Les déserteurs héroïques

« Notre histoire se passe chez les pionniers du grand ouest à cette époque étrange où l’on construit les machines invariablement en bois cerclé de fer. » Un western spaghetti délirant, mêlant action, humour, folie poétique et du grand n’importe quoi… Séquence interview avec son auteur Guillaume Carreau, des éditions nantaises Vide Cocagne !

 

 

 

Bonjour Guillaume, et merci d’avoir accepté de nous accorder cette petite interview !
Peux-te présenter ? Quel a été ton parcours avant d’être auteur de BD ?

J’ai commencé par des études de design suite à quoi j’ai monté une agence avec deux copains ( « Grrr design » ). C’était finalement un peu trop prosaïque à mon goût, alors j’ai repris des études, d’histoire de l’art cette fois, jusqu’à faire une maitrise sur l’histoire de la photographie documentaire allemande…

Et puis la BD a fait son chemin à travers tout ça, prenant le dessin ici, l’histoire là. J’ai donc commencé à dessiner des BD mais sous un format un peu spécial. Je recevais des commandes de gens qui souhaitais raconter la vie d’un de leurs proches mais de manière héroïque. J’avais donc le plus souvent un mois pour écrire une quarantaine de pages reliées en prenant les éléments de la vie de quelqu’un et en reconstituant une histoire dont ils étaient les héros agents secrets, robots, plongeuse, etc. J’appelais ça la « bédéification » .

Et bien évidemment toutes ces contraintes ont été un très bonne exercice mais un peu limitant pour la création d’un graphisme ou d’une histoire plus étrange. J’ai donc fini par faire mes propres BDs.

A la Loutre Masquée, nous avons beaucoup aimé « Les Déserteurs Héroïques ». Je me permets un résumé rapide pour nos lecteurs :

L’histoire commence au village de Blueberry Gulch. La guerre de Sécession est déclarée et John, un cow-boy vivant avec sa famille, met au point un stratagème ingénieux pour devenir fou et ainsi échapper à la guerre… 

Ensuite, cela enchaine à 100 à l’heure, cela part un peu dans tous le sens, mais c’est très réjouissant : des scènes de bravoure, de l’émotion, un humour absurde bien puissant, un brin de poésie…. Ai-je bien résumé ?

Oui c’est bien résumé et c’est effectivement pas facile, car la BD est composée de trois histoires liées par le lieu et les personnages mais dont les intrigues changent.

J’ai vu que tu définis cette BD comme « un western avec du pas-western dedans » . Peux-tu nous en dire plus ?

C’est une formule qui essaye de donner l’idée du mélange des genres. Je mélange le western avec d’autres genres comme la science-fiction ou l’horreur. C’est une méthode pour trouver des idées de scénario. Prendre des éléments bien définis d’un genre et le faire rencontrer un autre genre pour voir ce qui se passe.

C’est une idée que j’ai rencontrée lors de « l’usine de films amateurs » que Michel Gondry avait proposé à Beaubourg. Gondry avait mis en place de quoi faire un films entre amateurs qui ne se connaissent pas avec des décors, des accessoires et tout un protocole pour créer un scénario en 30 minutes. Une des questions posées était : « A quel(s) genre(s) appartient votre film ? » . Tout d’un coup on pouvait mélanger les genres et ça m’a plu.

Pourquoi un western ? Tu es fan de ce genre de films ? As-tu regardé des westerns en boucle afin de préparer l’univers visuel de cet album ?

Oui, j’aime beaucoup les westerns. J’ai l’impression que les réalisateurs qui s’y sont collé ont aimé jouer avec ces éléments et des scénarios simples. Au fur et à mesure qu’avance l’histoire du western, les réalisateurs ont développé les psychologies ou s’en sont servi pour évoquer l’histoire des États-Unis. Ce sont des films grands publics qui, quand ils sont bien fait, disent des choses très profondes au plus grand nombre. Il y a la notion de défi, de duel et bien sûr un côté un peu kitsch.

Peut-être aussi des films de zombies ? 🙂

Alors à vrai dire, je n’ai jamais vu de films de zombies, pas que je me souvienne. Par contre, pour moi les zombies représentent une sorte de menace, quelque chose qui vous tombe dessus et qu’on n’attendait pas. Souvent dans les histoires de zombies (parce que si j’ai pas vu de films, j’ai quand même entendu parler des histoires de zombies, hein!) les héros de  sont une poignées et parfois même ils sont seuls.

C’est plus la crainte de la masse, de la foule qui vous contamine. Dans mon histoire c’est foule contre foule, zombies contre villageois. C’est un moyen pour les villageois de se mettre d’accords sur ce qu’ils veulent faire entre eux et de se souder. La rivalité est déplacée vers les zombies. Ça rejoins un autre type de western où ça parle de démocratie, d’auto-gestion collective. Enfin bon, ça reste une histoire de western et de zombies.

