Capitaine Flam : interview d’Alexis Tallone à Quai des Bulles


Ecrit par BennyB le 02 décembre 2024

“Capitaine Flam, tu n’es pas de notre galaxie…”

Alexis Tallone et Sylvain Runberg remettent au goût du jour le célèbre Capitaine dans un superbe one-shot de science-fiction.

Rencontré à Quai des Bulles, le dessinateur Alexis Tallone nous raconte comment est né ce projet un peu fou !

 

Bravo pour cette super adaptation ! Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Étant gamin, j’étais fan de “Capitaine Flam“, c’était ma série préférée ! Avec “Star Wars“, c’est ce qui m’a introduit à la science-fiction. D’ailleurs, ces deux univers se ressemblent. Le dessin animé est au départ une adaptation des romans “Capitaine Future” d’Edmond Hamilton, parus aux Etats-Unis dans les années 40. Ces romans ont aussi inspiré Georges Lucas pour “Star Wars“. La boucle est bouclée !

Je travaillais chez Kana sur d’autres adaptations, “Capitaine Flam” était sur ma liste d’envies, mais ce n’est pas une licence qui se négocie en deux jours ! Il fallait négocier auprès des agents américains d’Hamilton aux Etats-Unis, de ses héritiers en Allemagne, et bien sûr auprès des Japonais pour le studio Toei Animation. Cela a pris du temps ! On m’a appelé en 2019 pour m’annoncer que le projet était validé. J’étais très heureux.

 

Comment s’est passée la rencontre avec le scénariste Sylvain Runberg ?

Christel Hoolans, la directrice de Kana, m’a présenté Sylvain, qui est lui aussi fan de la série. Cela a matché de suite entre nous. J’ai adoré son état d’esprit, on avait les mêmes partis pris tous les deux.

Notre seule exigence était de remettre le personnage de Johann Landore à sa juste place. Il était hors de question qu’elle soit un faire-valoir. Elle sait être féminine quand elle en a envie, mais c’est aussi un soldat qui sait se battre. Nous lui avons ajouté une frange car c’est une marque de goût, et c’est aussi la coupe idéale pour se battre sans avoir les cheveux dans les yeux. Je connais des femmes soldats de ma région. Ce sont des filles qui font du sport toute la journée, ce sont des amazones, elles sont magnifiques. Il était hors de question de la laisser en plan. Il fallait que ce personnage ait de la consistance, du caractère. Il fallait des frictions avec le héros pour que ça devienne intéressant.

Il faut savoir une chose, c’est que tout ce qu’on met dans cette BD est soumis à la validation des héritiers d’Hamilton. Pas une bulle ne peut être faite au hasard !

 

Justement, certaines de vos propositions ont-elles été refusées ?

Pas du tout ! On argumentait chaque adaptation qu’on faisait, avec de nombreuses références car nous sommes deux fans. Tout a été accepté !

 

J’ai été agréablement surpris de voir que l’album commence par raconter les origines de Capitaine Flam. C’était dans le dessin animé ?

C’est abordé très rapidement dans le dessin animé. On voit une station orbitale qui explose, ils sont blessés. On voit la construction de Mala et de Crag, on les voit élever Curtis dans un petit flashback. Nous voulions raconter cela en début d’album, pour montrer ce côté dramatique, et pour comprendre qui est Curtis.

C’est un personnage qui donne l’impression d’être toujours dans le contrôle, mais en fait c’est une façade. Il a des blessures, des failles, des démons. Cela explique aussi son rapport à la mort, pourquoi il lui est insupportable de retirer la vie à quelqu’un. C’est un aspect qui est surtout présent dans le roman. Dans le dessin animé, on voit qu’il est profondément bon, qu’il évite de tuer. On a fait attention de garder l’ambiance qu’on aimait, d’avoir l’impression d’entendre de la musique funky du dessin animé, mais en même temps nous voulions montrer le vrai univers tel qu’il apparaît dans les romans.

 

 

Et puis cette BD permet aussi aux jeunes générations de s’intéresser à cet univers !

Oui, c’est là que c’était super intéressant. Des jeunes gens sont venus me voir en dédicace, notamment des filles qui demandaient un dessin de Johann, alors que l’album avait été au départ acheté pour leur père. Pour moi c’est fantastique ! Le résultat est atteint. Ça veut dire que chacun trouve un personnage avec qui s’identifier. Il y avait le risque de ne toucher qu’une cible nostalgique et de ne pas s’occuper de la jeunesse.

 

Cette histoire évoque aussi des sujets très actuels : la dictature, la religion, l’IA…

Oui, Hamilton en parlait déjà dans ses romans dans les années 40, c’est quand même fou ! Il a imaginé un héros élevé par ses grands frères qui sont synthétiques, robotiques. Il était en avance sur son temps ! Aujourd’hui c’est vraiment d’actualité.

Les thématiques telles que la technologie, la politique ou l’évolution de l’humanité reviennent de façon cyclique. L’homme s’y est toujours penché. Étant gamin des années 80, je rêvais de robots. Maintenant qu’ils sont là, je ne vais pas m’en plaindre. Je suis le premier heureux de voir arriver des androïdes ou des intelligences artificielles. Mais qu’est-ce qu’on va en faire ? L’évolution de la technologie est une chose passionnante, mais il y aura toujours des personnes qui font de mauvaises utilisations.

 

Comment avez-vous procédé pour la conception des vaisseaux ou des décors ?

Je suis un gros fan de mécanique, j’adore la robotique, cela m’a donc beaucoup aidé. Pareil pour les ruines, les vestiges, je peux rester une journée à fignoler une case.  J’ai suivi une formation dans l’animation, donc la mise en scène, les angles de vue c’est vraiment mon dada.

Comme on peut le voir dans les bonus de la version collector, je fais tous mes storyboards à la main, le plus détaillé possible. Puis je le scanne et je finalise tout cela en numérique de façon très précise et géométrique.

 

Avez-vous revu les dessins animés pour le design ?

Oui, puis je suis toujours dedans, car je suis un gros fan ! J’ai lu le roman plusieurs fois, je regarde les épisodes, je dessine avec du Yūji Ōno en fond, qui a composé les musiques du dessin animé. On m’a fourni toutes les archives des designs de l’époque, même des choses introuvables. J’avais donc tous les détails des décors, des copies de l’intérieur des salles, les plans, etc.

 

D’autres albums sont-ils prévus ?

On adorerait ! On y réfléchit, on a déjà plein d’idées. Mais maintenant la discussion se fait au plus haut ! Si cela ne tenait qu’à nous et à notre éditeur, on serait déjà sur les planches. Il faut convaincre à nouveau tout le monde, car à la base c’était fait pour être un one-shot. Finalement, le succès fait qu’on a tous envie de voir la suite.

Pour le premier album, on ne pouvait pas partir sur une nouvelle histoire. La grande majorité du public se souvient de la chanson, de quelques éléments, et c’est tout. Il fallait redonner une base, rappeler “l’origin story” de tous les personnages. Maintenant qu’on a des bases solides, il est possible de faire des suites. Si cela se confirme, on partirait sur de nouvelles enquêtes !

 

On croise les doigts pour voir cela ! Merci Alexis !



En bref

Un one-shot (pour l’instant !)
Une BD de : Alexis Tallone, Sylvain Runberg
Édition : Kana


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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.

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