« Le roi de paille » : interview d’Isabelle Dethan à Quai des Bulles


« Le roi de paille » est une série en deux tomes qui se situe en Egypte 536 avant J.-C. On suit le destin de la jeune princesse Neith et de son demi-frère Sennedjem. Ils fuient leur famille pour différentes raisons : elle pour échapper à son père, lui pour pouvoir choisir son destin.

Des personnages attachants, de grandes aventures dans un contexte historique réaliste, voici ce que nous propose Isabelle Dethan.

Merci à elle d’être venue nous en parler, et par la même occasion nous faire voyager !

 

Vous étiez documentaliste avant de devenir autrice de BD. Comment passe-t-on de l’un à l’autre ?

Effectivement, j’avais un CAPES de documentaliste. Je dis bien « J’avais » car je n’ai jamais exercé. Au bout d’un moment, on m’a demandé de démissionner, c’est normal ! J’ai trouvé dans la création de bandes dessinées un vrai moyen de m’exprimer. Je fais ce que j’aime !

 

Vous avez réalisé de nombreuses BD dans des contextes historiques forts : l’Égypte, la Rome antique… C’est une vraie passion ?

Oui, depuis le lycée j’ai toujours aimé l’Histoire. La seule chose qui m’empêchait de faire des études en histoire-géo était que j’étais mauvaise en géographie. Par contre, j’étais capable de réciter la liste des rois de France, ou devrais-je dire plutôt des pharaons d’Égypte ! A la base, j’aime autant l’Histoire antique que le Moyen âge, la Renaissance… J’avais un peu plus de mal avec la Guerre froide et ce genre de choses, probablement car cela laisse moins de place à l’imaginaire.

 

Cette série se déroule dans un contexte historique réaliste. Mais on a aussi de l’aventure, du suspens, du drame… J’ai beaucoup aimé ce mélange de fiction et de réalité !

Quand j’ai découvert le rituel du roi de paille dans une encyclopédie, je me suis dit : il faut en faire une histoire ! J’ai ensuite passé du temps à trouver la bonne époque et les bons personnages historiques. J’ai trouvé que la fin du règne de Nabuchodonosor correspondait très bien.  Parfois, on vit des moments magiques, où tout s’emboîte super bien sans qu’on l’ait voulu. On imagine des petits détails qui s’avèrent véridiques dans les documentations sur l’époque !

 

Avez-vous déjà eu des demandes d’illustrations pour des manuels éducatifs ?

J’ai déjà travaillé pour le Louvre sur un week-end thématique sur Champollion. Ou encore pour certains journaux. J’ai dessiné des pharaons pour un hors-série du Figaro. J’ai ponctuellement ce genre de commandes.

Dans les bandes dessinées, l’Égypte est rarement le thème principal. C’est parfois un décor le temps d’un flashback d’un héros, ou sur une courte scène. Bien sûr on a « Papyrus » ou « Les héritiers du soleil », mais je suis frappée de voir que c’est si rare. L’Empire romain est beaucoup plus représenté en BD. Peut-être parce que c’est notre héritage direct ?

 

Dans cette série, on découvre aussi des traditions et des rituels de l’époque. Par exemple sur la pratique du concubinage, les mariages politiques, les arts… J’ai beaucoup aimé la première scène du tome 2, où les personnages comparent des dessins babyloniens aux dessins égyptiens !

Oui, l’art babylonien de l’époque est très masculin, très « mastoc ». Quand l’homme montre à sa chérie la représentation qu’il a fait faire d’elle, il pense la flatter. Elle lui montre alors un dessin égyptien, plus subtil et plus gracieux, qui l’aurait mieux mise en valeur ! (rires) J’aime beaucoup l’art pictural égyptien et leurs sculptures, très humaines et douces.

 

Vous mélangez aussi des personnages qui ont vraiment existé avec d’autres complètement fictifs.

Oui, j’aime remplir les « blancs » de l’Histoire, imaginer un personnage fictif qui aurait pu vivre à cette époque. Et on connaît peu de choses sur les personnages qui ont existé : leurs dates de naissance et de mort, ce qu’ils ont fabriqué. Cela laisse de la place à l’imagination ! Ce serait moins facile dans une histoire sous Louis XIV par exemple, on aurait plus d’écrits. On pourrait moins forcer les gens à emprunter tel ou tel chemin.

 

Les dessins sont assez incroyables : on a des paysages, de l’architecture, des costumes… vous faites beaucoup de recherches là-dessus ?

J’adore le musée du Louvre, je m’arrête en général trois plombes dans les sections égyptienne et mésopotamienne. Mais toutes les œuvres sont exposées derrière des vitrines, on ne peut pas tourner autour. Dans l’ancien musée du Caire, on pouvait tourner autour des statues. Cela permet de remarquer des détails cachés : des attaches, des perruques. Pour les dessins, c’est parfait !

On découvre aussi dans les musées des anecdotes que l’on ne soupçonnait pas sur les Égyptiens. Tout l’hiver, ils portaient des grosses chaussettes en laine ! Le côté sexy en prend un sacré coup ! Je tiens à mes lecteurs, je n’ai pas osé intégrer cela dans ma BD ! (rires)

 

Vous devez tomber sur des détails croustillants…

Tout à fait ! J’ai commencé une nouvelle série qui va se passer 300 ans plus tôt. J’ai découvert que le roi avait une espèce de bonnet de bain à la place de la couronne ! Case par case, j’essaie de trouver des solutions pour que ce roi censé être imposant ne ressemble pas à un adepte de l’aquagym !

D’un côté il faut respecter une réalité historique à laquelle je tiens. D’un autre côté, on est face à certains clichés qu’on ne peut pas mettre à mal sans risquer de voir décrocher le lecteur. On doit toujours jongler entre les deux. Je me fais conseiller par des amis égyptologues sur ces points.

Dans le même genre, tout le monde imagine Ramsès II très maigre à cause de sa momie. Mais les égyptologues se sont rendus compte que son corps avait séché et qu’il y avait des replis de peau sous les bandages ! C’était en réalité un petit monsieur assez grassouillet. Cela aurait été choquant, j’ai donc préféré montrer Ramsès II tel que tout le monde l’imagine. Sinon cela aurait fait sortir les lecteurs du bouquin ! L’imaginaire collectif prend alors le pas sur la réalité, mais il ne faut pas faire n’importe quoi non plus.

C’est un travail d’équilibriste permanent !

 

Merci Isabelle !

 

 

En bref

Série terminée (2 tomes)
Auteur : Isabelle Dethan
Editeur : Dargaud


Acheter cette BD sur le site de la librairie Critic !


Découvrir nos articles sur Quai des Bulles 2021 !


The following two tabs change content below.
Avatar

BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *