Le canonnier de la Tour Eiffel

Reconnu pour les cycles de sa série « Le Voyages des Pères » (2008), passé chez Grand Angle avec « Ma fille, mon enfant » (2020), l’ancien métallo franc-comtois qu’est David Ratte (1970) se consacre pleinement à la BD depuis une quinzaine d’années. Dans ce nouvel opus, un album de 72 pages paru chez Grand Angle, Ratte déploie toute l’étendue de son admirable talent graphique au service d’une narration prenant corps dans la Belle Époque :
semi-réalisme un brin caricatural, personnages aux visages ou trognes parfaitement campés, expressions soignées, mise en case moderne privilégiant le format trois bandes et les cases longues ou hautes, gestion lisible des décors, encrage sans esbroufe au seul service du dessin et où le noir est considéré comme une couleur.

 

Malin, joli et séducteur, le scénario de Jack Manini et Hervé Richez, deux vieux routiers du genre, prend pour postulat de traiter de la vieille dame de fer dominant le ciel de Paris par le prisme d’une anecdote originale et méconnue. Dégottée par Manini alors que le duo de scénaristes se focalisait sur les vieux métiers contemporains, cette anecdote concerne le canonnier qui, de 1900 à 1907, tirait un coup de canon depuis le deuxième étage de la tour Eiffel pour annoncer midi aux oreilles des Parisiens. Pour le duo, la ponctualité de cette fonction induit l’idée de la passion amoureuse, vecteur de désordres potentiels.

S’en suit une romance, un chassé-croisé amoureux entre Camille et Valentine, l’un sculpteur de marionnettes, l’autre orpheline et modèle idéalisé du sculpteur, à une heure où la chose amoureuse se libère de pesantes rigueurs propre au carcan social du prude XIXe siècle. A midi de ce jour fatidique de 1905, l’ancien artilleur qu’est aussi Camille Chalandon est à la croisée de son destin : assumer sa charge de remplaçant volontaire du vieux Lantier, canonnier officiel indisposé, ou honorer son rendez-vous galant avec celles dont les traits ressemblent à ceux de sa Colombine sculptée pour le petit théâtre de marionnettes de l’esplanade…

Posant un regard attendri sur le petit peuple de la Ville-Lumière, Le Canonnier de la Tour Eiffel détonne donc par son merveilleux un brin suranné, délicieux comme la contemplation d’un Renoir ou d’un Vuillard dans un monde de fauves délivrés de leurs cages. Et cela fait du bien. Réjouissons-nous : ce Canonnier sera suivi d’autres récits complets assurément positifs, centrés sur d’autres romances autour de la vieille dame et gardant certains personnages secondaires comme autant de liens entre chacun des volumes.

Ainsi, s’inscrivant dans le thème de l’éternel « Paris, l’amour, Paris, toujours ! », le prochain tome annoncé traitera de la célèbre affaire des casseroles, une affaire politique bien connue de la mal nommée Belle Époque.

 

En bref

Un one-shot
Auteurs : David Ratte, Jack Manini et Hervé Richez
Editeur : Grand Angle


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Vénère Uderzo, exècre Pesch, adore Sfar mais à la tévé, croit que Thibert est le meilleur repreneur de Blake et Mortimer. Pour le reste, tout se discute.
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