Fleur Bleue : interview de Justine Cunha et Alexandre Arlène


Ecrit par Canonix le 22 octobre 2026

À la mort de ses parents, Fleur doit gérer seule le domaine familial. Elle est heureusement soutenue par Narcisse, avec qui elle entretient une relation épistolaire. De leur amitié profonde naît une jolie romance. Mais petit à petit, Fleur commence à douter de lui… ou d’elle-même.Jeune héritière convoitée, Fleur attire de nombreux prétendants qui disparaissent tous mystérieusement.

Comment relier ces deux récits ? Que cache la clé qu’elle garde autour du cou, et que signifient les papillons qui gravitent sans cesse autour d’elle ?

Nous avons eu la chance de les rencontrer au festival Quai des Bulles, où ils nous révèlent les dessous de ce conte fantastique.

Comment est né cet album ?

Alexandre Arlène : Justine m’a contacté car elle cherchait quelqu’un pour l’aider à concevoir un livre où elle exprimerait ses émotions, en particulier la colère. J’étais un peu inquiet au début, car cela sortait du cadre habituel de mes synopsis. Mon rôle a été de canaliser ses émotions.

Justine Cunha : C’est une autobiographie romancée. Je la définis comme une fiction basée sur une émotion réelle. Mes premiers dessins sur “Fleur Bleue” remontent à cinq ans sur mon compte Instagram. J’avais dessiné un personnage féminin qui était le pendant féminin de Barbe Bleue. Ce dessin reflétait à l’époque le traumatisme et la colère que je ressentais à la suite d’une relation toxique. Alex m’a aidée à canaliser ces émotions et, petit à petit, “Fleur Bleue” est née. C’est aussi lui qui a fait le découpage de l’album.

AA : Avec Justine, nous avons été très complémentaires, aussi bien dans l’écriture du scénario que dans la réalisation du storyboard. Chacun apportant sa vision et sa sensibilité,

JC : Une fois le storyboard terminé par Alexandre, tout était en place et je n’avais plus qu’à dessiner.

Le livre propose une structure bien particulière, n’est-ce pas ?

JC : Il y a deux épilogues différents selon les exemplaires de l’album, avec un QR code qui permet d’accéder à l’autre fin. Les deux dernières pages ainsi que le livret final diffèrent selon la version de la bande dessinée que vous avez en main : vous découvrez soit le profil du manipulateur, soit celui de la victime.

Ce livre permet non seulement d’exorciser cette relation toxique, mais il vise aussi à mettre en garde le lecteur vis-à-vis des personnalités perverses et narcissiques. C’est effectivement un album pédagogique.

Je voulais également évoquer ce qui se passe après une relation toxique, notamment le sentiment de trahison. Les relations suivantes ne sont plus du tout abordées de la même manière. Le manipulateur présente des traits de caractère très reconnaissables : quand on les connaît, on peut se prémunir de ces relations. Nous voulions faire un livre de fiction qui serve aussi au lecteur pour identifier certains schémas (patterns) du pervers narcissique.

AA : Il y a deux lectures différentes. Il y a cette dimension pédagogique, mais il y a aussi la fiction pure et le plaisir de découvrir l’histoire de cette femme qui tue des hommes.

JC : C’est d’abord un conte, mais comme tous les contes, celui-ci a une morale.

Quel est le rôle de la serre dans le récit ?

JC: La serre a une valeur symbolique. C’est à la fois le cocon que se construisent Fleur et Narcisse, mais c’est également l’endroit où sont tués les prétendants. Dans ce livre, tout est symbolique. Par exemple, les papillons représentent ceux que l’on ressent dans le ventre: cette sensation physique de flottement ou de remue-ménage dans l’estomac associée à l’amour ou au stress.

Dans Barbe Bleue, la pièce où il assassine les femmes est une chambre sombre, sans fenêtre et très glauque. Au contraire, je voulais que la serre soit une pièce baignée de lumière qui reflète l’espoir : là où les corps sont enterrés, les plantes repoussent.

Quel accueil le public réserve-t-il à ce livre ?

JC : Les retours que nous avons sont excellents, tant de la part des lecteurs que des libraires. Les éditions Dupuis ont fait un superbe travail en réalisant une couverture avec un vernis sélectif.

 

En revisitant le conte de “Barbe Bleue”, Justine Cunha et Alexandre Arlène proposent un récit fort et moderne. “Fleur Bleue” dénonce les techniques d’emprise et de manipulation dans le couple et interroge sur le déterminisme social. En proposant une fin alternative, les auteurs choisissent de ne pas porter de jugement, restent impartiaux et laissent au lecteur le soin de pardonner… ou pas.



En bref

Un one-shot
Une BD de : Alexandre Arlène, Justine Cunha
Édition : Dupuis


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Canonix

J'aurai aimé avoir un père Rock Star et une mère dessinatrice, car la musique et les Bds ont toujours fait partie de ma vie. Je préfère les chocolatines aux pains au chocolat, mais cela vient du fait que le Sud Ouest m'a vu naître et grandir, et même vieillir.

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