
Ecrit par McR le 12 novembre 2025
Raconter la condition des femmes et des jeunes filles sous le joug du régime iranien n’est pas chose aisée. Dans cet album, Mansoureh Kamari nous raconte comment elle a vécu l’oppression masculine en Iran.
Entre son mariage à 9 ans, le viol ou l’assassinat des femmes, elle nous détaille l’impuissance et la peur constante, mais elle réussit aussi à évoquer un certain espoir.
Dans le cadre du festival Quai des Bulles, nous avons eu le plaisir de rencontrer l’autrice iranienne !
Bonjour ! Voici un ouvrage très fort sur le droit des femmes où la violence est omniprésente sans être pour autant montrée. Comment y êtes-vous parvenue ?
Merci beaucoup ! Déjà, c’était par choix, j’avais décidé de ne rien dévoiler. J’aime ne pas montrer la violence mais jouer sur les expressions. Le message passe très bien ainsi.
Est-il facile de se mettre en lumière, de raconter sa vie pour la vie des femmes iraniennes ?
Je souhaitais me montrer de manière naturelle. A l’époque j’étais modèle et cela m’a particulièrement aidé. Si mon corps était meurtri, mon esprit était libre. Les traces que l’on ne voit pas sont là mais la violence reste à l’intérieur. Cela ne m’a donc jamais empêché de montrer mon corps.
Le message omniprésent est l’absence d’abandon, vous ne baissez jamais les bras. D’où vient cette force ?
Je suis née ainsi, et le dessin m’a beaucoup apporté. Même si on me disait qu’en Iran rien n’est possible, je gardais espoir, pensant aux possibilités offertes dans d’autres pays. Je savais que je réussirais, je ne voulais rien arrêter. Par exemple, lorsqu’on me disait que le dessin n’était pas fait pour moi, je m’y attachais quand même. Je me suis battue pour continuer.
Je souhaitais par-dessus tout parler de l’Iran et de cette période sombre que j’avais vécue, la présenter et la rendre accessible à tout le monde. Rien ne doit être caché. Mais je reste quand même toujours dans ce sentiment de passé qui me hante même si je suis en France.
La couverture te met en scène plus jeune avec un texte en arabe. Quelle en est la signification ?
Ce texte signifie « trainée » en arabe. On voulait utiliser la calligraphie, qu’on utilise partout en Iran pour faire la morale aux filles. J’ai grandi avec ces messages qui ont une double lecture : la calligraphie est belle mais les mots nous insultent.
Cela évoque aussi les combats actuels en Iran avec ces femmes si courageuses. Les mentalités et la mobilisation civile commencent à changer, j’espère que cela sera entendu au niveau international. Mais bien sur, cela me stresse aussi d’en parler, ces histoires me touchent énormément.
Ces “lignes qui tracent mon corps” dans le titre de l’album sont en lien avec mon dessin, mais elles définissent aussi mon identité, car j’illustre ici ma vie et mon passé sous forme de traits.
Bravo à Mansoureh Kamari pour avoir osé parler de cette violence institutionnelle et inhumaine, mais aussi pour son message d’espoir. Cet ouvrage touchant et très beau ouvre une voie des possibles. La bataille continue et on ne désarmera jamais !
En bref
Un one-shot
Une BD de : Mansoureh Kamari
Édition : Casterman
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