Sky Doll

Entre critique de l ‘influence religieuse et cyberpunk acidulé façon pop art, Sky Doll est une série de science fiction vraiment pas comme les autres. Une série subversive, drôle, belle et unique.

Commençons par une petite citation des auteurs qui en long :

« Ce monde abrite deux grandes multinationales qui ont un objectif commun : la manipulation des masses dans un but lucratif.L’une de celles-ci est la Walt Disney Company.L’autre, tout aussi célèbre que la première, est l’église catholique. »

Dans un futur hyper-technologique très coloré et dominé par la papesse Ludovique dans une dictature religieuse, Noa est une poupée mécanique, qui doit être « remontée » avec une clé toutes les trente-trois heures par son possesseur. Elle n’est pas comme les autres androïdes, elle a des états d’âmes, se questionne sur le but de son existence et est capable de rêver…

Un jour, son maître, qu’elle appelle « Dieu », meurt dans des circonstances étranges. Dans la station service spatiale où elle travaille, Noa se retrouve par accident dans le vaisseau de Roy en Jahru, en mission diplomatique pour la papesse. C’est l’occasion pour elle de fuir sa condition et sa planète, mais aussi le début d’une aventure périlleuse où elle découvrira enfin son destin…

Attention, ne pas se fier aux premières impressions trompeuses d’une série gentillette et facile : Sky Doll est un petit OVNI dans le monde de la BD, par plusieurs aspects.

Graphiquement d’abord, on trouve dans les dessins des influences de la BD européenne mais aussi des comics américains et des mangas japonais. Le tout enrobé de couleurs flashy, « un monde rose fuchia, bleu électrique et à l’infinité de nuances de violet » (dixit les auteurs) et un coté pop art très présent.

Ensuite, l’univers de Sky Doll est très particulier : une sorte de cyberpunk, comme un blade runner édulcoré dominé par une papesse dictatoriale, un peuple au bord de la révolte contre le totalitarisme religieux. Plutot rare d’avoir une critique de l’extrémisme religieux en BD. On y aborde aussi les sujets de l’esclavagisme et du pouvoir abusif des médias omniprésents. Sans oublier un côté fun bien trippant 🙂

Pour les personnages, aussi inattendus qu’attachants : Une poupée androïde en plastique au large sourire qui se pose des questions sur sa vie. Elle doit être régulièrement remontée avec sa clé mécanique, et a donc besoin d’appartenir à quelqu’un pour exister. De plus, un inhibiteur de souvenirs efface de temps en temps sa mémoire pour l’empêcher de développer une personnalité.

Et si l’héroïne a un look de mannequin siliconé, c’est tout à fait justifié par son personnage et par le scénario, qui traite aussi du thème des femmes-objets transposé dans un contexte futuriste. Elle est rejointe par deux anti-héros aux looks d’animaux… mais difficile de dire lesquels…

Enfin, pour l’histoire : Une quête spatiale dont on découvre très tard les tenants et les aboutissants, qui commence gentiment pour devenir de plus en plus mouvementée et riche en moments de bravoure, et dont on ressort plutôt bluffé.

Aujourd’hui, Sky Doll est devenu une icône internationale au succès énorme : diffusée dans toute l’Europe, et traduite même au Japon, en Chine ou aux Etats-Unis (par Marvel), soit dans plus de vingt-huit pays. Cette série a inspiré de nombreux auteurs et ouvert la voie à de nombreux projets innovants. Elle a aussi fait l’objet d’une exposition récemment à Paris et à Montréal, pour fêter les dix ans d’existence de la série.

 

En bref

3 tomes (série en cours) + un tome 0 et un spin-off (Heaven’s Doll)
Auteurs : Barbara Canepa et Alessandro Barbucci
Editeur : Soleil

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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.

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