« Dessiner encore » : interview de Coco à Quai des Bulles


Coco nage et plonge dans une mer bien bleue, mais il s’avère qu’elle peut aussi s’y noyer…

Dessinatrice de presse à Charlie, c’était la belle époque. Et puis, il y a eu les attentats de Charlie. Depuis, elle voit tout différemment. Elle va essayer de guérir… mais de quoi ? D’un sentiment de haine, de culpabilité, de profonde tristesse, d’isolement ? Elle sait juste une chose : elle est perdue.

Elle décide alors de se soigner et rencontre tous types de guérisseurs. Cette décision la replonge dans cette journée interminable. C’est l’ouverture d’une parenthèse qui ne refermera peut être jamais. Mais alors où est la solution ?

La clé est peut être là où tout a commencé !

« Dessiner encore » est un hymne à la vie qui démontre que les dessinatrices de presse savent narrer des histoires avec une sensibilité hors norme.

Cet album m’a secoué mais m’a aussi fait du bien !

 

Bonjour Corinne ! Cela fait plaisir de vous rencontrer ! Que venez vous faire à Quai des Bulles ?

Je viens rencontrer les lecteurs pour la sortie de « Dessiner encore« . Il fait beau. J’ai même apporté mon maillot de bain au cas où ! En plus, nous sortons d’une période de Covid, il n’y avait plus de rencontres, donc il s’agit d’une belle occasion !

 

Vous aviez déjà fait quelques BD dont « Le banquet » ou « A l’origine » . Avec « Dessiner encore » , j’ai eu l’impression que vous passez un cap ?

Tout est très personnel mais à la fois public, en lien avec ce que j’ai vécu lors des attentats de Charlie en 2015. Le besoin de « Dessiner » correspond à cette période pendant laquelle j’étais isolée et solitaire. J’ai donc décidé de me réapproprier mon histoire. Tout ce que je conservais en mémoire.

 

Comment est née l’idée de « Dessiner encore » ?

Beaucoup de personnes se sont appropriées les attentats de Charlie. Moi, je suis restée attachée au dessin comme à une bouée. A la rédaction de Charlie, on travaille énormément et je me suis cramponnée à cela. Si je me retrouve face à une page blanche, je n’insiste pas.

Il a été difficile de faire passer les messages par l’image entre le lecteur et moi. Ces récits, cette justice et ces témoignages, je souhaitais m’en écarter pour raconter ma propre histoire. Je me suis dévoilée, car je sais qu’il faut donner de soi pour comprendre tout le reste.

Après cet événement, je pensais qu’il était illégitime d’être en vie. Je devais le dire, le dessiner, même si je savais combien il est vertigineux de faire un retour en arrière. J’évoque cela lors d’un concert en hommage à Charlie durant lequel je vivais le syndrome du survivant. Rien ne fut évident.

 

Vous avez rencontré des difficultés dans la réalisation de « Dessiner encore » ? Dans le dessin, les couleurs, les plans, le scénario ?

Comme disait Riss : « Qu’est ce qui vous indigne aujourd’hui ? »
Je pense que j’ai suivi cela pour rédiger « Dessiner encore » . La colère prenait trop de place, cela me bouffait. Quand j’ai décidé de dessiner, tout s’est mis en place naturellement, de manière assez fluide.

 

Vous faites revivre des moments clés de la vie de Charlie avec des parenthèses sur Cabu, Cavanna, Tignous,

C’est très touchant, et surtout cela permet de nous faire partager des moments magiques de Charlie, notamment les périodes de bouclage !

 

Qu’avez-vous gardé de tout cela ?

J’ai vécu des moments de travail et de déconnade à Charlie. Dès 2007, lorsque j’ai poussé la porte pour mon stage à la distribution du courrier, j’ai su que je me plairais. J’ai appris en regardant faire les autres, comme Cabu. Avec lui, j’ai appris la caricature et comme je l’ai exprimé dans « Dessiner encore » . Ma première caricature de Lagarde, il l’a totalement modifiée mais j’étais contente de moi car il l’avait reconnue !

Chez Charlie, les mots d’ordre étaient donc rigoler et bosser ! Du coup je travaille encore énormément et je me laisse porter par l’instinct !

 

Avez-vous d’autres projets en prévision ?

J’ai énormément de projets, mais surtout je me prépare à prendre la suite du dessinateur Willem chez Libération, c’est du stress ! Cela me tient à cœur de lui succéder. Il m’a dit : « Je te laisse Libé pour 40 ans ». C’est génial !

Pour plus d’infos sur ce projet, cliquez ici !

A la fin de cette rencontre, la Loutre demande à Coco de dessiner un « petit quelque chose ». Je reste ému de cet interview : j’ai l’impression d’avoir rencontré un personnage historique, mais surtout une très grande dame.

Même si les étoiles sont intouchables, je crois que « Dessiner encore » permet certainement de s’en approcher. 

Merci Coco pour cette belle rencontre !

Dessiner encore est un roman graphique disponible aux éditions Les Arènes de la BD.

En bref

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Auteur : Coco
Editeur : Les Arènes de la BD


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McR

McR

McR a est un homme barbu mais pas méchant. Il a connu la préhistoire, et grâce à un accélérateur de particules, il a pu rejoindre la communauté.

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