« Les nouvelles aventures de Gai Luron » : interview de Pixel Vengeur à Quai des Bulles

Lors du festival Quai des Bulles à Saint Malo, nous avons eu la chance de rencontrer Pixel Vengeur. Avec Fabcaro, il a repris en 2016 pour Fluide Glacial l’iconique héros Gai Luron de Gotlib. Jeux de mots, situations absurdes, dialogues aux petits oignons… Tout y est !

Le tome 2, « Gai Luron passe à l’attaque », est sorti en 2017 avec Felder au scénario, et c’est à notre avis le plus réussi ! Il casse les codes du genre et fait sortir Gai Luron de son quotidien paresseux : avec son fidèle ami le renard Jujube, il s’engage dans l’armée à la recherche de sa dulcinée Belle-Lurette… et c’est le début d’une série de gags explosifs !

La Loutre Masquée : Comment vous est l’idée de reprendre Gai Luron en 2016 ?

Pixel Vengeur : Quand Yan Lindingre, le rédacteur en chef de Fluide Glacial, m’a proposé de reprendre Gai Luron, cela me convenait tout à fait : j’ai l’habitude de m’adapter, de partir sur des projets très différents, de changer régulièrement de style de dessin… ce qui peut parfois s’avérer être déroutant pour les lecteurs ! Mais moi je ne peux pas faire autrement. S’engager sur une série pour dix ans avec les mêmes héros et les mêmes personnages, cela m’angoisse terriblement.

LLM : C’est une envie de challenge ?

PX : Pas vraiment un challenge, car je désire vraiment faire ça ! Par exemple, avec Didier Conrad, sous le nom de Baker Dog, j’ai fait la BD « Le Baron samedi », avec des dessins réalistes en ligne claire, ambiance années 50, pas drôle du tout, une histoire vraiment hardcore. Je te la conseille !

Dans des styles très différents, j’ai par exemple aussi adapté des nouvelles de Conan de Robert E. Howard, dans « Jérôme, fils de Crom », ou encore fait une parodie complètement absurde de Lovecraft avec « Le Nécrodominicon ».

Donc quand Yan Lindingre m’a téléphoné un matin en demandant si j’avais envie de reprendre Gai Luron, j’étais carrément partant !

LLM : Comment s’est passé la rencontre avec Gotlib ?

PX : Nous avons envoyé quelques planches de tests à Gotlib, ça l’a bien fait marrer. J’ai voulu me faire aider par quelqu’un, et j’ai proposé à Fabcaro de travailler avec moi sur le scénario. Il était en train de fabriquer « Zaï Zaï Zaï Zaï », donc il était encore connu seulement d’un cercle d’initiés.

J’ai rencontré Gotlib, il m’a donné un « cours de Gai Luron » que je n’oublierai jamais. Nous avons échangé plein d’e-mails, que je n’ai jamais pu jeter.

LLM : J’imagine que ses e-mails étaient truffés de jeux de mots ? « Comment vas-tu yau de poêle » et ce genre de choses ?

PX : C’était bien au-delà ! Par exemple, pour dire « au revoir », c’était une phrase entière, avec des jeux de mots partout ! On a lancé le premier album, et à ma grande surprise ça a cartonné ! Je ne voulais rien changer dans le style de dessin de Gotlib, pour les personnages principaux.

LLM : Justement, je suppose qu’il y a eu un gros travail de réappropriation du dessin ? On ne voit vraiment pas la différence avec les albums de Gotlib !

PX : Oui, c’est ce que tout le monde me dit, donc je pense avoir réussi ! Pour y arriver, j’en ai rempli des carnets !

J’ai l’habitude de m’entraîner en mettant une grande feuille sur toute la table et de la remplir de petits dessins sans trop réfléchir… et c’est drôle car dans ces dessins, de façon inconsciente, la tête de Gai Luron revenait souvent !

LLM : Et il y a un entraînement spécial pour les jeux de mots ?

PX : Il n’y en a pas tant que ça dans ces nouvelles histoires finalement. Nous sommes moins branchés jeux de mots que Gotlib. Nous sommes beaucoup moins bavards que lui.

LLM : Ce qui est vraiment intéressant avec le tome 2, c’est qu’on sort vraiment du Gai Luron classique. Habituellement, on est sur des gags courts qui restent toujours dans le même univers, avec les personnages qui devisent adossés à une clôture. Cette fois, ils sortent de leur cadre en s’engageant dans l’armée, et on a un vrai fil rouge tout le long de l’album.

PX : Complétement ! Lors de l’avant-dernier Quai des Bulles, quand « Zaï Zaï Zaï Zaï » est sorti avec le succès qu’on connaît, Fabcaro m’a annoncé qu’il serait trop débordé pour faire d’autres albums de Gai Luron, ce qui est normal. J’ai donc commencé à travailler sur de nouvelles histoires pour le tome 2, et j’ai proposé mon pote Felder de venir m’épauler.

