aux personnages. Nos discussions ont donné de nouvelles scènes, de nouveaux chemins, une histoire plus dense et plus complexe. On a passé des journées entières à discuter, écrire, inventer, dessiner.

 

Justement, le scénario est surprenant. Il y a deux parties très distinctes dans l’album. L’histoire commence par quelque chose de très mignon et poétique, pour basculer ensuite dans une dimension beaucoup plus sombre.

Quand Guillaume m’a proposé cela, cette idée ne m’a pas emballé du tout. Je ne voyais pas Lucien comme ça, j’avais peur de perdre le côté poétique. Il a réussi à me convaincre.

Je suis content du résultat et que cette rupture de ton se ressente, aussi bien au niveau du graphisme que du scénario. Quand Lucien commence à frapper le chien, c’est une première piste pour le lecteur. Tu sens que ce personnage peut devenir dangereux, ce qui donne envie d’aller voir plus loin. La couverture laisse aussi sous-entendre que le côté doux cache un truc pas net.

 

Côté dessins, il y a un vrai travail sur les noirs et blanc, les nuances de gris.

C’était une évidence de faire un album noir et blanc, même si c’est moins vendeur. J’ai passé des heures sur une seule planche, à dessiner des arbres feuille par feuille. A d’autres moments, c’est très lâché, je fais la case en dix minutes. Enfin d’autres planches sont réalisées à l’aquarelle.

On est donc sur trois ou quatre variations de technique de dessin en noir et blanc. Quand je réalise une planche, je me mets dans la peau du personnage. C’est le scénario qui m’impose un style de dessin pour chaque planche.

 

Il y a cette scène magnifique avec le spectacle de marionnettes…

Oui, les marionnettes nous ont permis de raconter une histoire dans l’histoire. Par cette méthode, Guillaume donne des informations au lecteur de façon subtile et originale, par une mise en scène audacieuse. Ces indices lui permettent de raccrocher les wagons et de mieux comprendre d’autres scènes.

 

Le thème de l’amitié est très présent. Paul se demande si Lucien se rend compte qu’ils sont amis, si cela le touche.

Oui, c’est une histoire d’amitié, de jalousie, qui parle d’appartenance. Paul pensait avoir réussi à faire découvrir l’amitié à Lucien, mais il devient jaloux quand Lucien oublie leurs rendez-vous et qu’il s’intéresse à autre chose. Tout bascule à partir d’un caprice d’enfant.

 

Dans la deuxième partie, l’album parle aussi de manipulation, de rédemption.

Oui, notamment avec le personnage de Kadeg, qui est le pervers narcissique par excellence. Mais rien n’est tout blanc ni tout noir. Il est difficile de détester les personnages. Même les plus méchants ont plusieurs facettes et génèrent de l’empathie.

Nous aimons garder un côté ambigu. Par exemple, quand Lucien et Paul se retrouvent dans le parc, on n’entend pas ce qu’ils se disent. C’est comme si on posait la caméra loin des personnages. Nous aimons laisser l’imagination du lecteur s’exprimer !

 

Merci Stéphane !

 



En bref

Un one-shot
Auteurs : Stéphane Sénégas et Guillaume Carayol
Editeur : Delcourt


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McR et BennyB

McR et BennyB

Un article écrit à quatre mains par McR et BennyB !

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