« La rousseur pointée du doigt » : interview de Charlotte Mevel à Quai des Bulles


Si Charlotte a les cheveux roux, elle n’en a jamais fait une montagne. C’est comme ça et c’est tout.

Mais quand son petit garçon arrive au monde, elle doit faire face aux préjugés.

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : Charlotte va écrire et dessiner sur cette thématique qui lui tient tant à cœur, la fameuse histoire du regard des autres !

 

 

Cela fait plaisir de vous rencontrer ! Le festival se passe bien ?

C’est un incontournable ! En plus je ne suis pas très loin de chez moi. C’est un rituel que je connais en tant que public, et c’est la première fois pour moi en tant qu’artiste ! C’est aussi l’occasion de rencontrer beaucoup de monde, de dédicacer ma première BD. Il y a toujours de superbes expositions, de nombreux auteurs et éditeurs. Donc beaucoup de monde à rencontrer ! C’est l’endroit où il faut être quand on est autrice.

« La rousseur montrée du doigt » est ton premier album. Peux-tu nous en parler ?

À l’origine, je suis graphiste dans l’événementiel. J’ai décidé de reprendre le dessin à la naissance de mon premier enfant. Le sujet s’est imposé tout seul, car à sa naissance il avait les cheveux roux. Cela a été le sujet de nombreuses réflexions. Moi-même j’ai eu quelques remarques quand j’étais petite. D’ailleurs ma couleur de cheveux était plus prononcée.

Je pensais que ces préjugés étaient obsolètes, mais non ! Et le fait que cela reviennent avec mes enfants m’a touché différemment. J’ai donc voulu dessiner un peu là-dessus, et tirer le fil pour trouver l’origine de ces préjugés.

Je me suis vite prise au jeu de la BD et j’ai présenté un petit projet à la fondation Raymond Leblanc en Belgique. J’ai eu un prix d’encouragement pour ce projet. Ensuite j’ai rencontré des dessinateurs, des professionnels, des scénaristes et des éditeurs. C’était le début en 2017.

 

Est-ce difficile de « parler de soi » dans un album ?

Oui et non, il me semblait plus facile pour un premier livre de parler de ce que je connaissais. Même si ce n’est pas toujours évident de se livrer !

 

Ton album « remplit un vide » sur la critique de la rousseur  ?

J’avais besoin de comprendre, car c’était quelque chose qui ne m’a pas vraiment touché lorsque j’étais enfant. Je ne me suis pas posée de question jusqu’à l’adolescence. De plus, comme je le disais par rapport à mes enfants, j’avais besoin de comprendre et d’analyser les mécanismes des préjugés.

 

As-tu fait beaucoup de recherches ?

Oui, mes recherches m’ont fait découvrir que la rousseur est quelque chose de très représenté dans l’art, la peinture, le cinéma, la littérature, la BD. Elle a souvent une forte symbolique.

Je voulais répondre à cette question : le rapport à l’autre est-il différent selon les pays ? Le but était surtout de déconstruire les préjugés.

 

Les préjugés sont-ils une question de génération ?

Malheureusement, cela n’a pas l’air de s’arrêter, c’est une problématique compliquée. Je le constate à chaque fois que je dédicace. Je rencontre des lecteurs concernés par le sujet, à qui la BD a vraiment parlé. Il y a des témoignages et des expériences personnelles qui sont vraiment douloureuses.

 

A quand l’ouverture du musée des roux ?

J’ai en effet évoqué le fait qu’un musée puisse exister là-dessus, avec un ticket offert pour les roux. Peu de temps après d’ailleurs, Jean-Jacques Henner a fait une expo à Paris sur les roux et même un livre.

 

As-tu d’autres projets sur les différences ?

Pas obligatoirement, je préfère m’attacher au principe de la transmission de génération en génération. Le rapport à l’autre m’intéresse. Il est vrai qu’une thématique sur les secrets de famille peut aussi m’intéresser. Je ne m’interdis rien, et je pense même apprécier la fiction !

Charlotte Mevel publie son premier album chez Delcourt.
Il contient tous les éléments que j’apprécie : il est clair, agréable, sans jugement mais critique.
C’est un ouvrage documenté qui nous confronte aux préjugés.
Merci Charlotte !!!

En bref

1 one-shot
Auteur : Charlotte Mevel
Editeur : Delcourt



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McR

McR

McR a est un homme barbu mais pas méchant. Il a connu la préhistoire, et grâce à un accélérateur de particules, il a pu rejoindre la communauté.

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