« Fantomar, le fils de la jungle » : interview de Gad

Voici Fantomar, le fils de la jungle ! Grâce à son mental d’acier, ses gros muscles, son slip porte-bonheur et l’aide du jeune Azerbahidjong, il fait régner la justice dans la forêt tropicale.

Macho, égocentrique, inculte, irresponsable et vantard, c’est un héros hors du commun… qui nous a bien fait rigoler !

Parues d’abord dans le magazine Fluide Glacial, ses aventures déboulent enfin en librairie dans un album que l’on vous recommande vivement !

Nous avons eu la chance de rencontrer Gad, son créateur. Si son nom vous dit quelque chose, ce n’est pas un hasard : vous avez pu lire ses histoires dans la revue « La Vilaine ». Il y racontait la vie d’un dandy dans la ville de Rennes au XVIIe siècle. Avant cela, il avait aussi créé le personnage « Ultimex », participé au collectif « Glory Owl » et été rédacteur en chef de la revue « Laudanum ». Séance interview !

 

Fantomar est macho, égocentrique, inculte… D’où t’est venue l’idée d’un tel héros ?

Cela m’est venu en lisant de vieilles BD d’aventures dans la jungle, qui allaient des années 30 aux années 60. On y trouvait toujours un personnage blanc et musclé qui résolvait tous les problèmes des villages aux alentours. Je me demandais : « Qu’est ce qu’il fout là ? De quoi il se mêle ? ». J’ai voulu mettre en avant cet aspect grotesque. Le nom de Fantomar vient d’ailleurs d’une BD de Fletcher Hanks, qui avait pour héroïne Fantomah. Elle avait tous les pouvoirs et faisait la justice dans la jungle. A cette époque, il n’y avait pas encore de censure, on y trouvait des choses assez extrêmes, notamment dans la façon de punir les vilains !

 

Tu as transposé cet univers à notre époque, car Fantomar utilise par exemple Internet dans la BD.

Oui, faire une simple parodie de vieilles BD n’aurait pas été très intéressant. Cela me tenait à cœur d’ancrer les histoires de Fantomar dans notre présent, en évoquant aussi les thématiques du monde d’aujourd’hui. J’ai d’ailleurs créé le compte Instagram de Fantomar, qui s’appelle @filsdelajungle où il donne ses conseils pour devenir un « winner » ! Je pense que c’est ce qu’il ferait s’il avait Internet sous la main. (rires)

 

En parlant de thématiques actuelles, dans un épisode, Fantomar surprend son ami en train de lire un livre sur le féminisme. Il dit que c’est un complot destiné à changer toutes les femmes en lesbiennes et empêcher la reproduction des humains… Ces idées modernes lui font peur, il finit par jeter le livre au loin avec rage…

Ha oui, Fantomar peut être très complotiste, c’est aussi dans l’ère du temps ! (rires)

 

C’est un peu une façon détournée de lancer un coup de gueule contre le patriarcat et le machisme ambiant ?

Complètement, l’idée est d’avoir un personnage macho tout en montrant que moi-même, en tant qu’auteur, je ne valide pas ses idées. On peut faire des vannes machistes, mais toujours en « cassant » le personnage juste après pour démonter ses arguments. Il faut montrer à quel point il est ridicule !

 

 

Et finalement, c’est souvent son jeune compagnon Azerbahidjong qui est plus malin que lui et qui le sort des situations périlleuses !

C’est ça ! La plupart du temps, les affaires se résolvent soit par le hasard, soit grâce à son petit acolyte. Rarement grâce aux gros bras de Fantomar ! Il n’en fait toujours qu’à sa tête, il écoute très peu les autres. Il est égocentrique et pense pouvoir tout résoudre tout seul. On voit bien qu’il n’y arrive jamais, c’est ce qui m’amuse avec ce personnage !

 

On croise aussi différentes créatures : le croco-tigre, le gorille-cyclope, les femmes-araignées… Tu as une passion pour les monstres ?

J’adore les monstres depuis toujours. Je voulais d’abord en mettre à chaque histoire, et j’ai préféré varier avec des ennemis plus réalistes : des contrebandiers, des trafiquants, …  Typiquement, le croco-tigre est un personnage que j’ai vu dans une vieille BD. C’était un dessin assez naïf d’une créature vaguement tigre et vaguement crocodile, j’ai trouvé ça génial. Par contre, de mon côté, j’ai galéré au niveau des dessins pour créer ces créatures !

 

L’univers de la jungle devait être un sacré challenge à dessiner aussi, non ?

