« Lever l’encre » : interview de Cookie Kalkair à Quai des Bulles


L’histoire débute en 2013. Cookie Kalkair se balade dans les rues de San Francisco lorsqu’il tombe sur un graffiti :

« Là où on va, on a pas besoin de route ».

Cette citation de « Retour vers le futur » résonne dans sa tête. De fil en aiguille, sa réflexion l’amène à se poser la question : comment a-t-il fait pour choisir ses tatouages ? L’histoire de ses tatouages peut alors commencer…

Cela donne un carnet de route à la fois étrange et captivant. On y apprend comment et pourquoi il a fait faire chaque dessin sur sa peau. Nous voilà embarqué dans de sacrées aventures : Nantes, Montréal, San Francisco, Tokyo … Il y en aura pour tout le monde !

 

D’où vient votre nom d’auteur Cookie Kalkair ?

J’ai beaucoup de grains de beauté sur le corps. Mes amoureuses m’appelaient Cookie… et c’est resté !
Ensuite, Kalkair était mon nom de graffiti quand j’étais jeune. Comme je viens de la ville de Bordeaux, où les murs sont en pierre calcaire, j’avais l’habitude de faire mes graffitis à la craie. C’est cool car ça part avec la pluie et donc j’ai gardé ce nom.

C’est un nom sans genre, je l’aime bien. Du coup, on ne sait pas si je suis une femme ou un homme.De plus, à la bibliothèque dans la lettre « K », il n’y a personne !

 

Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui à Quai des bulles ?

Je viens pas souvent en festival BD en France, parce que je vis à Barcelone. On m’a toujours dit que c’était le meilleur festival, le plus agréable et le plus chouette.

 

Pourquoi as-tu souhaité raconter la vie de tes tatouages ?

J’ai beaucoup d’anecdotes un peu rocambolesques sur mes tatouages. J’ai décidé d’en faire des épisodes sur Instagram pour prendre la température. Cela a extrêmement bien marché. J’ai alors réalisé que j’avais eu la chance de beaucoup voyager et d’expérimenter le tatouage sous différentes facettes .

Je voulais aussi répondre à des questions qu’on me pose souvent : Pourquoi on fait cela ? Comment choisir son tatouage ?

En général, il y a deux voies possibles après s’être fait tatouer : soit tu vas t’arrêter, soit il y a un peu d’addiction et tu vas continuer.

Si un jour je fais un tome 2, j’évoquerai aussi l’état de transe qui est assez rare. Il faut mettre son corps dans des situations de douleur intense. J’ai vécu une session qui a duré 7 heures d’affilée pour 750 euros… L’expérience est très étrange !

 

Combien de temps a-t-il fallu pour réaliser cet album ?

C’est la première fois que je dessine aussi vite, sans croquis et sans story-board. J’ai mis six mois à réaliser l’album, en sachant que je faisais trois albums en même temps.

 

Pourquoi as-tu fait des insertions de photos de tatouages dans ton album ?

Sur Instagram, la même question revenait tout le temps : on peut voir la photo du résultat ? Les gens étaient très curieux. Certains m’ont demandé de voir tout mon corps avec toute la cartographie ! Cela aurait pu être intéressant, mais j’ai juste décidé de montrer quelques photos. Pour respecter le travail de l’artiste, j’ai préféré ne pas les dessiner.

 

Tout ceci est autobiographique. Quel est le but de se mettre en scène ?

Mon premier livre s’appelait « Les 9 derniers mois de ta vie de petit con ». C’était un blog sur la grossesse de ma femme, vue à travers mes yeux. J’évoquais déjà des choses intimes, la grossesse de ma femme, semaine après semaine.

Ensuite j’ai fait un bouquin qui s’appelle « Pénis de table », qui était une interview de dix hommes sur la sexualité. Je faisais moi aussi partie du groupe. Pour une fois, on s’est posé des questions hyper indiscrètes sur notre sexualité.

