Mickey et les Mille Pat

Présentant des albums éloignés de l’orthodoxie graphique de l’univers Disney comme la pratiquent les brillants Claude Marin et Giorgio Cavazzano pour en citer qu’eux, la collection Disney des éditions Glénat s’étoffe d’un nouveau titre avec « Mickey et les Mille Pat », un album signé Jean-Luc Cornette au scénario et Thierry Martin au dessin.

Pourvu d’une confection des plus soignées, dos toilé, partiel vernis sélectif sur la couverture, fort grammage des pages intérieures, cet ouvrage propose un long récit constitué de 72 planches, suivi d’une petite poignée de savoureuses pages de croquis où le dessinateur montre l’excellence de son trait dynamique.

 

Visuellement, Thierry Martin fait le choix d’un encrage parfois incertain, laquelle exécution pourrait gêner les amoureux inconditionnels du plein et délié des dessinateurs de référence de l’univers Disney. Car Martin fait un pas de côté comme le fit jadis Wasterlain avec les tout premiers Docteur Poche, beau comme la rencontre fortuite entre Ronald Searle et André Franquin sur une table de dessin. Entendons-nous, ce parti-pris de l’encrage volontairement un peu relâché pour donner de la vie au trait n’altère nullement la lisibilité des cases, qualité primordiale. Ses décors bucoliques et urbains sont ainsi magnifiques, tout en suggestion, notamment grâce à un jeu subtil sur le clair-obscur et à l’attention portée au lessivage graphique.

Le dessin des personnages aspirant à tutoyer l’académisme de l’école Disney est résolument sympathique, dynamique, généreux en diable et c’est là l’essentiel, d’une souplesse certes quelque peu improbable mais servi par une mise en couleur numérique toute en sobriété, sans esbroufe, à savoir marquée par la récurrence d’aplats.

Judicieux, le choix chromatique de tons sourds et de gris colorés sur papier mat confère à l’ensemble un charmant aspect suranné. Fluide, s’appuyant sur une riche variation de plans et de points de vue, la mise en scène aux enchaînements parfaits reprend ainsi le code des quatre bandes et, plus encore, celle du gaufrier dont elle se démarque de temps à autres par de spectaculaires pleines pages et doubles pages afin de valoriser de grands espaces et, in fine, de surprendre le lecteur par la soudaine libération du carcan serré.

Si les jeunes lecteurs de l’album passeront un très agréable moment, les moins jeunes seront aussi en pays de connaissance. A la lecture, ils pourront songer au plaisir qu’ils avaient jadis à dévorer des « Johan et Pirlouit », savoureuse série médiévale à la narration des plus fluides. Ce titre – qui aurait pu s’intituler « Mickey et le magicien Clodomir » tant sa présence est essentielle – met en scène un quatuor disneyen, Mickey, Minnie, Pluto et Pat Hibulaire, dans un univers moyenâgeux, synonyme de roi, de magicien, de dragon, de tournoi.

Les poudres de Clodomir, multipliante ou divisante, vieillissante aussi, sont le vecteur sur lequel Cornette base et développe son histoire. Initialement, Minnie se dédouble, puis se multiplie. Naturellement, la dramaturgie se tend lorsque le redoutable Pat Hibulaire bénéficie des pouvoirs de cette poudre magique…

L’humour ponctue le déroulé, celui des dialogues parfois un tantinet ironiques, celui aussi des noms des personnages secondaires, tel Chalumeau le petit dragon, Topinambour l’improbable monture ou encore le trio de quémandeurs permettant d’appuyer la psychologie des personnages principaux.

Bénéficiant d’une grande pagination autorisant à jouer avec le temps, à parfois étirer l’action, l’histoire toute en rondeur s’amuse aussi avec les codes narratifs du genre, ce jusqu’à la convenue note finale d’humour. Bref, convenons-en avec plaisir : ce titre s’avère une épatante lecture pour toutes celles et ceux qui ont conservé une âme d’enfant. « Délicieusement féodale » pour reprendre une citation d’une autre série de l’école de Marcinelle.

 

Venez rencontrer Jean-Luc Cornette et Thierry Martin au festival « Pré en bulles » à Bédée (35) le 25 septembre 2022 !

Et retrouvez sur cette page nos articles sur les auteurs·trices présent·es au festival !

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MNC

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Vénère Uderzo, exècre Pesch, adore Sfar mais à la tévé, croit que Thibert est le meilleur repreneur de Blake et Mortimer. Pour le reste, tout se discute.

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