
Ecrit par Clément le 03 novembre 2025
En 1909 dans le Paris des merveilles, Louis Griffon enquête sur le meurtre d’un antiquaire. Cela lui rappelle une histoire du XVIIIème siècle qui lui a permis de rencontrer Isabel de Saint Gil, fée rénégate à l’époque. L’histoire alterne entre les deux époques, mêlant le même sorcier maléfique.
Capia a pris la suite du “Paris des merveilles“, après le décès d’Etienne Willem, le précédent dessinateur. Elle a récupéré son travail en cours : toutes les pages storyboardées (dessin relativement simple qui permet de placer les différents éléments dans la page) ainsi que 13 pages déjà dessinées.
Bonjour Capia, comment avez-vous été contactée pour reprendre le Paris des Merveilles ?
J’ai été contactée par mail par Christophe Arleston (éditeur de Drakoo) directement, en m’expliquant qu’il recherchait un dessinateur dont le style se rapprochait de celui d’Étienne. Il m’a demandé de faire quelques essais. J’ai réalisé plusieurs planches en noir et blanc. Elles ont été approuvées et j’ai pu me pencher sur la BD.
La reprise d’un projet dans ce contexte-là est elle difficile ?
C’était en effet très compliqué. Tout d’abord, je ne m’attendais pas à quelque chose de ce style-là. C’est également difficile parce que je connaissais Étienne, donc ça a eu un impact émotionnel sur ma prise de décision. J’ai mis un peu de temps avant de dire : “On y va, on se lance dans l’aventure”. Mais vu que cet album représente aussi un bel hommage, une façon de créer une continuité à son travail, je pense que c’était une bonne occasion pour moi de faire ça.
Le storyboard était déjà réalisé par Etienne. Avez-vous eu des interrogations dessus, ou voulu faire des ajustements ?
J’ai proposé des changements vraiment mineurs, comme un bras qui ne tenait pas le bon objet, une prise de vue qui n’était pas très esthétique ou qui ne se suivait pas dans le storyboard. Mais les changements ont été extrêmement rares. J’ai vraiment essayé de respecter à la lettre le storyboard. Il y a par contre la page numéro 3 que j’ai dû storyboarder car elle n’était pas encore réalisée. Il n’y avait qu’une image de la Tour Eiffel dessus.
Pour les questions, j’ai contacté Pierre Pevel lorsque j’avais une hésitation sur le design d’un personnage comme ce sont les siens. Je lui faisais quelques propositions pour ceux qu’Étienne n’avait pas encore créés. Il me donnait son approbation, mais la majorité des échanges a eu lieu avec Christophe et d’autres personnes de l’équipe Drakoo qui donnaient leur accord.
Comment est prévue l’organisation pour le prochain tome ?
C’est toujours Pierre Pevel qui fait le scénario séquencier, où chaque séquence équivaut à une ou deux pages. Maintenant, c’est assez vague. Donc, je vais surtout m’occuper de la partie storyboard dessinée à partir de ce séquencier. Je n’ai pas encore pu le commencer, le séquencier étant prévu pour début novembre. Mais il devrait sortir à peu près à la même période, dans un an.
Que vous ont dit vos proches et votre famille lorsque vous leur avez dit que vous souhaitez être dessinatrice ?
Ouh là, c’est une question très personnelle ! Disons que mon père n’était pas forcément d’accord. Il ne me voyait pas faire une carrière dans le domaine artistique. Ma mère était plus là en guise de soutien, parce qu’elle ne voyait pas la chose comme un problème, d’autant plus que je ne me plaisais pas du tout dans les études que je faisais auparavant.
J’ai découvert que l’on pouvait faire un cursus artistique grâce à un brave monsieur qui vendait des illustrations en carte postale, qui m’a dit qu’il avait fait une école d’art. J’étais en troisième secondaire en Belgique et je me suis dit que je voulais faire de même. J’ai un peu bataillé pour pouvoir commencer ces études, mais, une fois que j’y étais, c’était bon !
Y a-t-il un personnage de fiction, de BD, que vous aimeriez dessiner ?
Idéalement, je préfère faire les miens. Mais il y a des personnages qui m’ont beaucoup marquée. J’ai notamment vraiment compris que j’aimais la bande dessinée grâce au travail de Frank Pé. J’ai découvert cela avec Broussaille. C’est un personnage qui m’a beaucoup marquée, qui m’a aussi appris que la BD, ce n’était pas juste de l’humour, ce n’était pas juste familial, ça pouvait être beaucoup plus. A ce moment-là, j’ai exploré d’autres voies et j’ai découvert le travail fabuleux de Guarnido. C’est une personne qui m’influence tous les jours parce qu’il est issu de l’animation. Ses personnages sont très expressifs, magnifiques. Il les réalise à l’aquarelle. J’adore le travail traditionnel, ça me parle énormément.
Est ce que vous avez des conseils à donner à quelqu’un qui voudrait se lancer en tant que dessinateur ou dessinatrice BD ?
Mon premier conseil c’est de s’accrocher. C’était déjà compliqué il y a une dizaine d’années mais c’est encore plus difficile de réussir à percer aujourd’hui. Il y a beaucoup de dessinateurs sur le marché, pas uniquement dans l’édition classique mais aussi avec le crowdfunding, l’auto-édition, les webtoons, … Il y a de nombreuses possibilités pour se faire connaître. Mais elles sont aussi de plus en plus exploitées. Je pense qu’il y a néanmoins toujours moyen de sortir du lot en faisant plein de choses, en faisant de la com., en se montrant aussi et pas uniquement sur Internet. Je trouve que le contact avec le public est important d’une certaine manière. Il y en a qui n’aiment pas ça, je comprends aussi. C’est en tout cas ce qui m’a aidée à me faire un petit peu connaître, au moins dans les festivals. C’est le bouche-à-oreille qui m’a permis d’y aller, même si j’avais juste des sketchbooks. Puis, à force de faire des festivals en Belgique, j’ai pu me rapprocher des plus gros groupes. Il faut explorer toutes les voies possibles si c’est vraiment ce qu’on veut faire.
Merci à Capia et à Drakoo pour cette interview !
En bref
Série en cours (3/6)
Une BD de : Capia, Etienne Willem, Pierre Pevel
Édition : Drakoo
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