Bretonneries – Tome 2 : interview de Monsieur le chien !

Les « Bretonneries » sont de retour ! Vincent Lévèque et Monsieur le chien continuent de revisiter les légendes bretonnes avec un humour absurde irrésistible !

A cette occasion, nous avons eu la chance d’interviewer le scénariste Monsieur le chien, qui nous dévoile les coulisses de ces contes pas comme les autres ! Un grand merci à lui !

 

 

 

Le tome 2 de « Bretonneries » sort ces jours-ci. Comment vous est venue cette idée de détourner des contes et légendes bretonnes ?

Eh bien, incidemment, je suis breton, j’aime beaucoup cette région et j’en parlais déjà, par ci par là, dans mes pages semi-autobiographiques telles qu’on peut les retrouver dans « La fontaine de médiocrité » ou « Homuncule ».

La région est belle, à forte identité, donc visuellement reconnaissable, même pour les gens qui n’ont pas eu la chance de naître bretons. Cela me plaisait d’en parler. Bref, faire un truc « bretonnant » me grattait depuis un moment déjà.

Pour autant se posait un problème : les bédés à tendance régionale sont des marronniers de la BD et il doit difficilement passer une année sans que ne sorte tel ou tel album sur la Bretagne, Corse, Nord etc. Ce sont typiquement des « BD-cadeaux », celles que l’on offre à son oncle ou son copain lorsque l’on n’a pas trop d’idées pour Noël ou un anniversaire. C’est donc invariablement et uniquement basé sur une idée d’appartenance et ça ne cherche pas à aller plus loin, le plaisir étant presque tribal à ce niveau-là. D’où le fait que pour les BDs sur la Bretagne, on retombe beaucoup, beaucoup, beaucoup sur la pluie, l’alcool, le froid etc. Si j’ose dire, le scénario importe peu, l’acte d’offrir se suffit. Je ne voulais pas faire ça puisque ça avait été fait et refait, c’était donc très banalisé. En se posant la question, là, avec vous, je ne vois pas ce que j’aurais pu apporter de plus à ce genre. Et de fait, Fluide glacial ne se positionne pas sur ce segment de BD. Notre propos, et le mien, c’est de faire du pouet-pouet et donc de faire -si possible- vraiment passer un bon moment, et ne pas être juste dans la fierté ethnique si j’ose dire. L’idée, c’est quand même qu’un alsacien puisse rigoler sur ce que j’écris.

Or donc, j’ai réfléchi et je me suis dit que les légendes, c’était un angle d’attaque inutilisé, propice à de bonnes scènes, tout en gardant un minimum de décorum bretonnant, qui reste un passage obligé de l’exercice.

 

Avez-vous reçu un bon accueil du premier tome ? Perso, j’avais adoré !

Merci beaucoup! Alors oui, nous avons eu un bon accueil, validé par les ventes qui furent tout à fait significatives. Mais je décorrèle les deux par prudence, car je ne doute pas que certains l’ont acheté juste sur la base du côté breton affiché dès la couverture. Vous aurez d’ailleurs noté que peu importe la manifestation, festive ou revendicative, il surgit toujours un drapeau algérien et/ ou un drapeau breton. Donc cette fierté à 200 de tension provoque fatalement des achats sans regarder le contenu. Le tome 2 validera les ventes du premier si les gens y ont trouvé leur compte en termes d’humour, nous verrons !

J’ai eu d’excellents retours de mon public habituel. Mais là, ce sont des gens qui aiment mon écriture et achètent ma production selon là où je suis, que ce soit un tueur en série, l’échangisme ou donc la Bretagne. Dans ce cas, ça me rassure au moins sur le fait que je ne les ai pas déçus. En humour, on remet son titre en jeu à chaque fois !

