
Ecrit par McR le 12 décembre 2025
La petite Anya nous emmène dans ces contes russes où les forêts enchanteresses sont le terrain de bien des aventures, épaulée par son grand-père Vassili et son chien Kozak.
“Jusqu’au Récif“, quant à lui, nous conduit au plus prêt de la nature où les œufs de tortue éclosent. Jusqu’au jour où un bébé décide de se diriger dans le sens inverse des autres tortues… Oups !
Le duo Fred Besson et Didier Crisse semble bien goupillé, car on les retrouve aux commandes de ces deux séries. Notre rencontre au festival Quai des Bulles ne le démentira pas !
On va commencer par “Jusqu’au Récif“. Comment êtes-vous arrivés sur ce projet ?
Crisse : On se retrouve pas : depuis qu’on s’est connu, on ne s’est jamais quittés ! On travaille ensemble depuis très, très longtemps.
Fred Besson : Et surtout, Didier (Crisse) sait pertinemment que j’adore dessiner des animaux. Il doit alors me trouver des histoires qui correspondent exactement à mes envies. J’ai trouvé que c’était une idée de génie ces petites tortues marines dont une part en sens contraire !
Crisse : Il s’est passé la même chose avec les éditions de La Gouttière lorsqu’on a raconté le pitch de départ. On nous a dit : « Allez foncez les gars ! », mais après c’est plus : « Vous allez tenir 30 pages comme cela ? ».
Et pourquoi cette idée d’une tortue qui va dans un sens contraire ?
C : Au départ, on n’avait pas spécialement d’idées.
FB : Didier a découvert les éditions de La Gouttière car il avait travaillé sur la série “Anya” sur ce format court à l’italienne et sans parole. Et les éditons nous ont amené vers le primo lecteur donc pour la jeunesse sans texte.
L’éditeur avait pour indication : « Ce serait bien s’il y avait un seul personnage qui parle et pas les autres ». C’est une vraie problématique : si une seule personne parle, comment fait-on avec les autres ? Nous voici avec toutes ces contraintes qui nous ont hyper motivées.
C : Les éditions de la Gouttière ont un vrai œil et une vraie mentalité d’enfants.
J’imagine donc que tout ceci vous a énormément plu ?
C : Oui, c’est un challenge en écriture. Les bulles sont petites donc je dois trouver des phrases plus courtes et plus directes .Je m’éclate à faire ça. On peut faire passer plus de messages et d’émotions. En plus, il y a bien une raison pour laquelle la tortue va dans le mauvais sens !
“Jusqu’au Récif” ressemble un peu à un film d’animation, on se croirait dans un Disney. Est-ce une intention de votre part ?
FB : Quand je ne suis pas dans la bande dessinée, je travaille dans l’animation. J’avais envie de mêler BD et animation 3D.
C : Dans deux ans, cela fera 50 ans que je fais de la BD et je crois que c’est mon obsession depuis le début : faire un dessin animé mais en BD.
FB : Ma façon de travailler a changé il y a quelques années. En travaillant sur le “Astérix” de Chabat, j’ai capté des trucs pour aller deux fois plus vite qu’avant et cela me permet d’arriver à ce rendu et d’avoir un rythme compatible avec celui de la BD.
C : En réalité, on s’influence l’un et l’autre. On a pu faire des cases dépouillées et on a gagné en visibilité.
SB : Seul le format des BD de la Gouttière permet cela : petites planches et peu de cases. On n’a pas l’œil perdu dans toutes les cases. Il y a une efficacité sur la lecture et cela nous donne des tonnes d’envie.
Pourquoi une tortue comme héroïne, c’est un symbole ?
C : En animalier, je recherche toujours des animaux emblématiques vers qui on a une sympathie immédiate. Je cherchais d’abord quelque chose qui séduit. Ça se voit déjà avec la réaction des gens quand ils voient la couverture. Tout de suite, ils la prennent en main car ils ont envie de voir l’ouvrage.
D’ailleurs, un truc miraculeux s’est passé avec cette bande dessinée. Au moment de la sortie, un parc animalier spécialisé dans les tortues dans le Var (un refuge appelé “Le village des tortues“) ont fait un tirage spécial que l’on peut trouver uniquement là-bas. Le directeur nous a dit : « Je veux bien faire des tirages mais il ne faut pas que cela donne l’idée aux enfants d’avoir des tortues ! »
Et “Anya” alors ? Le 3ème tome est en librairie avec Crisse comme scénariste et dessinateur.
C : C’est issu d’un conte slave, je fais le récit et les dessins et Fred fait les couleurs. D’ailleurs, il y a donné une véritable identité qui fait partie du dessin.
J’ai souhaité que Fred soit auteur à part entière sur “Anya“, au niveau du travail mais aussi au niveau des droits. Sur le film “Largo Winch“, ceux qui toucheront des droits d’auteur restent les dessinateurs et scénaristes. Mais sur nos albums, si film il y a, Fred sera coauteur et décideur.
FB : Travailler avec Didier est un réel plaisir, je connais son travail depuis longtemps et je l’adore. Mes couleurs sont donc une émanation de ce qu’il fait. C’est un plaisir et un honneur ! La première fois que j’ai fait les couleurs sur “Atalante“, j’avais fait comme lui et il m’avait dit : « Non, tu fais comme tu souhaites ! ».
Nous continuerons de parler de couleurs de couverture, de choix d’images, de cadrages mais surtout de quelque chose de magique que l’on nomme « l’amitié » ! Car Fred et Crisse nous démontrent qu’un ouvrage naît parfois d’une longue collaboration basée sur le respect et l’amour du travail des autres.
Merci à Didier et à Fred !
En bref
Une BD de : Crisse, Fred Besson
Édition : Les éditions de la Gouttière
McR
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