Je suis un fan de cinéma et cela se retrouve dans le tome 2. Si tu regardes bien l’histoire, tu verras qu’il y a une première partie « classique » de Gai Luron. Puis il y a une deuxième partie « Full Metal Jacket », avec l’arrivée dans l’armée et l’entraînement. On s’est amusés à y mettre un sergent instructeur qui ne fait que dépérir au fur et à mesure de l’histoire, tandis que les autres ne font rien. Et la troisième partie, c’est une ambiance à la « M.A.S.H. », où l’on voit la guerre du coté hôpital de campagne, un peu à l’arrache.

LLM : On retrouve aussi dans l’album d’autres clins d’œil cinématographiques : il y a des scènes hommages à King King, à Indiana Jones, … ce qui est aussi assez nouveau dans l’univers de Gai Luron !

PX : Oui, je suis fan d’Indiana Jones et de King Kong, ces scènes viennent vraiment de moi. J’ai beaucoup participé à l’écriture. J’ai posé beaucoup de questions à Gotlib, pour savoir ce qu’on pouvait se permettre ou pas, et il m’a répondu : « Tu peux faire ce que tu veux, invente des personnages, fais-tu plaisir avant tout ! »

LLM : J’étais très content de retrouver dans cet album le personnage récurrent de Jean-Pierre Liégeois, un « jeune lecteur du Var » !

PX : Oui, Gai Luron lui écrit une lettre quand il fait son service à l’armée. Il lui envoie un SMS aussi. Nous avons modernisé un peu le Jean-Pierre Liégeois ! (rires)

D’ailleurs, je ne sais pas si tu as remarqué, mais on retrouve tous les héros de Gotlib dans cet album. Pour le premier tome, Gotlib avait proposé d’y intégrer Super Dupont. Hé bien cette fois on les a tous : Super Dupont, mais aussi les inspecteurs Bougret et Charolles, le Hamster Jovial, le Professeur Burp, la coccinelle bien sûr, Newton…

LLM : Le personnage du renard Jujube a aussi un rôle très important dans cet album, ce qui m’a fait plaisir car c’est mon préféré !

PX : C’est marrant, tu n’es pas le premier à me dire ça ! J’ai pris la décision de ne pas dessiner ses pattes « à l’envers » comme le faisait Gotlib, je trouvais ça un peu bizarre comme idée ! Et bien sûr on retrouve aussi la souris dans toutes les planches !

LLM : Gotlib a-t-il pu voir ces nouveaux albums ?

PX : Il nous a quittés trois mois après la sortie du premier. Il n’a pas vu le succès de cette nouvelle série, ce qui est dommage. Gai Luron était son personnage préféré. Il était assez triste que ses derniers albums ne marchent pas bien auprès du public.

Tout le monde connait Gai Luron. Mais qui a vraiment lu l’intégrale de ses albums ?

Quand j’ai repris Gai Luron, j’ai demandé à Fluide Glacial de me donner les grosses intégrales en noir et blanc, je me suis plongé dedans avec délice. Je me suis rendu compte que cela n’a pas du tout vieilli, c’est la force de Gotlib ! C’est également le cas des « Rubrique-à-Brac », qui parlent de sujets très vastes : le cinéma, les animaux, la science-fiction… C’est intemporel !

LLM : As-tu d’autres projets sur le feu ?

PX : Oui, j’ai une nouvelle série dans Fluide Glacial, qui s’appelle « Frontières ». C’est quelque chose qui m’est venu quand j’étais malade et fiévreux, mon cerveau bouillonnait. Dans la nuit, je me suis réveillé et j’avais en tête trois synopsis d’histoires courtes, avec toute la structure d’un album. Je l’ai proposé à Fluide et cela a plu. Je le réaliserai avec mon pote Jean-François Caritte. Ce sera de l’humour noir, autour de tous les problèmes de frontières, de l’Amérique latine à Gaza, en passant par les États-Unis. Le fil rouge sera une bande de loups qui partent des Balkans et qui finissent dans le Cantal.

Je travaille aussi avec Fabien Grolleau sur un projet qui s’appelle « Mamoht ». Ce sera l’histoire de chasseurs de mammouths, de nos jours en Sibérie. Une histoire d’aventures absolument pas drôle, mais j’aime changer !

Et puis je sors aux éditions Rouquemoute une grosse intégrale de luxe de mes trois albums de « Blake et Mortamère », avec beaucoup d’inédits. Donc je suis bien occupé !

LLM : Merci beaucoup !

Et merci pour la dédicace !

 

 

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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.

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