Finalement, c’est beaucoup moins galère de dessiner une jungle qu’une ville ! Il n’y a pas de perspective compliquée ni de lignes toutes droites à respecter. Pas de voitures en enfilade, c’est plus libérateur et beaucoup moins prise de tête.

 

Créer une BD qui n’est pas politiquement correcte, c’est important pour toi ?

Je suis attiré par ce genre de personnages, mais pas forcément pour faire du politiquement incorrect à tout prix. Cela m’intéresse car cela nous met face aux malaises de notre société, ce qui nous dérange un peu. Après, il faut être capable de bien le traiter. Je ne l’ai pas toujours fait de façon ultra-intelligente par le passé. J’avais notamment le personnage d’Ultimex, que j’ai pu faire de manière un peu maladroite. Ce personnage a un globe oculaire à la place de la tête, il est vraiment très bourrin. J’ai rencontré des lecteurs en dédicace qui s’identifiaient à lui et le prenaient comme modèle. Ce n’était pas spécialement mon but, donc je me suis dit que j’avais loupé quelque chose. En vieillissant, j’essaie de réfléchir un peu aux responsabilités qu’on a en tant qu’auteur. Avec Fantomar, j’ai donc fait en sorte qu’on comprenne dès le début que le mec n’est pas un modèle à suivre.

 

On trouve aussi dans cet album des fausses publicités et des articles de presse. D’où te vient cette idée ?

C’est un délire qu’on avait aussi dans « Glory Owl » et dans la série « Laudanum ». A la base, cela vient de « Ferraille illustré », une revue éditée par les « Requins Marteaux ». C’est là que j’ai découvert ce stratagème. C’était très bien foutu, écrit par Frédéric Felder et Winshluss, avec Cizo au graphisme. A eux trois, ils ont fait d’excellentes vannes qui m’ont marqué quand j’avais une vingtaine d’années, et qui ont nourri toutes mes BD depuis. Cela permet aussi d’enrichir l’univers d’une BD et lui donner de la profondeur. De faire des pauses aussi, pour redonner du rythme à un album.

 

Comment s’est passée ton arrivée chez Fluide Glacial ?

Beaucoup de potes bossaient là-bas et ont recommandé mes BD à la rédaction. Jean-Christophe Delpierre, le rédacteur en chef, était intéressé par mes scénarios, mais n’était pas fan du dessin. J’avais vraiment envie de rentrer chez eux. Je leur ai proposé une série avec un personnage récurrent pour apparaître dans le magazine, et ensuite pouvoir éventuellement publier cela sous forme d’album. On avait déjà publié des petits strips de « Glory owl » dans le magazine de Fluide. C’était des histoires de trois cases, et maintenant je suis passé à des histoires de plusieurs pages dans la revue, donc je suis ultra content ! On se rencontre de temps en temps, ils m’ont donné de bons conseils sur les dessins et les maquettes, je me suis mis à faire des choses que je n’avais pas l’habitude faire, et cela m’a permis de bien évoluer !

 

En terme de dessins justement, c’est très différent de ce que tu avais pu faire dans « La Vilaine » ?

Oui c’est un tout autre style. Avec Fantomar, on est dans un style très « pulp », très « cartoon ». Dans « La Vilaine », mes histoires se veulent un poil plus réalistes et historiques. Je viens de finir mon histoire pour le troisième tome de « La Vilaine », qui sort prochainement. J’ai réalisé que dans ce style roman graphique, si tu enlèves la voix off, tu ne comprends plus l’histoire ! J’ai toujours été très verbeux, donc cela me convient bien. Je viens de Rosny-sous-bois, je suis à Rennes depuis trois ans. Faire des BD historiques sur Rennes m’a permis de m’approprier cette ville et son Histoire !

 

Tu as d’autres projets à venir ?

J’aimerais continuer Fantomar chez Fluide Glacial. J’aimerais aussi développer mes histoires dans « La Vilaine », avec ce personnage de poète romancier dandy, pourquoi pas dans le but d’en faire un album. Ce serait basé sur des allers-retours dans le temps.

 

Merci Gad… et merci pour la dédicace !

 

 

Retrouvez Gad en dédicace à Rennes :

  • le 8 septembre à L’établi des mots
  • le 11 septembre à la librairie M’enfin

 

Et à ce propos, le financement participatif de La vilaine numéro 3 vient d’être lancé !
Rendez-vous sur https://fr.ulule.com/la-vilaine-3/

 

 

En bref

Série en cours (1 tome paru, gags indépendants)
Auteur : Gad
Editeur : Fluide glacial


Acheter cette BD sur le site de la librairie Critic !

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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.

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