
Ecrit par BennyB le 19 novembre 2025
« C’était il y a douze millénaires, après la chute d’Atlantis, avant que l’Egypte ne soit l’Egypte et avant que les Hommes ne chassent définitivement les Géants et les Dieux. »
Les scénaristes Valérie Mangin (« Le fléau des Dieux », « Le dernier Troyen ») et Denis Bajram (« Universal War One », « Goldorak ») s’associent au talentueux dessinateur Stéphane Perger pour nous délivrer « Tanis », une série jeunesse ambitieuse mélangeant antiquité et science-fiction.
Nous avons eu la chance de les rencontrer au festival Quai des Bulles, où ils nous dévoilent les coulisses de ce projet un peu fou !
Cette nouvelle série se situe dans un monde égyptien il y a 12 000 ans. Comment est venue cette idée ?
Valérie Mangin : Cette idée du monde pré-antique nous passionne tous les deux, Denis et moi. En ce qui me concerne, ce n’est pas une surprise, vu que je travaille déjà sur « Alix Senator ». On y trouve d’ailleurs un côté fantastique, mais pas trop. On n’est pas encore dans le merveilleux. Il y a toujours une explication rationnelle dans « Alix », ça reste réaliste et c’est parfois frustrant. J’avais envie de faire quelque chose qui bascule totalement, qui mélange SF, antiquité et fantastique, un peu comme dans « Le Fléau des Dieux ».
Denis Bajram : On a commencé à délirer sur un univers qui aurait existé avant l’antiquité. On a tous les deux été de grands lecteurs de bouquins d’une collection qui s’appelait « L’aventure mystérieuse », qui nous racontait des théories sur les extraterrestres, l’Atlantide, les géants… Il y avait vraiment cette idée de partager avec un public plus large ce qui nous avait fait tripper quand on était gamins.
A cela s’ajoute une évidence pour nous d’évoquer le dessin animé « Les mystérieuses cités d’or » de notre enfance, c’est-à-dire cette capacité à nous faire rêver avec un antique fantastique… Sans oublier le documentaire à la fin de chaque épisode, d’où le cahier explicatif en fin d’album !
Valérie Mangin : Et pour moi évidemment, il y a « Papyrus » ! Pour l’Égypte fantastique, Théti Chéri la fille de Pharaon, il a exploré les sources du Nil, affronté les dieux sur leur île, …
Denis Bajram : En dehors de ces références, on est aussi partis d’une réflexion sur le fait qu’il y a peut-être un problème d’offre auprès d’un public jeune. Ce n’est pas pour rien qu’ils préfèrent lire des mangas. En franco-belge, il y a beaucoup de BD jeunesse, pour un public de 9-10 ans. Puis, quand on passe à l’adolescence, il n’y a quasiment plus rien. On est obligé d’aller lire des trucs pour ados-adultes. Or, c’est la case de la BD qui a fait nous de nous des lecteurs.
A mon époque, pour répondre à ce besoin-là, je suis passé à la lecture de comics américains (« Strange », etc). On a toujours eu l’impression qu’une bonne partie du lectorat de mangas s’est créée sur cette absence. Nous-même sommes des gros lecteurs de mangas, donc on n’est pas malheureux que les gens en lisent, mais on est malheureux que les gens ne lisent que du manga. On voulait faire partie des gens qui pourraient réamorcer cette envie.
J’ai trouvé audacieux de la part de Dupuis d’intégrer « Tanis » à son catalogue, car c’est quelque chose de plus sombre que ce qu’ils proposent habituellement à leurs lecteurs.
D.B. : Toute échelle confondue, ils avaient ça avec « Yoko Tsuno » à une époque, qui était aussi très sombre.
V.M. : Même Papyrus était dur ! Et les jeunes d’aujourd’hui ont regardé « Game of Thrones », « Squid Game »,…
D.B. : Et justement, cette réflexion sur la violence a très vite orienté notre scénario. Nous voulions avoir un discours sur la violence. Naturellement, les jeunes y seront confrontés, il faut qu’on leur en parle.
V.M. : C’est pour cela que l’histoire évoque les questions de la domination, de l’esclavage, tous ces usages de la violence, que ce soit politique, religieux, sexiste, …
Quelles ont été vos inspirations pour les dessins ?
