« Edgar » et « L’œil du loup » : interview de Mathieu Sapin à Quai des Bulles


Ecrit par McR le 16 janvier 2024

Mathieu Sapin est venu à notre rencontre pour « Edgard, de Lisbonne à Paris dans les pas de mon beau-père révolutionnaire » et « L’œil du loup », deux œuvres qu’il vient de publier chez Dargaud et Nathan.

Dans le premier titre, Mathieu nous emmène à la découverte de la révolution portugaise aux côtés de son beau-père prénommé Edgar. Dans « L’œil du loup », il adapte le roman de Daniel Pennac, à travers les yeux d’un petit garçon puis d’un loup.

Cette double interview de Mathieu Sapin a permis de comprendre le don d’ubiquité de l’auteur !

 

« Edgar » raconte l’histoire de votre beau-père. D’où vient cette idée ?

Cette idée vient de lui ! Cela fait vingt ans que je me rend régulièrement au Portugal dans ma famille. Il y a trois ans, durant l’été, mon beau-père m’a dit : « Tu devrais faire une BD sur moi. Tu vas gagner beaucoup d’argent ! ». Cela m’a surpris car c’est quelqu’un qui ne lit jamais de BD. II n’a jamais lu mes documentaires, il ne connait pas mes BD ni mes films.albums

J’en ai déduit que c’était pour me rendre service car il doit se dire que je galère. Je souhaitais déjà réaliser une histoire avec Lisbonne pour décor, donc je me suis dit : « Pourquoi pas ? ». J’ai donc commencé à prendre des notes dans les carnets que je reproduis à la fin de l’album.

 

Edgar sait-il que tu vas le suivre avec un carnet dans la main lors de ses pérégrinations ?

Oui, je lui ai expliqué assez vite. C’est quelqu’un de très intuitif donc il a vite compris le principe. Cela l’a fait marrer.

Mais j’ai dû être très attentif à ce qu’il appelle « la vérité ». Je me suis retrouvé dans une espèce de quête. Il fallait que je sois intéressant pour le public mais aussi fidèle à ce contrat moral que j’avais avec lui.

Mais attention, Edgar est quelqu’un d’infatigable, il fallait le suivre. Il ne s’arrête jamais dans Lisbonne, il ne boit pas jamais et a même grimpé une colline d’un seul coup. En fin de compte, je l’ai suivi dans son environnement.

 

Edgar fait référence à des ancêtres célèbres. Tout ceci est véridique ?

Ce fut en effet le cas pour João de Barros, un historien du XVIe siècle. Edgar me dit certaines choses mais sur Wikipédia, je découvre des choses contraires. Pour Edgar, il a simulé sa mort pour continuer à vivre à Ribamar, alors que sur internet, il est indiqué qu’il serait mort ailleurs !

Quant au Duc de Wellington, avant de mettre en déroute Napoléon, il aurait eu une aventure sentimentale à Ribamar avec une naissance à la clé ! Pour Edgar, il s’agit de notre ancêtre. La façon dont il présente les choses est tellement séduisante que j’ai envie d’y croire, et donc de la raconter.

 

Comment fais-tu le lien entre l’histoire d’Edgar et l’Histoire avec un grand H ?

C’est un des aspects qui me plaisait beaucoup : parler de l’histoire mais de manière subjective.

Edgar met ses souvenirs personnels en lien indirect avec des événements historiques, comme la guerre napoléonienne. A d’autres moments, il participe à l’Histoire de façon directe, par exemple quand il explique avoir été impliqué dans la révolution portugaise.

C’est vrai que cela reste très subjectif. Je mets en scène les autres et moi-même. Les lecteurs se doutent bien que c’est ma vision des choses que je montre. Je donne des clés, mais au final ce sont les lecteurs qui décident de ce qui est vrai ou non.

 

Tu aimes te mettre en scène ?

C’est vrai que les lecteurs aiment me retrouver d’un album à l’autre; un peu comme Tintin. On n’apprend pas grand-chose sur moi, mais davantage sur mon personnage : mes goûts, mes angoisses, mes doutes ou mes envies.

Le caractère d’Edgar et le mien sont très différents. C’est amusant à mettre en confrontation.

 

 

D’un côté tu te mets en scène, mais tu sais aussi te mettre en retrait. C’est le cas dans « L’œil du loup ».

J’avais déjà réalisé beaucoup d’adaptations de romans en BD pour le magazine « Je Bouquine » : « Notre Dame de Paris », « Tarzan », « La Comtesse de Ségur », des œuvres de Jules Verne…. C’est comme cela que j’ai rencontré Joann Sfar pour l’adaptation de « Hansel et Gretel ».

J’ai adoré travailler sur ces adaptations, mais je ne l’avais jamais encore fait avec des auteurs en vie. Alors Daniel Pennac… Whaou !

 

En effet, adapter une œuvre de Daniel Pennac n’est pas une mince affaire. Comment es tu arrivé sur ce projet ?

Nathan m’a proposé cette adaptation. Je connaissais Daniel Pennac, mais je n’avais pas lu cette œuvre. Quand je l’ai lue, je l’ai trouvée très belle !

Ma seconde motivation a été la collaboration avec Daniel Pennac. C’est une personne très agréable. Il m’a laissé tranquille et était néanmoins disponible quand j’avais besoin d’informations.

 

Qu’est ce qui t’a inspiré dans cette histoire ?

Ce récit est criant de vérité. Il a été écrit en 1983 et il reste terriblement d’actualité. Il aurait même pu être écrit aujourd’hui. Il évoque tellement de sujets actuels tels que la violence, l’amour, l’avenir de la planète….

D’ailleurs, je joue un peu avec cela, je brouille les cartes. Je voulais en faire une adaptation intemporelle. On ne sait pas exactement quand cela se passe. Cela peut se passer un peu quand on veut en réalité. Cette ambiance intemporelle en fait sa force !

 

Peux-tu nous évoquer le cahier « Dans la gueule du loup » en fin d’album ?

On en avait parlé assez tôt, il y avait un vrai intérêt à le réaliser car on y apprend beaucoup de choses. J’y montre mes recherches pour le livre, mais aussi ma relation avec Daniel Pennac. Et finalement, tout mon travail et ma volonté à dessiner cet album sont plus faciles à comprendre avec ce cahier.

 

Que dire de plus de cette rencontre ? Cela a été un réel plaisir de passer un peu de temps avec Mathieu : quelqu’un de perfectionniste, professionnel mais surtout très sympathique !

Un grand merci à lui et à Nathan BD !


Découvrir nos interviews réalisées à Quai des Bulles 2023 !


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McR

McR a est un homme barbu mais pas méchant. Il a connu la préhistoire, et grâce à un accélérateur de particules, il a pu rejoindre la communauté.

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