J’ai eu toutefois deux bretons, outrés, hystériques pour un d’entre eux au moins, qui m’ont reproché -pour le dire dans de jolis termes- de « détruire » la culture bretonne. Rien que ça. Mon dieu, je ne me savais même pas aussi ambitieux. C’est d’une part très con (vraiment très), leur ai-je signifié puisque je pense même avoir fait découvrir aux bretons eux-mêmes des pans de leur culture. Après tout, il est plus facile de constater la pluie en Bretagne que d’être au courant du Hoper-noz ou du menhir de Kerloas ! D’autre part, bien que Français avant toute chose, vous vous doutez bien que le propos étant de faire passer un bon moment, léger. Détruire la culture bretonne n’était pas vraiment la chose visée sinon j’aurais eu la dent bien plus dure.

 

Ces histoires courtes ont un point de départ très sérieux pour aboutir souvent à des situations très trash. Est-ce une volonté de tordre le cou à la morosité et au « politiquement correct » ambiants ?

Alors là, je m’arrête un instant sur vos termes, car je suis toujours surpris de ce mot, « trash », qui m’a été associé plus d’une fois. Je ne me suis jamais rangé comme un auteur trash, mais je concède bien volontiers que ça n’est pas à moi de le décider mais bien aux lecteurs, et donc à vous. Vous noterez toutefois que j’utilise un langage plutôt châtié, qu’il n’y a pas de propos orduriers etc, ce qui est quand même une grosse porte d’entrée au trash. Après, je suppose que je dois dégager, dans ce que je fais, quelque chose d’acide. Ça, c’est possible.

J’ai en effet une sainte horreur du politiquement correct et donc typiquement, si j’avais voulu m’attaquer à la religion, c’est bien à l’islam que j’aurais dû m’attaquer et pas au cadavre du catholicisme comme aiment à le faire nombre de mes confrères. Mais encore une fois, je ne cherche pas à faire de pamphlets ou quoi, je cherche à faire passer un bon moment. C’est très ambitieux en réalité, on n’imagine pas. Maintenant, oui, il m’arrive de glisser ce que j’appelle des pastilles, pour me moquer de l’époque. Ainsi, pour les bâtiments officiels qui apparaissent dans mes livres, je leur donne toujours des noms de bonnes âmes et/ou d’inquisiteurs actuels.

 

Même la religion en prend un sacré coup, avec l’histoire de Saint Guénolé !

Je reprends ce que j’ai dit plus haut, je n’aime pas m’attaquer à la religion. D’autant plus que ce qui est en général entendu par ça, c’est vomir sur ce pauvre christianisme qui n’est guère plus pratiqué que par des septuagénaires pour la « masse » et par une minorité certes encore jeune mais qui n’a pas vocation à se développer. Je ne suis pas bien courageux mais au moins, j’ai assez de dignité pour me dire que c’est assez minable d’attaquer un mort, et n’étant pas un humoriste subventionné aux impôts et ayant besoin de montrer patte blanche, je me prive de cet exercice.

 

On peut d’ailleurs reconnaître dans le personnage de Saint Guénolé  un hommage à Wolverine et aux comics américains en général ?

Dans l’histoire de Saint Guénolé, il y a un usage de Wolverine, oui, après ça n’est pas un hommage, même si j’ai une vraie affection pour les comics. J’ai passé d’excellents moments enfant à lire les « Strange » et autres. Depuis, adulte ou presque, c’est souvent dans la BD américaine que je repère le plus de trouvailles scénaristiques et ça me plaît. Sans compter que le niveau technique moyen du dessinateur US est bien supérieur à celui en Europe.

 

Comment se déroule la création d’une histoire avec Vincent Lévêque ? Il participe au scénario et aux dialogues ? Vous l’orientez sur les dessins ?