Stéphane Perger : Pour le dessin, je ne m’inspire pas vraiment. Je fais quelques recherches, et quand que je suis en accord avec ce qu On a regardé des choses ensemble sur internet en visio et dans les musées. Le premier a été plus long à travailler que le deuxième car il fallait poser toutes les bases. Il fallait faire égyptien sans faire égyptien !
En combien de tomes est prévue la série ?
V.M. : Pour l’instant, on est sur le tome 3, puis on verra bien après.
D.B. : Dans notre esprit, c’est une série au long cours. Le marché n’est pas d’une tonicité absolue, donc ça dépendra des lecteurs. Nous, on a de quoi raconter.
S.P. : On peut continuer, on en a envie. Est-ce que ça va durer ? Ce n’est pas forcément notre choix.
Dans un festival comme Quai des Bulles, avez-vous des retours de jeunes lecteurs ou plutôt d’adultes ?
D.B. : Vu que « Tanis » est publiée dans le magazine de Spirou, on a eu beaucoup de très jeunes qui sont venus nous voir, y compris de très jeunes filles. Elles accrochent à mort avec le personnage, il y a une sorte de projection. On l’a écrit en pensant à elles, hein, soyons honnêtes.
V.M. : On les attrape avec la petite panthère. Elle est toute mignonne, donc ça les attire. Elles commencent la lecture et après, elles restent pour l’héroïne.
D.B. : C’est amusant quand des petites filles très sages viennent nous voir. En discutant avec elles, on comprend qu’elles ont tout lu et que ce qui se passe dans la BD les turlupine. Elles se projettent beaucoup dans les interrogations de l’héroïne, sur le passage à l’adolescence. C’est une époque où on croit comprendre les choses, et en fait, on se rend compte que non. Elles se frottent à la dure réalité des choses.
V.M. : Il y a quand même majoritairement des adultes.
D.B. : Le public qui nous suit est là. Le public malouin est très collectionneur.
S.P. : J’avais cette discussion hier soir : le rédacteur de Spirou me demandait si le public adulte qui nous suivait déjà continue de nous suivre, maintenant qu’on est publié dans Spirou. Est-ce quelque chose qui les arrête ? Je n’ai pas cette impression-là d’après les gens que j’ai croisés. Je pense que ce n’est pas rédhibitoire.
D.B. : On a imaginé cette série pour être vraiment tout public, comme l’a longtemps été la bande dessinée. On essaie de se
S.P. : Comme disait Denis, dans « Les mystérieuses cités d’or », il y a un truc feuilletonesque, de l’aventure, du mystère. Donc normalement, ça parle à tout le monde. Tu as envie d’avancer parce que tu veux avoir des réponses à des questions. Le récit des deux albums est assez dense, il se passe énormément de choses, il y a beaucoup d’action.
En parlant d’action, sans spoiler, la scène finale du tome 2 rappelle les mechas dans les mangas.
V.M. : Oui, tout à fait ! J’aime beaucoup les mechas.
D.B. : Clairement, il y a un clin d’œil à Goldorak. On ne va pas s’en cacher. La même silhouette, avec les cornes… Et avec l’idée de dire que finalement, le mecha ou l’idole antique participe de la même façon à cette même puissance monstrueuse.
Bravo pour le dossier en fin d’album ! Il permet de répondre à beaucoup de questions qu’on se pose à la fin de la lecture.
S.P. : Oui, le dossier fait la part des choses entre ce qui est inspiré de faits réels, de croyances, ce qui est inventé.
D.B. : Et puis, il faut être honnête, on est dans une région sensible, autour de la Palestine. On a essayé d’éviter que les gens aillent penser n’importe quoi !
Un petit mot sur le tome 3 ?
V.M. : Vous n’avez encore rien vu ! (rires)
D.B. : Le titre sera « La tour de Babel ». Tout un programme !
V.M. : Les deux premiers tomes n’étaient qu’un apéritif. On a hâte !
Nous aussi ! Continuez de nous faire rêver, et longue vie à Tanis !
En bref
Série en cours (2 tomes parus)
Une BD de : Denis Bajram, Stéphane Perger, Valérie Mangin
Édition : Dupuis
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