Blacksad – Tome 7 : Interview de Juanjo Guarnido à Quai des Bulles


Ecrit par Canonix le 05 décembre 2025

En enquêtant sur Solomon, le maître bâtisseur de New York, notre chat détective préféré Blacksad découvre que l’empire du faucon est bâti sur un monceau de cadavres. Iris Allen, la directrice de théâtre, n’est pas sa première victime ! Solomon piège Weekly, l’ami photographe de Blacksad, pour le faire accuser de meurtre. Blacksad va tenter de faire innocenter Weekly et de confondre l’architecte. Il cherche également à renouer avec son amoureuse Alma, dont le rôle dans cette affaire sera déterminant.

Pour parler de ce septième tome qui clôt le diptyque “Alors, tout tombe“, nous avons eu le privilège de rencontrer le dessinateur Juanjo Guarnido lors du festival Quai des Bulles.

Bonjour Juanjo ! Pourquoi avoir choisi de publier un diptyque après cinq one-shots ?

L’évolution de la série fait que l’on devient plus ambitieux et que nous avions envie de raconter des histoires plus longues, des enquêtes plus complexes ; nous avions donc le choix entre réaliser un tome de 70 pages ou bien faire un diptyque qui nous permettait de développer les personnages secondaires, avec des trames qui bifurquent. Et voilà le résultat !

Tout le monde y trouve son compte, même si j’ai été obligé de dessiner deux albums à la suite pour ne pas faire trop patienter les lecteurs. Deux ans seulement séparent les deux tomes. C’est le délai le plus court entre deux albums de Blacksad depuis sa création. Ce délai est raisonnable pour les lecteurs qui ont l’habitude de patienter cinq ans ou plus entre deux aventures de Blacksad.

 

Une suite de Blacksad est-elle prévue ?

Oui bien sûr, nous allons continuer. C’est une des rares séries centrée sur un personnage récurrent. Blacksad représente (avec “Undertaker“) le dernier héros classique sorti ces dernières années.

Nous pouvons ainsi suivre un héros sur plusieurs tomes avec des histoires qui s’enchaînent ou pas, avec la possibilité de faire un cycle. Cela permet également de développer des histoires plus complexes, avec des trames plus intéressantes, surtout lorsque l’on n’a pas la possibilité de produire un album de BD chaque année.

 

Pouvez vous nous expliquer votre façon de travailler ?

Beaucoup de scénaristes envoient leur scénario au compte-gouttes, ce n’est absolument pas le cas avec Juan Diaz. Il développe d’abord un synopsis, puis une histoire plus élaborée, et enfin un scénario dialogué. Il m’informe de chaque étape, nous en discutons, nous mettons nos idées en commun.

Je ne participe pas à l’écriture du scénario mais je donne mes idées sur la trame, sur les personnages. Lorsque je reçois le scénario terminé, je réalise un story-board détaillé de tout l’album, ensuite je fais les crayonnés.

J’ai réalisé ces deux derniers tomes sur tablette numérique, alors qu’avant je les faisais sur papier. Je ne suis pas satisfait de cette expérience, même si je reconnais qu’elle présente des avantages.

C’est un bon outil, mais il présente des inconvénients techniques et sensoriels : je m’ennuie lorsque je dessine sur tablette. Je préfère dessiner sur papier avec la sensation du toucher du papier, du crayon, avec les doigts qui se salissent.

Pour le prochain je travaillerai de façon hybride : je vais réaliser des crayonnés très poussés sur papier, ensuite je vais les scanner puis les retravailler en numérique. Cela permet de recadrer certaines choses ou de changer facilement la taille des personnages. Pour moi cela reste un outil de post-production. C’est la logique de travail que j’envisage pour l’avenir.

 

Appliquez vous l’aquarelle sur les planches encrées ?

Oui je travaille en couleur directe.

Sur “Les Indes Fourbes” j’avais utilisé une autre technique : nous avions réalisé une impression de gris, c’est à dire que je n’ai pas fait d’encrage. J’ai poussé mes crayonnés pour les rendre très nets.

Ensuite je les ai scannés puis reproduits sur un papier aquarelle avant d’appliquer la couleur et de poser mes rehauts de noir.

 

 

 

Les aventures de Blacksad se passent dans l’Amérique des années 40-50, pouvez-vous imaginer Blacksad vivre en 2025 ?

Je pense que le personnage serait beaucoup moins intéressant dans le monde actuel, car aujourd’hui le monde est devenu trop complexe : déshumanisation des rapports humains, révolution technologique, numérisation de la culture, de notre existence, soucis de l’avenir immédiat…

Je préfère ancrer mon personnage dans les années 40-50, aux États-Unis parce que les faits historiques y sont bien établis. Je prends aussi plus de plaisir à raconter des histoires qui se déroulent à cette époque.

 

En attendant le prochain Blacksad, quels sont vos projets ?

En ce moment je travaille sur un projet de livre illustré pour enfants. Je ne peux pas vous révéler le nom de la scénariste, c’est une grande romancière française qui a écrit un conte merveilleux.

Elle m’a demandé d’illustrer le livre, je lui ai dit que je n’aurai jamais le temps de le dessiner. Puis j’ai lu le conte qui m’a emballé ! Le livre sortira certainement en 2026.

J’ai également un projet en cours avec Alain Ayroles, chez Delcourt. Ce ne sera pas la suite des “Indes Fourbes, mais ce sera un récit dans le même esprit. Ce sera donc une fiction historique qui j’espère recevra le même accueil des lecteurs.

 

Quel personnage de fiction aimeriez vous reprendre ?

Je trouve délicat de s’autoriser à changer un personnage de fiction, j’ai l’impression que l’on trahit l’esprit du créateur.

Je reconnais que certaines reprises sont des succès comme par exemple le « Lucky Luke » de Matthieu Bonhomme, qui n’est pas le « Lucky Luke » de Morris. Dans ce cas je ne considère pas que ce soit une trahison du personnage de Morris, mais c’est une approche totalement différente. Cela fonctionne car c’est fait avec amour et énormément de talent . Je ne suis pas certain de réussir la même chose.

Si je devais reprendre un personnage je resterai dans la continuité de l’œuvre originale. Je rêve de dessiner « Spiderman » depuis très longtemps, j’en ai parlé avec Tim Sale, mais c’est très compliqué de se confronter au marché américain. Je l’ai appris à mes dépends. Je lisais« Spiderman » avant de découvrir Astérix ou Tintin. Je ne voudrais pas m’embarquer dans un projet sans être certain de le mener à bout comme je l’entends.

 

Vivement la prochaine enquête de Blacksad, et merci Juanjo d’avoir répondu à nos questions !



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Canonix

J'aurai aimé avoir un père Rock Star et une mère dessinatrice, car la musique et les Bds ont toujours fait partie de ma vie. Je préfère les chocolatines aux pains au chocolat, mais cela vient du fait que le Sud Ouest m'a vu naître et grandir, et même vieillir.

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