Sid Cooper : interview de Pendragon


Ecrit par BennyB le 03 novembre 2026

Bienvenue en Frangleterre, un pays envahi par des ronces géantes !

Avec son énergie punk, sa sensibilité touchante et son graphisme manga irrésistible, “Sid Cooper” a été un gros coup de cœur de la Loutre !

Rencontre au festival Quai des Bulles avec son jeune auteur Pendragon !

 

Bonjour Pendragon ! Dans “Sid Cooper“, on suit des lycéens dans un monde post-apocalyptique. Comment t’est venue l’idée de cet univers complètement dingue ?

Les deux thèmes de départ étaient les ados et les ronces géantes. Puis j’ai exploré de nombreuses pistes : le délire post-apo, un château, situer cela en France ou en Angleterre, en couleur ou en noir et blanc…

Habituellement, au fur et à mesure que tu précises ton projet, tu commences à enlever des idées et à te fermer des portes. J’ai décidé de faire l’inverse. Plus j’accumulais d’idées, moins j’avais envie d’en jeter. J’ai décidé de tout garder et de tout faire converger. À force de ne pas choisir, voilà ce que ça a donné !

Le résultat est très réussi car la BD parle de thèmes hyper variés : l’adolescence, la confiance en soi, l’amitié, la colère, le deuil, les failles… Ce sont des thèmes que tu avais envie d’aborder dans cette BD ?

Tout à fait ! Au début, je ne savais pas exactement où j’allais. Sur le propos de fond, je sentais qu’il y avait un truc évident par rapport au deuil et par rapport au besoin, à l’adolescence, de se faire entendre et écouter. Mais je ne savais pas exactement où je pouvais l’amener. Le thème de la colère est aussi important, tout comme ces choses qu’on garde pour soi, qu’on ne peut pas faire sortir. Et quand ça finit par sortir, ça explose d’une mauvaise manière. Peut-être que si on en avait parlé plus tôt, si on avait fait moins les fiers, si on avait été un petit peu plus à l’écoute de l’autre, il n’y aurait pas eu de problème.

Il y a aussi un côté punk/metal très présent, que l’on retrouve dans le super trailer animé du tome 2. La musique est importante pour toi ?

Oui, à fond ! Je ne suis pas musicien mais j’essaie d’aller régulièrement en concert. Enfin, quand je peux car c’est un budget aussi ! Je suis content parce que la plupart des groupes que j’écoute passent dans des petites salles où ça ne coûte pas encore trop cher.

Au niveau de la forme, tu t’amuses à maltraiter la mise en page, dans le bon sens du terme, par exemple en donnant vie à des bulles de dialogue ou en coupant une case pour montrer qu’un personnage parle trop. C’est quelque chose que tu aimes faire ?

Au début, je n’osais pas trop prendre ce genre de liberté. Plus le temps passait et plus je rajoutais des détails de ce genre. Je pense que c’est aussi parce que je viens de l’animation à la base, où je ne pouvais pas me permettre de jouer avec le découpage. Je trouve que ça permet de garder le truc vivant et de ne pas m’ennuyer moi-même. À chaque nouvelle page, un nouveau défi !

On a aussi des planches où on mélange une scène du passé et une scène du présent.

C’était un beau bordel à écrire ça ! Effectivement dans le tome 2, il y a plusieurs pages où les héros apprennent tous la même histoire mais dans des coins différents et de la bouche de personnes différentes. Il fallait que les trucs se complètent en même temps, qu’on capte exactement chez qui on est. Je me suis un peu arraché les cheveux au découpage, mais en vrai je trouve qu’au final ça fonctionne bien, aussi grâce aux jeux sur la couleur.

Ce qui est surprenant, ce sont ces bulles avec les cœurs brisés. Dans le tome 2, on comprend que ce sont les ronces qui souffrent.

Oui, au début je pensais faire des espèces d’onomatopées, des cris. Mais ça prenait beaucoup de place et c’était un peu too much. Puis j’ai repensé aux vieilles BD, où, quand les personnages disent des gros mots, il y a des symboles, des têtes de mort… Je suis donc parti sur un symbole unique. Au début, on ne comprend pas trop ce que ça représente, et on l’explique dans le tome 2.

D’où vient ce côté “Dark Academia“, avec ces ados dans un lycée à l’ambiance fantastique ?

Cela vient des séries pour ados que je regardais, que je regarde encore aujourd’hui. Et puis j’aime cette idée que le chaos soit mis en contraste. Il faut un cadre un peu strict, le grand château avec les uniformes, pour mettre en avant le côté punk dont on parlait tout à l’heure.

La série se termine avec ce tome 2 qui est très épais. Pourquoi ne pas l’avoir divisé en deux tomes ?

Le tome 1 se déroule sur plusieurs mois, alors que le tome 2 se déroule sur 48 heures. Redécouper dans ces 48 heures aurait été compliqué, donc on est partis sur un tome 2 qui est assez généreux. Mais ça permet d’avoir un épilogue assez long pour dire au revoir aux personnages !

Peut-être que tu as prévu de faire des spin-offs ?

Je ne pense pas. J’ai le sentiment qu’on a fait le tour. Si on continuait l’histoire, on partirait sur un nouveau problème, de nouveaux enjeux, de nouveaux personnages. Ce n’est pas du tout prévu.

Du coup, tu as d’autres projets de BD sur le feu ?

Ouais, j’aimerais bien faire un vrai manga, avec le sens de lecture traditionnel, tout en noir et blanc. Je note régulièrement des idées à exploiter. Je ne sais pas encore quelle forme ça prendra, mais si c’est du manga, je pense que ce sera une série courte.

Tu es aussi très actif sur Instagram, où tu réagis à l’actualité, notamment pour soutenir le mouvement des lycéens. C’est quelque chose d’important pour toi ?

Oui, tout ce qu’on fait est éminemment politique ! En plus de ça, c’est un hasard de circonstance, mais je trouve que l’actualité répond pas mal à ce que je raconte dans la BD. Les lycéens sont une grande partie de mon lectorat et ils m’en parlent, notamment en dédicace. Non seulement on les soutient sur les réseaux, mais on est aussi à leurs côtés en manif. Je pense que c’est important qu’on écoute leur voix !

Merci beaucoup Pendragon, et à bientôt !

 



En bref

Série terminée (2 tomes)
Une BD de : Pendragon
Édition : Glénat




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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.

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