Je dirais que tes dessins sont assez « simples » , mais c’est ce qui les rend efficaces et très dynamiques… C’est cela l’idée ?

Oui l’idée c’est de faire des images qui se lisent vite. On ne s’arrête pas sur des détails ou des expressions de visages (il y en a pas ou presque). Les expressions induites par le mouvement, les corps des personnages qui bougent d’un manière ou d’une autre.

C’est ma première « vraie »  BD, ça m’a donc permis de concevoir (un peu malgré moi) une sorte de vocabulaire graphique que je vais essayer de développer dans les prochaines : les ombres portées et les masses noires qui structurent l’image, les lignes parallèles qui créent du gris et des formes courbes pour dynamiser tout ça.

Le côté très speed et « joyeusement bordélique » de la BD donne un côté très punk à ton histoire, j’avais parfois l’impression de voir un gamin qui joue aux playmobils… Il y a un peu de ça ?

Des punks qui jouent aux playmobils. Avec des mini-chiens et des toutes petites canettes de 8-6 alors?!

Pour répondre à ta question, disons que l’effet playmobil doit se sentir du fait que les personnages sont souvent vus en pied et plutôt de loin dans des décors simplifiés. En tout cas, j’espère qu’il y a la jubilation du môme qui tente des trucs, le « et si on disait que là tu te faisais attaqué par des zombies » (ce qui marquerait l’arrivée de la Barbie de la petite soeur)

A la fin de l’album, on trouve des bonus : des bricolages, pour construire soi-même sa grange ou ses personnages… D’où te vient cette idée ?

Eh bien, j’aime beaucoup Chris Ware. Lui il fait ça. C’est un boulot fou, il dessine tout avec précision et ils propose des villes entières à monter. Moi qui suis incapable de faire quelque chose d’aussi sophistiqué, je me suis dit que ça allait avoir un côté marrant de proposer des montages de granges toutes bêtes avec un plan approximatif. Et simplement, en temps que lecteur j’aime bien pouvoir prolonger la lecture avec des petits plus. Alors je sais bien que personne ne va découper dans son bouquin pour les faire mais on sait qu’on peut.

L’album a été publié chez Vide Cocagne. Peux-tu nous parler un peu de cette association ?

C’est un chouette groupe vraiment dynamique emmené par des auteurs enthousiastes et un administrateur très créatif. Une maison d’édition qui suit vraiment ses auteurs. Cette asso existe depuis 2003 et doucement ils sont passés du fanzinat, à la revue et aujourd’hui c’est un véritable éditeur.

J’ai eu l’occasion de les croiser dans le festival de BD engagée de Cholet puis je l’ai ai revu à Angoulême en janvier dernier où ils m’ont proposé de participer à la collection « Sous le manteau » . Ce sont des petites fanzines qui paraissent tous les mois. Mon fanzine leur a plu et ils ont décidé de me demander 90 pages de plus pour en faire un livre. Ca a vraiment été une très belle opportunité et je leur en suis très reconnaissant.

Ha tiens, je suis tombé par hasard sur une autre histoire de cow-boys que tu as écrite : « L’attaque du grand rapide », dans l’album « Rhapsode » publié chez nos copains de « L’Oeuf ». Comment êtes-vous amenés à vous rencontrer et à faire ce genre de projets ensemble ?

C’est par le biais d’un copain auteur, Jonas Nivon, que j’ai rencontré Mandragore qui chapeaute les éditions de l’oeuf. Un jour j’ai reçu une proposition pour participer à Rhapsode. Il fallait faire une BD poétique avec un format à l’italienne. J’avais envie de faire un western, bien sûr et j’ai découvert le tout premier film de western de l’histoire du western, à savoir, l’attaque du grand rapide. C’est hyper simple, juste l’attaque d’un train.

Et quoi de mieux pour un format à l’italienne qu’une histoire de train? Donc j’ai remplacé la loco par un TGV et voilà l’histoire poétique en marche pour : « l’attaque du très grand rapide ». Ca fait une quinzaine de page das Rhapsode mais j’en ai dessiner une quarantaine qui forment une grande histoire. J’espère qu’elle pourra être publié dans son intégralité un jour.

D’autres projets pour la suite ? Un « déserteurs héroïques 2, la revanche de Pognes de Fonte » ?

Oui d’autres projets, peut-être sur la mer cette fois avec encore du mélange de genre, du type piraterie et film d’espionnage… Je m’y mets tout juste !

Merci Guillaume ! 🙂

En bref

1 one shot
Auteur : Guillaume Carreau
Editeur : Vide Cocagne

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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
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