L’épervier : interview de Patrice Pellerin


Ecrit par Canonix le 24 décembre 2025

La Princesse Indienne” est le dixième tome des aventures de Yann de Kermeur, surnommé “L’épervier” ! Devenu agent du roi, il se voit confier une mission : convoyer une étrange princesse indienne en Nouvelle-France.

Cette série est prévue en trois cycles.

Dans le premier cycle, Yann de Kermeur, noble marin breton, est accusé à tort de meurtre. Il doit prouver son innocence dans une France où les puissants manipulent la justice à leur guise.

Dans ce second cycle, notre héros met la Méduse, sa belle frégate, au service du roi de France.

Les intrigues s’enchaînent de fort belle manière et les dessins sont toujours aussi beaux et détaillés.

En attendant la sortie du prochain tome, nous avons rencontré le scénariste et dessinateur historique de la saga Patrice Pellerin au festival Quai des Bulles.

 

Bonjour ! Le premier tome de “L’Épervier” est sorti depuis plus de 30 ans. Êtes-vous toujours aussi motivé ?

Bien sûr ! Et heureusement, car je ne pense pas que l’on puisse faire ce genre de travail aussi minutieux sans être motivé. Certes, il y a des jours c’est plus difficile que d’autres, mais le problème c’est que cela se ressent dans le dessin.

Lors du tome 6 par exemple, j’étais en plein divorce, je vivais une période très compliquée. Je me suis rendu compte après coup que tous mes personnages avaient les épaules étroites et rentrées. C’était le reflet de ce que je traversais à l’époque.

Il y a donc vraiment un mimétisme et le lecteur va ressentir cette lassitude ou ce manque de motivation.

 

Pour le deuxième cycle, combien d’albums avez-vous prévu ?

Six, comme pour le premier cycle.

 

Pour quand est prévue la sortie du prochain tome ?

Normalement fin 2026, ou début 2027. J’ai pris du retard à cause de soucis de santé et de problèmes personnels. Maintenant cela va mieux.

 

Dans le tome suivant, la princesse indienne sera-t-elle une alliée ou une ennemie ?

C’est ce que l’on va vraiment découvrir dans le tome 11, son caractère va se révéler. Il y aura un mélange de fausses pistes et de vérités pour mener le lecteur “en bateau“. Je vais donc lui tendre des perches.

 

Comment travaillez-vous ?

Je commence par écrire tout le scénario, puis je dessine l’album tout en rédigeant le scénario du tome suivant. Donc avant de dessiner un album, j’ai déjà tout planifié, descriptions et dialogues compris. Une page du scénario correspond à une future page de l’album.

Ensuite je demande à mes enfants et à mon éditrice de lire le manuscrit. Dès que c’est validé, je commence donc les dessins et le scénario du suivant etc.… J’écris la plupart du temps dans le train. J’ai un petit ordinateur, mes bouchons d’oreilles et c’est parti !

 

Il y a quelques années, vous avez repris “Barbe-Rouge” sur deux albums. Avez-vous apprécié cette expérience ?

Jean-Michel Charlier était mon idole en tant que scénariste, donc lorsqu’avec Giraud il m’a proposé de reprendre la série “Barbe-Rouge“, j’ai saisi l’opportunité !

J’avais 25 ans, j’étais tout jeune, c’était une opportunité incroyable. Charlier m’a beaucoup appris sur la façon d’écrire un scénario, de composer les images, de fluidifier la narration.

Si je n’avais pas repris “Barbe-Rouge“, “L’épervier” n’aurait jamais existé. C’est là que j’ai découvert les bateaux, l’univers des pirates et des corsaires.

Quand Charlier est tombé malade, je lui ai proposé de faire un synopsis d’une troisième histoire. J’ai donc écrit un synopsis d’une douzaine de pages. Je lui ai présenté, il l’a lu et une semaine après il l’a validé. Malheureusement sa maladie s’est aggravée et il est décédé quelques mois plus tard. Une semaine après sa mort, sa veuve m’a confié que lors de son séjour à l’hôpital, Jean Michel lui avait demandé que je continue le scénario et les dessins. J’ai réalisé les huit premières pages, j’ai découpé le scénario, écrit les dialogues et j’ai dessiné.

 

Au même moment, les héritiers de Jijé, de Charlier, de Hubinon et les différents éditeurs voulaient récupérer les droits de “Barbe Rouge“. Tous voulaient contrôler mon travail, cela ne me correspondait pas. Je n’éprouvais plus aucun plaisir.

J’ai donc envoyé ma lettre de démission à son épouse, j’ai remboursé les avances, et j’ai créé “L’Épervier” en moins d’une semaine.

 

Quel autre personnage de fiction souhaiteriez-vous reprendre ?

Il y en a beaucoup, mais je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Ce sont surtout des personnages de romans que j’ai commencé à dessiner car j’étais un gros lecteur de romans. Je lisais très peu de BD.

Je faisais des croquis de personnages à partir des descriptions de l’auteur, c’est quelque chose que je conseille pas mal aux jeunes dessinateurs. A partir d’un roman qu’ils aiment bien, soit faire des illustrations, soit adapter une séquence en mode bande dessinée. Cela permet de montrer ce qu’ils savent faire.

 

Est ce que l’on peut espérer que Yann ait un jour une vie paisible et tranquille?

C’est le problème des héros. Est-ce cela intéresse les gens que les héros aient une vie paisible ?

Conan Doyle a écrit un roman qui s’appelle “La Compagnie Blanche“, dans lequel le héros Nigel est un fringant chevalier.

Quinze ans plus tard, dans “Sir Nigel“, c’est le même personnage mais il a pris du ventre, il est devenu chauve. Le beau héros est devenu un bon papa tranquille. C’est un des rares romans où on voit le personnage entrer dans une vie normale. Je ne pense pas que le lecteur souhaite que Yann vive ce genre de choses. J’espère toutefois qu’il réussira un jour à trouver le bonheur.

 

Merci pour cette interview ! Nous avons vraiment hâte de lire la suite de cette fantastique saga !



En bref

Série en cours (10 tomes parus)
Une BD de : Patrice Pellerin
Édition : Quadrants




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Canonix

J'aurai aimé avoir un père Rock Star et une mère dessinatrice, car la musique et les Bds ont toujours fait partie de ma vie. Je préfère les chocolatines aux pains au chocolat, mais cela vient du fait que le Sud Ouest m'a vu naître et grandir, et même vieillir.

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