Alors je scénarise le tout sur des bouts de papiers illisibles pour tout autre que moi. Puis, profitant du fait que je suis également dessinateur, je réalise des découpages dessinés, sur des feuilles A4. Ces découpages sont assez poussés, j’y mets même du modelé avec des feutres à alcool afin que ça soit le plus confortable pour Vincent Lévêque. Je n’ai pas fait le scénariste pour beaucoup de monde. Je demande toujours dans ces cas-là quelle serait la méthode de travail souhaitée pour le dessinateur. Le fait de faire des découpages poussés facilitait la vie à Vincent donc on est parti là-dessus. Ça a du reste l’avantage pour moi que je suis entièrement maître du rythme des pages, des choix rythmiques des gags, qui est quelque chose auquel j’accorde beaucoup d’importance. Cette partie de travail évacuée, cela laisse toute latitude à Vincent pour déployer son dessin que je trouve splendide et il y va, il est très généreux en petits détails. C’est un vrai plaisir de découvrir ses pages en premier.

 

Votre rythme de travail doit être très soutenu pour publier régulièrement ces histoires dans le magazine Fluide Glacial ?

Houlà oui. Mais ça ne va pas pouvoir durer, ça fait deux trois ans que je suis sur un rythme assez dément. Là par exemple, je dois rendre « Le petit théâtre des opérations » numéro 3 pour la mi-septembre ; j’aime autant vous dire que le sommeil est devenu une denrée très rare et ça commence à me poser des problèmes. Donc je finis cet album et ensuite je ralentis un peu.

 

En toile de fond de ces gags, on suit le personnage récurrent de Tiffany Vilemin-Lopez. Telle Dana Scully dans « X-Files », elle enquête pour révéler la vérité et se heurte à des sociétés secrètes. La fin de l’album prend des allures de blockbuster hollywoodien ! Comment est née l’idée de ce « fil rouge » ?

Fluide glacial a une contrainte, c’est celle de fournir des histoires finies au magazine ; chaque histoire doit avoir un début, un milieu, une fin et être lisible par le gars qui achète le magazine en mars mais ne l’a pas acheté en février. Ça fonctionne donc très bien en magazine puisque c’est cela qu’on vise, mais une fois que l’on réunit ça en album, ça peut être un peu problématique; on peut avoir l’impression d’une succession d’histoires, une liste presque. Ce que je ne veux, voulais pas, puisque j’ai envie que mes bêtises soient pleinement lisibles en tant qu’albums purs. J’ai donc demandé à avoir un fil rouge, ce qui m’a été accordé tant que cela ne s’opposait pas au premier point évoqué plus haut. Raison pour laquelle la plupart des pages de fil rouge n’ont pas été publiées dans le magazine et ont été réservées à l’album.

Après, sur le personnage même de la journaliste, ça rejoint une de vos questions précédentes, c’était l’occasion d’égratigner gentiment nos journalistes, avec leur usage massif de l’anglais et cette nouvelle mode chez nos aristocrates du Bien, à savoir le « débunkage », le « fact checking », etc. Je trouvais ça sympa de mettre en relation ces experts en vérité et ce qui, par définition, l’est le moins, à savoir les légendes.

 

Qui a eu cette idée géniale de la mouette qui fait « Houba » ?

Je plaide coupable pour ce détail de fond de case.

 

Avez-vous d’autres projets sur le feu ?

Oui et non ; là, je suis tellement le nez dans le guidon que j’ai du mal cette fois à me projeter. Je ne vise que et uniquement le rendu à temps des pages du PTDO 3 et vis dans un stress inouï. Toutefois, des jalons ont été posés pour un troisième album avec Vincent Lévêque. Pas sur les légendes, je pense en avoir fait le tour, mais un troisième et dernier tour pourrait se faire sur la Bretagne mais sur un autre aspect. J’aimerais aussi revitaliser l’homme au masque (en toile de jute), sans que cela n’induise un album.

Merci à vous et une très bonne journée à tous !



En bref

Série en cours (2 tomes parus)
Auteurs : Vincent Lévèque et Monsieur le chien
Editeur : Fluide glacial


Acheter cette BD sur le site de la librairie Critic !

The following two tabs change content below.
Avatar

BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
Avatar

Derniers articles parBennyB (voir tous)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *