« Super Vilains » : interview de Philippe Pelaez et Morgann Tanco à Quai des Bulles


« Entrer au lycée, quand on est un peu différent, ce n’est pas facile… Et encore plus quand on a des super-pouvoirs super pourris. »

Nous avons rencontré Philippe Pelaez et Morgann Tanco à Quai des Bulles pour nous parler de cette super série .

Merci à eux pour leur disponibilité et leur bonne humeur, un dimanche à 9h du matin en fin de festival !

 

 

Dans cette série, vous arrivez où on ne vous attend pas. Vous confrontez avec un humour corrosif le mythe du super-héros à la vie ingrate des lycéens. Comment vous est venue cette idée ?

Philippe Pelaez : Je suis prof d’anglais en collège, au lycée et en classe prépa. C’est un public que je côtoie depuis 27 ans. Je me suis souvent posé la question en regardant les élèves : s’ils avaient des pouvoirs, quels seraient-ils ? Il y a souvent de la frustration quand on est élève, donc que feraient-ils de ces pouvoirs ? J’ai trois enfants, j’en ai beaucoup discuté avec eux. Ils ont d’ailleurs participé à la relecture, notamment pour ce qui concerne les expressions des ados : « On ne dit plus ça, maintenant on dit plutôt ça… »

Morgann Tanco: Notre langage sera périmé dans deux mois ! (rires)

 

Philippe Pelaez et Morgann Tanco

 

Dans notre scolarité, on a tous vécu des moments frustrants, on aurait bien aimé avoir des pouvoirs à ce moment-là. On s’identifie donc très vite aux personnages.

P.P. : Entre les différentes histoires que contient l’album, nous avons choisi d’avoir un fil conducteur : les problèmes des ados. Les réseaux sociaux, le harcèlement scolaire, etc. C’est un album rigolo avec un humour corrosif comme tu dis, mais il y a quand même un fond assez authentique.

M.T. : L’idée est de traiter de sujets graves avec un ton léger.

P.P. : L’histoire la plus dure est celle du « revenge porn », quand le personnage de Marion se trouve en photo dénudée sur les réseaux. C’était l’histoire la plus difficile à aborder. Il y en a d’autres plus légères, comme l’histoire des crustacés.

M.T. : Tu ne crois pas si bien dire, mais j’ai reçu un appel d’une association de défense des crustacés…. Non je plaisante ! (rires)

 

On trouve aussi des extraits du journal intime de l’héroïne Sandra, qui nous donne sa vision à elle des événements.

P.P.: C’était une proposition de Fluide Glacial. On commence par écrire quelques lignes, on se prend vite au jeu et la page est rapidement remplie ! Je m’identifie beaucoup à Sandra, donc à ce moment-là c’est plutôt moi qui parle. Cela permet de faire le lien entre deux histoires.

M.T. : Dans les pages du journal, on a utilisé l’écriture d’Anaïs, l’assistante éditoriale chez Fluide. Elle a rédigé manuellement le texte, puis on a transformé son écriture en typographie informatique. On n’avait pas trouvé de police adaptée, donc c’était une bonne idée. C’est drôle, on a rencontré Anaïs « en vrai » ce week-end, elle ressemble beaucoup au personnage de Sandra !

 

Les jeunes super-héros se demandent comment utiliser leurs pouvoirs. Ils décident de s’interdire de les utiliser pour un bénéfice personnel ou pour se venger. Pas facile !

M.T. : Oui surtout pour Hugo ! Il peut provoquer le désir, c’est le meilleur pouvoir du monde ! (rires)

P.P. : Il sort avec les plus belles nanas du lycée, il se fait d’ailleurs casser la gueule par leurs mecs. Il a du mal à résister, mais il finit par se plier à cette règle et va essayer d’utiliser ses pouvoirs pour aider les autres. Leur première action est d’ailleurs d’apporter des repas aux personnes âgées. Ce n’est pas hyper spectaculaire mais bon, on commence par le bas de l’échelle ! (rires)

 

Dans la deuxième partie de l’album, on bascule dans une vraie histoire de super-héros, avec un méchant, des enjeux…

P.P. : Ce qui est drôle, c’est qu’habituellement on a des gentils contre des super-vilains. Ici les héros se définissent d’abord comme des vilains. On a donc des super-vilains contre des vilains encore plus vilains !

M.T. : Des super-vilains-méga-vilains ! (rires)

 

Comment vous organisez-vous pour travailler ensemble ? Vous faites d’abord un story-board ?

P.P. : Je ne fais pas de story-board, mais plutôt une sorte de tableau, avec le découpage, les indications, les dialogues. Morgann en fait ensuite ce qu’il veut : il les organise, les regroupe, etc. Cela fonctionne bien.

M.T. : Je suis un gros fainéant, donc cette façon de travailler m’arrange bien. (rires) Ensuite, j’ajoute, j’enlève des cases selon les besoins. Philippe est une personne avec qui il est très facile de travailler, je n’ai quasiment eu aucun retour négatif. Je conçois mon travail comme celui d’un réalisateur de cinéma, qui reçoit un scénario et doit le mettre en scène.

P.P. : Quand je regarde le résultat du travail de Morgann, je trouve ça génial !

 

On croise toute une galerie de personnages, chacun a son look et son caractère. Morgann, comment les as-tu créé ? Tu t’es inspiré de personnes que tu connais ou tu les as tous imaginés ?

M.T. : Au début, Sandra est très différente, avec des couettes. Ma fille jouait avec des « poupées LOL ». Je trouvais que Sandra ressemblait beaucoup à ces poupées. J’ai cherché comment créer une « poupée Dark LOL ». Je me suis inspiré de filles gothiques que je connaissais. On m’a dit qu’elle ressemblait à Lisbeth Sallander, l’héroïne de « Millenimum », dans le film de David Fincher.

Pour Hugo, j’ai recyclé un vieux dessin de quand j’étais ado. Il avait une grande mèche blonde mais un tout petit nez. Je lui ai juste ajouté un gros nez et de grosses oreilles. Si on fait attention, on voit que l’apparence de Hugo change entre le début et la fin de l’album, son nez s’agrandit.

Pour Wilma, au niveau du caractère, de ses mimiques, je me suis inspiré d’une amie avec qui je fais des clips et des courts-métrages.

P.P. : Je trouve que les couleurs sont super réussies aussi !

M.T. : Oui j’ai eu de très bons retours sur les couleurs.

 

Une suite est prévue, j’imagine ?

P.P. : On attend un peu les résultats, pour savoir si l’éditeur se lancera dans une suite. On l’espère, car on a laissé un bon « cliffhanger » à la fin. On a eu des chouettes critiques un peu partout. Des gens qui étaient finalement surpris d’apprécier cette BD, ils ne s’attendaient pas à cela !

M.T. : En plus, on peut l’apprécier à tout âge. Il y a quelques références et des blagues qui parleront aux plus grands, il y a plusieurs niveaux de lecture !

 

Merci à tous les deux !

 



En bref

Série en cours (1 tome paru)
Auteurs : Philippe Pelaez et Morgann Tanco
Editeur : Fluide glacial


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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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