Je sors un nouveau livre en ce moment chez Steinkis sur le polyamour, co-écrit avec ma femme. Cela s’appelle « De polyamour et d’eau fraîche ». Cela raconte un an et demi que l’on a vécu en couple à trois.

J’ai passé le cap de devenir un personnage public et de raconter ma vie. Avec une seule règle : il faut que ce soit utile, que cela réponde aux interrogations des gens.

 

As-tu un rôle par rapport au tatouage ? Quel est le message ?

Je voulais rendre le tatouage plus accessible. Parler des peurs, et évoquer les mille et une façons de se faire tatouer.

 

Y a-t-il eu des contraintes dans ta réalisation ? Des difficultés à trouver une maison d’édition ?

Le plus compliqué est de remettre la main sur des histoires passées. Certaines datent de 2006 ! Il faut donc retrouver les carnets de l’époque, les noms des tatoueurs…

 

Le tatouage est indélébile, or certains dessins te gênaient auparavant.

Tout à fait ! Par exemple, j’ai hyper mal vécu mon deuxième tatouage. C’est comme si tu n’avais que deux tee-shirts dans ta garde-robe. Si l’un d’entre eux est nul, tu n’as plus qu’un t-shirt. Mais si tu as une grande garde-robe, alors ce n’est plus gênant, le tatouage est noyé parmi les autres.
Le fait de l’avoir raconté dans le bouquin m’a permis d’en faire le deuil.

 

Est-ce difficile de devenir « tatoué tatoueur » ?

J’ai tatoué un ami. Pour moi ce n’était pas évident mais pour lui, c’est le plus beau tatouage de sa vie. C’est sa femme que j’ai dessinée. Il y a un truc que j’adore avec certains tatouages : il me suffit de les regarder pour me retrouver dans l’endroit où je les ai fait faire.
Tu marques tellement ton corps de cet instant, qu’il garde en une mémoire très forte. C’est chouette, cela permet de se souvenir de ce moment-là.

 

Lever l’encre est aussi une grande aventure ?

Oui ! Je fais un peu le parallèle avec les tampons de passeport. C’est la preuve que tu as voyagé. Mon premier tampon remonte à un voyage en Chine, quand j’avais 22 ans. Hé bien, il a de la valeur, j’ai l’impression de l’avoir mérité. Avec les tatouages, il y a ce truc là !

Je porte donc sur moi énormément de souvenirs. Je n’ai pas besoin d’album photo, je porte les traces d’amitié, des choses que j’ai vécues. J’adore cette idée que je me tatouerais toujours.

 

D’autres projets ?

J’écris très vite et j’ai donc deux projets à venir. Je fais souvent deux livres en parallèle. J’ai besoin de cette dynamique.
J’ai écrit un livre sur l’histoire de mon père dont je m’occupe depuis cinq ans. Handicapé, il est atteint d’aphasie. Il ne peut plus parler; ni écrire ni lire. Le sujet sera la famille le langage non-verbal : comment mon père et moi pouvons communiquer sans parler.

Je caresse aussi l’idée d’un deuxième projet. En 2009, je suis parti au Kosovo avec des amis. J’y ai mené des ateliers de dessins animés dans les orphelinats. C’était complètement dingue comme voyage. C’est beaucoup plus léger, très drôle et moins intime.

 

La rencontre avec Cookie Kalkair restera un super souvenir pour moi ! Je ne connaissais rien au tatouage mais son périple m’a intrigué. Je n’ai pas été déçu. Vous ne le serez pas non plus !
« Lever l’encre » est disponible aux éditions Delcourt. Attention, ça pique !

Merci Cookie Kalkair !

En bref

Un one-shot
Auteur : Cookie Kalkair
Editeur : Delcourt


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McR

McR

McR a est un homme barbu mais pas méchant. Il a connu la préhistoire, et grâce à un accélérateur de particules, il a pu rejoindre la communauté.

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