
Ecrit par McR le 12 décembre 2025
Aujourd’hui, la Loutre Masquée vous invite à l’Opéra de Paris, en compagnie de Dorothée de Montfreid ! Elle nous dévoile l’histoire derrière « L’enfant et les sortilèges », une fantaisie lyrique composée par Maurice Ravel entre 1919 et 1925, en collaboration avec Colette qui en a écrit le livret. Séance interview !
Bonjour Dorothée ! D’où vient cette idée folle de nous faire découvrir l’arrière-scène de l’opéra de Paris ?
Tout débute par un opéra qui s’appelle « L’enfant et les sortilèges ». Ma mère m’a fait écouter ce disque en me racontant l’histoire. C’est un opéra qui a été composé par Ravel et le livret de Colette. C’est un livret qui est assez ludique parce que les airs sont assez courts. On y découvre un enfant qui se révolte contre les objets de la maison, et ces derniers prennent vie et protestent. Pour un enfant, c’est assez ludique d’entendre chanter des chats, un fauteuil ou le feu. Ce procédé narratif m’a permis de rentrer dans cette œuvre d’avant-garde assez exigeante à l’écoute.
Cette œuvre m’a tellement marquée qu’elle a probablement déterminé beaucoup de mes choix professionnels plus tard. Depuis très longtemps, je rêve d’en faire quelque chose. Au départ, je pensais réaliser un album qui adapterait le livret en BD jeunesse. Puis je me suis rendu compte que l’histoire de la création de l’œuvre était elle-même ultra romanesque et s’étale sur dix ans. C’est au départ une commande de Jacques Rouché qui était le directeur de l’Opéra de Paris avant la Première Guerre mondiale. C’est quelqu’un qui a complètement dépoussiéré l’institution et a fait venir des artistes de son temps. Cela l’a amené à solliciter Colette et Ravel, qui représentaient vraiment l’avant-garde de l’époque.
Je me suis rendue compte que le plus intéressant était de raconter la création de l’œuvre elle-même. J’ai gardé cela en tête pour l’horizon 2025. De plus, on fête les 100 ans de sa création et également l’entrée de l’œuvre de Colette dans le domaine public.
Quand j’ai vu qu’elle était programmée en 2023 à l’Opéra de Paris, j’ai réussi à avoir mes entrées dans les coulisses pendant les répétitions. Cela m’a permis de tisser un récit de va et vient. D’un côté, on raconte comment, il y a 100 ans, Ravel et Colette ont collaboré pour créer cette pièce. Et de l’autre côté, on montre comment elle est mise en scène à l’Opéra de Paris.
Vous avez dû vous documenter et faire énormément de recherches ?
C’était compliqué en effet, car personne n’avait raconté cette histoire comme cela. J’ai fait pas mal de recherches dans l’œuvre de Colette, qui raconte l’histoire de leur collaboration, mais à sa manière ! Je suis donc allée chercher aussi dans la correspondance de Ravel, l’intégrale, qui est sortie dans un premier temps en 2018 et qui a été revue en 2025. C’est une source absolument géniale non seulement sur Ravel mais sur tous les artistes de son temps. Il était en contact avec tout le monde et écrivait beaucoup. On y retrouve donc tous les compositeurs de son temps.
Je me suis aussi renseignée auprès de spécialistes de Ravel et de Colette. Ils m’ont parfois permis d’amener une pièce de puzzle qui me manquait. J’ai fait mon montage en assumant les petits flous et je peux extrapoler.
Comment procèdes-tu dans ta rédaction et tes dessins ?
J’ai fait un premier « séquencier » c’est-à-dire que j’ai écrit sans faire attention au style de ce que j’écrivais mais juste un déroulé de ce que je voulais mettre dans l’album. Ce document m’a permis ensuite d’aller voir un éditeur et de demander une bourse au CNL, pour financer ce temps de recherche. Ensuite j’ai commencé à écrire et dessiner l’album : le synopsis, le découpage, les esquisses, les bulles et le texte narratif. C’était le plus long et le plus difficile. Toute cette période d’écriture a duré neuf mois. Une fois que j’ai trouvé mon éditeur, je suis rentrée dans le travail de production des planches. Je travaille à l’encre de Chine en traditionnel sur grand format papier. J’étais donc repartie pour 9 mois de dessin.
On a l’impression que vous avez soulevé des montagnes pour cet ouvrage ?
C’est un sujet qui me tenait tellement à cœur que j’étais vraiment contente de faire ça. Je suis au cœur de ce qui m’intéresse dans la vie, donc je ne m’économise pas quand je fais ça. C’est en le faisant que j’ai réalisé à quel point cette œuvre avait été essentielle pour moi. C’était aussi communiquer mon enthousiasme pour le spectacle vivant, qui est central dans ma vie. Ce livre rassemble tous les styles que j’aime.
D’où vient cette idée de faire des aller-retours entre le passé et la période actuelle ?
Je ne voulais pas faire quelque chose de stoïque avec un simple enchaînement de chapitres. Cette construction est amusante, elle oblige à inventer des transitions avec du sens. Je voulais que ce soit facile à lire et accessible à tout le monde !
C’est vrai que cet ouvrage est agréable, accessible et tellement passionnant ! Une belle porte d’entrée dans le monde de l’Opéra. Merci Dorothée !
En bref
Un one-shot
Une BD de : Dorothée de Montfreid
Édition : Charivari, Dargaud
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