« Monsieur Léon » : Interview de Julien Solé à Quai des Bulles


Nous avions réalisé une interview de Julien Solé en 2018 pour la sortie en intégrale de sa série culte « Cosmik Roger ». Nous l’avons croisé à nouveau pour parler de son nouvel album « Monsieur Léon », paru tout récemment chez Fluide Glacial.

Avec son compère Arnaud Le Gouëfflec, il a mis en scène un idée géniale : celle d’un personnage qui parvient à échapper à la morosité ambiance grâce au pouvoir de son imagination.

Séance interview !

 

Bonjour Julien ! Comment vous est venue l’idée de cette histoire ?

Ce personnage est né un peu par hasard au printemps 2020. Fluide glacial préparait un hors-série « Tous masqués », qui parlait du confinement et de tout ce qu’on a vécu à cette période. Arnaud m’a envoyé quelques pages de scénario, j’ai réfléchi à comment le dessiner. Il ne devait y avoir que trois pages, mais les retours de la rédaction ont été si bons que nous avons eu envie d’aller plus loin. De façon épisodique au début, et plus régulièrement ensuite. Cela a donné naissance à un album… et bientôt un deuxième !

C’était aussi l’occasion pour moi de boucler enfin un projet avec Arnaud. Cela fait six ans qu’on bosse ensemble sur des choses sans suite. Cela nous a plu de créer ce petit bonhomme qui parle de notre époque de façon décalée. J’ai fait des BD trash, politiques, mais rarement poétiques. On a une réelle empathie pour le personnage, c’était très agréable pour moi.

 

Car ce héros est un personnage très particulier !

Oui, il parvient à résister à cette époque anxiogène. Sous des dehors de petit monsieur un peu effacé, il a une vie secrète intense et presque psychédélique. Il se révèle à certains moments et parfois il se referme.

Le but n’était pas de faire un album sur l’époque mais sur un personnage. Seulement, ce personnage évolue à notre époque, donc faisons-en un super-héros dont le pouvoir est l’imagination !

 

Il y a un gros travail au niveau des couleurs. Tout est est nuances de gris et de noir, mais quand le héros laisse parler son imagination, on a une explosion de couleurs psychédéliques.

Oui, c’est un moyen narratif d’appuyer graphiquement une idée qui est déjà dans le scénario. Cela m’a aussi permis d’expérimenter une nouvelle façon de travailler. La couleur a été réalisée sur ordinateur, tout le reste à la main. C’était récréatif pour moi, et je réutiliserai cette technique sur d’autres projets.

 

Certaines illustrations en pleine page viennent aussi ponctuer l’histoire.

La plupart des épisodes ont été d’abord publiés dans le magazine Fluide glacial. Quand le projet du livre s’est concrétisé nous avons retravaillé la narration, ajouté des pages, notamment ces grandes illustrations qui servent de respiration.

 

Il y a aussi cet autre personnage du préfet, qui ressemble à quelqu’un de la vraie vie !

Oui, le fameux préfet « L. » ! (rires) Comme plein d’autres éléments narratifs, il est vraiment représentatif de cette époque inédite qu’on a vécue. Il y avait cette ambiance de révolte avec les gilets jaunes, suivie d’un air de panique avec cette pandémie, puis les fêtes interdites, les masques, les vaccins… Comment parler de cette époque en prenant des chemins de traverse ? Ce personnage incarne le super-méchant parfait, mais ce n’est pas un personnage de fiction. Il avait déjà la gueule, le grand chapeau, le nom… Tout était là !

 

Et en plus, Monsieur Léon est amoureux !

Oui, il y a cette histoire d’amour qui rappelle un peu Gaston et Mademoiselle Jeanne. On voulait parler d’une relation timide, touchante, où tout n’est jamais complètement dit. Nous allons essayer d’explorer davantage cette relation dans la suite.

 

Un deuxième tome est donc en préparation ?

Oui, je suis sur les six premières pages d’un tome 2. J’aime l’idée de publier certains épisodes d’abord dans Fluide glacial, car j’adore la presse. Fluide glacial est un des derniers magazines de BD française qui fait de la pré-publication.

 

Bravo pour cet album qui fait beaucoup de bien !

Un journaliste l’a qualifié de « feel good » et cela lui correspond assez bien ! Je pense que c’est nécessaire d’avoir des albums de ce style. Le gens ont actuellement un réel appétit pour des récits qui dressent un état des lieux de notre époque, comme « Le monde sans fin » de Blain. Ces livres sont importants car il faut savoir ce qui se passe. Mais d’un autre côté, c’est aussi important de ne pas oublier le côté imaginaire et poétique.

 

Tu as d’autres projets sur le feu ?

Avec Arnaud, on travaille sur un nouveau tome de notre série « The zumbies », qui sera accompagné d’un disque. Cela nous tient beaucoup à cœur. J’ai aussi un projet de SF sérieuse en préparation, ainsi qu’un projet autobiographique sur la Bretagne qui paraissait dans la revue brestoise « Casiers ». J’ai toujours trois-quatre trucs sur le feu en même temps !

 

Un grand merci !



En bref

Série en cours (1 tome paru)
Auteurs : Julien Solé et Arnaud Le Gouëfflec
Editeur : Fluide glacial



Découvrir nos interviews réalisées à Quai des Bulles 2022 !


The following two tabs change content below.
Avatar

BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.
Avatar

Derniers articles parBennyB (voir tous)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *