Il fallait que je vous le dise

Dans « Il fallait que je vous le dise », nous découvrons la réalité d’un avortement à travers le récit autobiographique d’Aude Mermilliod et le témoignage de Martin Winckler, un médecin généraliste à l’écoute et sensibilisé aux violences obstétricales.

La sincérité d’Aude Mermilliod et l’honnêteté de ses propos nous interpellent. Ceux-ci sont illustrés de façon simple mais touchante. Nous l’accompagnons tout au long de son histoire et partageons ses moments de solitude à l’annonce de cette grossesse inattendue, mais également le besoin de se retrouver avec elle-même après cette épreuve.

On ressent tout d’abord la souffrance d’une femme qui doit faire un choix. Lors de cette prise de décision difficile, l’autrice est partagée entre plusieurs sentiments contradictoires qu’elle évoque naturellement, sans jamais chercher à apitoyer le lecteur. Les tentatives maladroites de réconfort de certains proches se transforment en banalités qui finalement ne sont rassurantes que pour les personnes qui les disent.

Le lecteur se retrouve ensuite face au manque d’accompagnement ou de soutien de la part du corps médical. La double page qui relate l’intervention nous met dans l’ambiance du moment. Tout est sombre, flou et l’écriture d’Aude Mermilliod traduit la souffrance tant physique que psychologique qu’elle est en train de vivre, et que nous vivons avec elle. Enfin, les sentiments de « l’après-intervention » ressortent et l’autrice nous offre, toujours avec une sincérité émouvante, son incompréhension face à ce corps qu’elle ne maitrise et ne connaît plus.

La narration bascule lorsque l’autrice donne la parole au médecin. Martin Winckler évoque alors comment de médecin généraliste, il en est venu à pratiquer des IVG. Ce point de vue, de prime abord malvenu puisque masculin, se révèle très touchant. En effet, nous voyons comment ce médecin, au début paternaliste à outrance, se met à la place des patientes afin de rendre moins violente cette intervention.

Ce témoignage prouve que l’avortement n’est pas qu’une affaire de femmes, et que des hommes peuvent se sentir concernés. La rétrospective sur le droit à l’avortement nous rappelle la longue lutte qu’ont dû mener femmes et hommes, pour que les IVG soient légales, mais également socialement acceptées. Avec l’arrivée de Simone Veil, les femmes parlent enfin au nom des femmes pour établir une loi qui les concerne directement. À l’heure où ce droit n’est toujours pas acquis ou bien recule dans certains pays, cette BD est indispensable pour que l’on continue à le garder.

En bref

One-shot

Auteur : Aude Mermilliod
Editeur : Casterman

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Ophelie

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N'est pas tombée dans la marmite de la BD étant petite mais un beau jour, son âme de loutre s'est réveillée. Férue de littérature jeunesse, aime découvrir différents univers.
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