Le premier miracle

Corrélation de la crise de surproduction éditoriale de BD depuis deux décennies – depuis l’an 2000, le nombre de parution a été multiplié par cinq – et de la difficulté à valoriser de nouvelles séries en librairie, les maisons d’édition s’appuient de plus en plus sur des sujets préalablement connus du potentiel lectorat : vedettes de “l’étrange lucarne”, séries TV, figures historiques, etc. Ainsi, de l’adaptation romanesque en bande dessinée. Inscrit dans ce courant également exploité par le nouveau label qu’est Philéas, le présent album signé Didier Convard au scénario et Olivier Brazao au dessin adapte « Le Premier miracle », un roman éponyme de Gilles Legardinier, écrivain et scénariste né à Paris en 1965.

Récit d’aventures et de mystères paru en 2016 chez Flammarion, ce thriller ésotérique mêlant documentation historique et dimension imaginaire est adapté en deux tomes de 62 planches par Convard, le prolifique scénariste des éditions Glénat connu pour son exploitation de la veine ésotérique dans le Neuvième art. Ce premier tome débute intelligemment par une courte scène d’action aiguisant l’intérêt du lecteur, scène à la suite de laquelle s’enchaîne une longue série de séquences de dialogues entre divers protagonistes et dans différents lieux, dialogues entrecoupés de flash-back au travers desquels l’intrigue avance, ce jusqu’à une seconde scène d’action à mi-album.

Aujourd’hui en France, un agent secret, la britannique Karen Holt, enlève un historien des sciences, le trentenaire Benjamin, afin de reprendre les travaux de recherches de feu le professeur Ron Wheelan sur le « Premier Miracle », un inquiétant événement survenu sous l’Antiquité. Mais le duo est concurrencé par une organisation secrète subtilisant de précieux indices autour de cet évènement. Une organisation ennemie commandée par le mégalomaniaque descendant d’une figure du Mal.

Ainsi, des reliques pyramidales sont dérobées à York comme dans une sépulture impériale japonaise. Cependant, Fanny, thésarde avec Benjamin, aide bientôt à analyser les diverses reliques collectés par les services secrets britanniques. Puis Benjamin découvre à Abou-Simbel en Égypte un document décrivant le premier miracle… Bref, l’esprit Blake et Mortimer préside à ce récit.

Visuellement, l’album est néanmoins aux antipodes de la ligne claire et de ses aplats valorisant un trait économe. Talentueux dessinateur oscillant du réalisme à l’humoristique dans lequel il excelle également, Olivier Brazao a réussi ici une nouvelle mue graphique, affinant son coup de crayon déjà apprécié dans ses précédents albums touristiques et historiques. Dans l’esprit graphique d’un Tiburcio de la Llave alias Tito, le trait hyperréaliste, fin et minutieux de Brazao s’attache à transcrire une véracité objective tout en ne sacrifiant pas totalement au clair-obscur. Son dessin s’épanouit notamment dans de somptueux décors et est également magnifié par la couleur numérique d’Elvire Decock, alternance de bleus froids, de bruns chauds et de gris neutres.

Le second tome de ce diptyque est d’ores et déjà attendu ; les inconditionnels lecteurs de Gilles Legardinier et les autres s’en réjouiront par avance !

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MNC

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Vénère Uderzo, exècre Pesch, adore Sfar mais à la tévé, croit que Thibert est le meilleur repreneur de Blake et Mortimer. Pour le reste, tout se discute.

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