« Comme un oiseau dans un bocal » : interview de Lou Lubie à Quai des Bulles


Ecrit par McR le 11 décembre 2023

Birdo travaille dans un restaurant comme chef cuisinier. Un soir, il doit se rendre à une fête entre amis, mais il ne se sent pas à sa place. Il va faire la rencontre de Raya, une personne un peu comme lui, autrement dit un peu perdue elle aussi.

Que va naître de cette rencontre ?

L’autrice Lou Lubie nous propose ici un portraits de personnes surdouées, une analyse et une vulgarisation des HPI.

Elle nous explique tout cela depuis le festival Quai des Bulles !

 

Pourquoi avez-vous souhaité traiter de cette thématique sur les surdoués ?

Tout a commencé par une rencontre. Un ami proche que je connaissais depuis longtemps m’annonce qu’il est surdoué, mais il m’a demandé de n’en parler à personne. Il est très discret sur ce sujet. Il ne s’identifie pas du tout à l’image que les gens ont du HPI. Il n’a pas envie que les gens le perçoivent comme cela.

A travers mon travail, je peux apporter sa vision aux gens et contribuer à casser ces clichés sur les HPI. Cela a permis de délivrer la vision de mon ami à un public large.

 

Les deux personnages principaux sont un oiseau noir et d’un poisson dans un bocal sur un corps de robot. Pourquoi ce choix ?

C’est apparu comme une évidence après des discussions. J’ai choisi un oiseau noir avec un sweat et un pantalon large qui regarde les étoiles. Birdo n’a pas bougé, il ressemble à mon ami.

Cette métaphore animalière m’a aidé, cela permet de regarder l’intérieur plutôt que l’extérieur. On regarde directement le tempérament des gens plutôt que leur apparence.

Quant à Raya le poisson, les gens la perçoivent comme une humanoïde dans corps robotisé. Elle a peur que les gens se rendent compte qu’elle n’est qu’un petit poisson. On évoque ici le syndrome de l’imposteur.

 

Avez-vous fait beaucoup de recherches sur les surdoués pour réaliser cet album ?

Cela m’intéresse beaucoup et je voulais montrer des choses indéniables. Il fallait d’abord répondre à la question : qu’est-ce qu’un surdoué ?

Par exemple, l’hypersensibilité existe pour certains et pas pour d’autres. Tous les surdoués n’ont pas en commun cet élément.

C’est une architecture du cerveau plus connectée, plus dense et qui a une activité plus rapide. Elle correspond donc à la seule définition objective du HPI. Le reste vient se greffer là-dessus.

Je voulais une approche de vulgarisation mais aussi narrative. La dénomination est compliquée, il y a des guerres de chapelles. Qui s’appelle comment ? Le terme HPI est devenu à la mode. Tout le monde en parle aujourd’hui et tout le monde se considère comme cela, notamment depuis la série TV avec Audrey Fleurot.

 

 

Est-ce violent ou difficile d’être surdoué ?

Pas forcément. Il y a des conflits humains entre Birdo et Raya, ou plutôt des susceptibilités, voire des sensibilités heurtées, ils s’éloignent et se retrouvent. Les profils ont beau être différents, cela reste des humanités qui se croisent.

Tout ceci est universel. Beaucoup de personnes qui ne sont pas surdouées se sont reconnues dans ces personnages.

Le quotidien de surdoué peut être difficile à vivre mais fondamentalement, ce n’est pas un problème. C’est une ressource et d’ailleurs, les personnes surdouées rencontrent les mêmes problèmes que les autres, mais peuvent les compenser et donc les rencontrer plus tard.

La science montre que c’est même un atout.

 

Était-il difficile d’aborder ce sujet ?

Je n’ai pas eu de difficultés sur la vulgarisation. Je suis parti sur une construction en escargot où on part des couches superficielles qui sont la rencontre, les tics, les tournures de phrases, les petites choses de la surface. On comprend mieux comment ils fonctionnent, d’où ils viennent, leur passé, leur ressenti …

On finit au centre, par leurs failles profondes et humaines.

 

D’où vient ce choix des couleurs bleues, jaunes et noires ?

Je suis surtout une scénariste. J’ai dessiné parce qu’il fallait que je le fasse, mais je ne suis pas à l’aise avec les couleurs.

Si je travaille en bichromie, j’ai une approche logique plutôt qu’artistique. Je pars du bleu puis je vais vers du plus clair et du plus foncé. Puis le jaune intervient principalement sur les scènes de nuit

Cela donne de la maturité au propos, c’est un style avec une contrainte artistique de quelqu’un qui apprend.

 

Cette artiste qu’est Lou Lubie nous a reçu avec beaucoup de gentillesse. Merci à elle pour sa disponibilité et ses explications très claires !

« Comme un oiseau dans un bocal » est disponible chez Delcourt, à découvrir rapidement !

 

 



En bref

Un one-shot
Une BD de : Lou Lubie
Édition : Delcourt


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McR

McR a est un homme barbu mais pas méchant. Il a connu la préhistoire, et grâce à un accélérateur de particules, il a pu rejoindre la communauté.

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