
Ecrit par Clément le 22 octobre 2026
“Le Serpent et la Lance” est une série prévue en cinq tomes se déroulant à l’époque Aztèque avant la conquête espagnole. De jeunes filles sont retrouvées assassinées et momifiées à l’identique jusque dans des régions éloignées de la capitale Tenochtitlan. Serpent, fonctionnaire cruel est en charge de l’enquête. Pendant ce temps, Œil-Lance est missionné par un prêtre de mener la même enquête en parallèle.
Voici l’interview du scénariste et dessinateur Hub, avec lequel nous avons pu échanger sur son dernier album de “Le Serpent et la Lance“ lors du festival Quai des bulles à Saint-Malo.
Comment t’est venue l’idée du “Serpent et la Lance” ? Tu n’es pas parti sur un contexte classique avec les Aztèques…
C’était il y a moins d’une dizaine d’années. Les éditions Delcourt me suppliaient — le mot est peut-être fort — mais m’incitaient à continuer “Okko”. Et moi, je m’étais déjà programmé pour que ce soit dix albums, pas un de plus. Mais vu qu’ils me relançaient sans arrêt, je me suis dit que j’allais quand même chercher pour voir si je trouvais autre chose.
J’ai relu le livre “Azteca”, de Gary Jennings, que j’avais découvert étant ado. En même temps, j’avais envie de faire un polar, genre qui m’a toujours attiré. C’est ainsi que l’on se retrouve avec une sorte de crossover où l’on plonge dans cette civilisation dingue, sa cruauté pour notre regard d’Occidentaux.
J’ai senti tout de suite qu’il y avait quelque chose de très fort, en opposition totale avec leur société sans police, ne connaissant pas le terme de “tueur en série“. J’ai imaginé que cela pourrait dérouter complètement le pouvoir alors que lui-même tue des milliers de personnes pour faire tourner le monde. C’est ainsi que de fil en aiguille est arrivé ce scénario de “Le Serpent et la Lance”.
Il était initialement prévu trois tomes, nous passons finalement à cinq tomes. Les tomes sont plus petits à partir du tome deux. Le changement est-il lié à cette différence de taille ou à une évolution du scénario ?
Il n’y a pas eu d’évolution du scénario. Le tome un faisait 170 pages. Le premier confinement du COVID est arrivé au moment où le tome 1 est sorti. Ça a été très difficile, et à un moment donné, j’ai failli abandonner. J’ai eu très peur de devoir gravir de nouveau cette montagne à deux reprises pour finir la série. J’en ai discuté avec mon éditeur qui m’a proposé de découper chaque tome en deux.
J’ai d’abord refusé, parce que ça ne fonctionnait pas correctement. Mais en y re-réfléchissant, j’ai trouvé l’endroit parfait. Cela me permettait d’ajouter une cinquantaine de pages à un endroit où ça manquait vraiment et d’ainsi faire des tomes de 100-110 pages beaucoup plus fluides. Pour des raisons commerciales, c’est également beaucoup mieux d’avoir des parutions plus régulières en librairie. C’est à partir de ce moment-là qu’on a vraiment vu les ventes décoller.
Comment travailles-tu avec Li, ta compagne, et avec Michalak qui s’occupe du story-board ?
A cause de mon travail solitaire, c’est intéressant d’avoir d’autres avis. Mais j’évite d’avoir trop de personnes qui critiquent qui me feraient perdre le fil de ma pensée. J’accepte ainsi des commentaires de trois personnes. Il y a Thierry Joor, mon éditeur chez Delcourt, qui me suit depuis très longtemps. Il a une grande pertinence éditoriale sur les dialogues et la narration. Ensuite, il y a Emmanuel Michalak, mon ami et alter-ego que j’ai rencontré à partir du tome trois d’ “Okko“. Il sait pointer là où ça fait mal et me challenger. Enfin, il y a bien entendu Li, ma compagne et coloriste, qui me connaît tellement car nous partageons à la fois nos passions et le travail. C’est mon gardien du temple, elle est très exigeante avec ce que je fais. Parfois, ça me fait grogner sur le moment mais elle fait partie de ces personnes qui me permettent d’aller au-delà de ce que je pourrai faire si j’étais seul. Par exemple, alors que j’avais écrit tout le storyboard du tome quatre et que je travaillais sur les planches, elle m’a relu et m’a signalé que ce n’était pas assez précis et que j’allais perdre le lecteur. Et elle avait raison ! J’ai dû surtout retravailler les textes pour rendre la chose plus limpide.
Quel est exactement le rôle d’Emmanuel Michalak en tant que storyboarder ?
Sur les tomes de “Okko” et les premiers tomes du “Serpent et la Lance“, je faisais le premier story-board et il intervenait ensuite pour recomposer des planches, adapter le zoom. C’était très précis. Mais pour gagner en rapidité sur les deux derniers albums et comme il connaît de mieux en mieux l’univers, il s’occupe maintenant de la totalité des storyboards. Il part de mes textes, on échange beaucoup par Skype avec des échanges de croquis pour être explicite sur mes intentions. Puis on avance itérativement et ça se passe merveilleusement bien ! Merci beaucoup à lui !
Tu t’occupes à la fois du scénario et du dessin. Y a-t-il un rôle que tu préfères ?
Depuis tout petit, j’entremêle les deux avec passion. Ces deux activités sont indissociables pour moi. Si vraiment je devais faire un choix, je garderai l’histoire parce que le dessin est ce qui donne envie à un lecteur de la découvrir, mais c’est le scénario qui va la faire vivre. Un dessin brillantissime mais une mauvaise histoire va lasser son public au bout de quelques albums alors que l’inverse n’est pas vrai.
Tu as d’ailleurs écrit le scénario “d’Aslak“ pour Emmanuel Michalak. C’était exceptionnel ?
On l’a co-écrit. J’avais une idée de base avec des conteurs d’histoires médiévales. Le roi, lassé de toujours entendre entre les mêmes contes, challenge deux frères de ramener le meilleur ! Le perdant mourra, tout en gardant les familles en otage pour s’assurer qu’ils reviennent. Avec un ami et Manu, on a développé l’ensemble pour créer ce drakkar de bras cassés, où la personne la plus mature est finalement la plus jeune du haut de ses quinze ans.
As-tu déjà une idée pour ta prochaine BD ?
Je vais plutôt parler du processus. J’ai toujours une ou deux idées d’avance dans mon cerveau, que je laisse maturer. Je les enferme profondément pour éviter de vampiriser l’énergie dont j’ai besoin pour finir la série en cours. Au fil du temps, on voit les idées qui ont résisté, signe de la pertinence du récit. Je vais essayer de ne pas partir sur une nouvelle civilisation, peut-être repartir du côté du Japon mais dans un univers différent d’ “Okko”.
Y aurait-il une personne ou un personnage que tu souhaiterais adapter/continuer ?
Non pas vraiment… Quoique, en y réfléchissant, j’aimerai peut-être adapter “Les Tuniques Bleues“. J’appréciais beaucoup étant petit, c’est un style très différent du mien. Mais essayer de faire un album court d’une quarantaine de pages, dans la même veine que les précédents, j’adorerai !
Nous te souhaitons une bonne continuation pour terminer ce fantastique thriller et profiter ensuite d’un repos bien mérité !
En bref
Série en cours (4 tomes parus)
Une BD de : Emmanuel Michalak, Hub, Li
Édition : Delcourt
Acheter cette série sur le site de la librairie Critic !Clément
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