« Les âges perdus » : interview de Didier Poli et Jérôme Le Gris à Quai des Bulles


A la veille de l’An Mil, un cataclysme a dévasté la Terre. Réfugiés dans des grottes, les humains pourront sortir à l’air libre quelques milliers d’années plus tard, pour découvrir un monde sauvage où la nature a repris ses droits.

« Les âges perdus », c’est une série de fantasy originale, dans un monde post-apocalyptique médiéval violent, quelque part entre « Mad-Max » et « La planète des singes ».

Nous avons rencontré à Quai des Bulles les auteurs Didier Poli et Jérôme Le Gris. Ils nous dévoilent les coulisses de cette série pas comme les autres.

Séance interview !

 

Tout d’abord bravo pour cette super série ! Comment vous est venue l’idée de créer un tel univers ?

Jérôme Le Gris : J’avais lu dans un livre d’archéologie que la violence de masse arrive avec la sédentarisation, l’agriculture et l’élevage. Beaucoup d’historiens s’accordent sur cette théorie. A l’époque des chasseurs-cueilleurs, les Hommes se tapaient dessus localement en petit nombre, c’était vite réglé. Mais les batailles de 2000 personnes avec des épées et des armures datent vraiment de la sédentarisation.

J’ai voulu créer un monde qu est sur ce point de bascule. Les personnages sont des nomades, qui se rendent compte qu’ils peuvent cultiver du blé, élever du bétail et donc adopter une vie sédentaire. Quels choix font-ils ? Qu’est-ce que cela change ? Je voulais me situer au moment où cette décision va être prise.

Nous sommes encore aujourd’hui les héritiers de ce choix fait au néolithique. Les villes et la concentration des richesses en sont des conséquences directes. Ce moment est très peu traité par les archéologues.

 

Didier Poli

Pourquoi situer cela après une apocalypse ?

Jérôme Le Gris : Je voulais qu’il reste des traces du chemin que nous-mêmes avons suivi. La nouvelle civilisation a le choix. Est-ce qu’on suit le chemin des anciens qui va aller dans le mur ? Ou vont-ils choisir un autre chemin ?

Didier Poli : On voulait un univers plus agressif, plus hostile pour souligner la difficulté de ce choix. L’idée n’est pas de donner les leçons, mais de constater ce qui a été fait. L’hubris de l’être humain est de vouloir tout contrôler : la nature, la mer, les animaux. Mais il ne se rend pas forcément compte des conséquences de ses actes. La nature gagne à la fin de toute façon. C’est vraiment cette métaphore qui nous intéresse.

 

Elaine est une héroïne forte dans un monde violent et brutal. C’était important pour vous de mettre une femme en premier plan ?

D.P. : Cela fait partie de la même démarche d’ouverture d’esprit. Dans les cultures celtes et pré-romaines, il y avait une vraie mixité dans les rôles. Les femmes étaient aussi guerrières que les hommes. Il n’y avait pas de différence sur les champs de bataille. On a un bon exemple avec les « Sword Maidens » chez les Vikings. Dans un monde où tout est agressif, il ne peut pas y avoir de poids mort. C’est donc tout à fait cohérent d’avoir une femme forte, tout aussi efficace qu’un homme.

J.L. : La domination du mâle est aussi quelque chose qui vient de nos sociétés sédentaires et religieuses. Dans le néolithique, les femmes étaient les égales des hommes. La répartition des tâches ne se faisaient pas par le sexe mais par les compétences.

 

La première scène du deuxième tome est complètement dingue, celle où les personnages doivent franchir la Mer des Aigles et se font attaquer de toutes parts. II y a un côté cinématographique très immersif.

D.P. : Oui, cette scène fonctionne bien, c’est une super entrée en matière, et elle remet un bon coup de pression !

J.L. : On ne voulait rien s’interdire en termes de mise en scène. Didier a un tel niveau de dessin qu’il peut se permettre de faire des choses compliquées. On veut garder ce côté « hollywoodien » dans les scènes d’action. Cela demande beaucoup de travail, mais on est très content du résultat. Dans les prochains tomes, il y aura d’autres scènes pas piquées des hannetons !

D.P. : Comme on vient tous les deux du cinéma, on connaît bien les techniques de cadrage, de mouvement de caméra. Quand on met en place une scène, on évoque des scènes de certains films ou de séries. On essaie ainsi d’explorer quelque chose qui sortirait du cadre de la BD classique.

 

Comment vous organisez-vous pour travailler ensemble ?

D.P. : Jérôme fait le scénario, puis on se voit et on fait le découpage ensemble. Il arrive souvent qu’on remette en question une scène, qu’on réécrive toute la séquence.

J.L. : Si une meilleure idée apparaît, on ne s’interdit jamais de refaire une scène, parfois en quatre, cinq, six versions.

D.P. : Très souvent, entre la version de début et de fin, cela n’a plus rien à voir ! (rires)

J.L. : Il faut aussi trouver un juste milieu entre des grosses scènes d’action, des scènes de dialogue, des voix off… On échange beaucoup, cela améliore vraiment la qualité finale de l’album.

 

Donc c’est prévu en quatre tomes ?

D.P. : Tout à fait ! Le troisième tome mettra plus de temps à arriver. La BD représente un cinquième de mon temps. J’ai un studio de jeux vidéo qui m’accapare beaucoup. On ne veut pas baisser la qualité au détriment du rendement. On a la chance d’avoir un éditeur qui nous suit là-dessus. On veut être fiers de notre travail !

 

Merci à tous les deux !



En bref

Série en cours (2 tomes parus)
Auteurs : Didier Poli et Jérôme Le Gris
Editeur : Dargaud


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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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