« Le jour où on a inventé les noms de famille » : interview d’Annaïg Plassard et Mélanie Allag à Quai des Bulles


« C’est le grand jour à Tartiflume ! En effet, il est temps que tous les villageois aient un nom de famille… »

D’où vient notre nom de famille ? Voilà une question que l’on s’est tous-tes déjà posée ! Annaïg Plassard et Mélanie Allag y répondent avec malice dans ce conte pour jeunesse très réussi. On y parle aussi d’émancipation, de personnalité, de confiance en soi…

Rencontre avec les deux autrices au festival Quai des Bulles !

 

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire ?

Annaïg Plassard : Dans l’imaginaire collectif, c’est un objet de rêverie, une question que l’on se pose tous et toutes. On croise régulièrement des gens avec des noms marrants. J’ai encore croisé récemment une personne qui s’appelle Bonraisin. Je me souviens d’une médecin scolaire qui s’appelait Espèrendieu, cela faisait beaucoup rire mes parents.

Mélanie Allag : A côté de chez moi, il y a quelqu’un qui s’appelle Sanfaute mais avec une faute dedans. Je trouve ça génial. (rires)

Annaïg Plassard : Les parents d’une copine de collège s’appelaient Toulouzou. En breton, Louzoù signifie médicament. Donc tu te demandes s’ils sont pharmaciens de génération en génération, depuis l’invention des noms de famille ? Il y a forcément une notion de transmission quelque part. J’associais cela au moyen-âge et aux rapports de domination sociale. Je pressentais que certains ont eu plus de choix que d’autres dans le nom de famille.

Mélanie Allag : Il existe clairement une discrimination sur les noms de famille. Certains donnent accès à un appartement, d’autres non.

Annaïg Plassard : En même temps, depuis l’attribution des noms de famille, il s’est passé plusieurs siècles. Des choses qui pouvaient être positives à une époque ne le sont plus forcément aujourd’hui. Il y a souvent des personnes qui demandent à changer de nom.

 

Mélanie Allag et Annaïg Plassard

 

Vous aviez une volonté de transposer ces questionnements dans un album jeunesse ?

A.P. : Cette question m’a évoqué assez vite l’idée d’un parcours initiatique, de faire attention à ce que les parents nous transmettent, ce côté psycho-généalogie. Ces petites valises que l’on hérite de nos parents ou grands-parents, que l’on transporte toute notre vie comme des fardeaux.

 

L’album parle aussi de prendre en mains son destin, faire ses propres choix.

A.P. : C’est cela ! Personnellement, j’ai réussi à poser ces valises qui m’ont été transmises pour me sentir bien. J’avais donc envie de partager ce parcours initiatique, cette guérison, par des histoires.

 

Comment s’est fait le choix de créer des personnages animaliers ?

M.A. : C’est un peu du pain béni. Si les noms de famille peuvent être associés à un caractère, le côté animalier l’accentue encore plus. Le contexte médiéval amène un genre proche de la fantasy, qui colle très bien avec des personnages animaliers. C’est quelque chose qu’on retrouve dans toute l’iconographie médiévale. Les animaux étaient porteurs de sens dans beaucoup de textes : pour parodier, pour dire des choses secrètes… L’idée était de créer une fable remise au goût du jour, avec le prisme du bestiaire animalier médiéval.

A.P. : Ce type de personnages montre qu’on prend une liberté par rapport au réel, ce qui donne un côté contemporain, presque « kawaï » ! (rires)

Avez-vous eu de bons retours ?

M.A. : Nous avons déjà fait quelques séances de dédicaces à Brest et à Nantes. Le retours étaient très bons, venant d’enfants et d’adultes. Quand je dessine, je ne pense pas à un public particulier. J’essaie avant tout de faire quelque chose qui me plaît. J’ai dû garder mon âme d’enfant. Si j’ai du plaisir à dessiner et à lire l’album, il devrait aussi plaire aux enfants !

 

La couverture est très belle ! Les décors font penser à des maisons alsaciennes, ou bretonnes…

M.A. : Merci ! Pour les architectures ou les vêtements, c’est un gloubi-boulga de plein de choses. La volonté était de ne pas situer clairement l’histoire dans une région donnée. C’est une vision fantasmée de la période moyenâgeuse, à la façon des histoires de fantasy.

A.P. : C’est drôle car sur mon autre BD « Ys », j’étais dans un univers assez proche, alors que je ne suis pas particulièrement fan de fantasy.

 

Quelle est ta technique de dessin et de mise en couleurs ?

M.A. : C’est un encrage traditionnel à l’encre de Chine. Je réalise ensuite la mise en couleurs de façon numérique. L’idée était aussi de casser le côté récit médiéval classique, mais plutôt d’avoir quelque chose de très pop avec des couleurs bien flashy. Je suis comme Georges Lucas, j’aimerais faire des figurines de nos personnages ! (rires)

Y aura-t-il d’autres albums dans le village de Tartiflume ?

A.P. : Il y aura probablement des suites à cet album, qui se situeront dans le même village. La fantasy et le côté non-daté me donnent cette liberté de mettre mes valeurs dans des histoires. Je pense aborder par exemple le thème de la propriété privée.

M.A. : Après avoir créé tous ces villageois, on a envie de jouer avec eux ! C’est très ludique. On pourrait faire rencontrer tel personnage à un autre, etc. J’ai fait des recherches et j’ai constaté qu’il existe un très nombre de villages ou de lieux-dits qui s’appellent Tartiflume en France ! C’est comme un village universel ! (rires)

 

Un grand merci à toutes les deux. Longue vie à Tartiflume !



En bref

Série en cours, tomes indépendants (1 tome paru)
Auteurs : Annaïg Plassard et Mélanie Allag
Editeur : Nathan BD



Découvrir nos interviews réalisées à Quai des Bulles 2022 !


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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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