Ecrit par McR le 28 mai 2026
Le jeune moine Isembar n’en croit pas ses yeux. Il se précipite vers son maître à penser, Monseigneur Pierre Cauchon, afin de lui annoncer cette nouvelle incroyable : « Jeanne d’Arc a été capturée ! » En effet, celle qu’on appelle la Pucelle serait enfermée dans les geôles du comte Jean de Luxembourg, après une cuisante défaite face aux Anglais.
Cauchon exulte de joie. Pourtant, il est loin d’être au bout de ses peines, car un immense procès se prépare… du moins, c’est ainsi qu’il le voit. Pour parvenir à ses fins, il devra franchir les frontières du royaume et rencontrer Henri VI, alors considéré comme l’un des rois de France.
Mais au fond, faut-il réellement un procès pour juger une « sorcière » ? En tout cas, Cauchon, lui, le souhaite plus que tout et va tout mettre en œuvre pour y parvenir.
Ce scénario palpitant est mis en place par Xavier Dorison et Louis-David Delahaye. Ils décident alors de revenir sur l’histoire de Pierre Cauchon, personnage clé du procès de Jeanne d’Arc en 1431. L’ouvrage ne raconte pas seulement le destin de cette dernière, mais surtout la mécanique politique, religieuse et judiciaire qui a conduit à sa condamnation.
Les deux scénaristes abordent les tensions entre Armagnacs et Bourguignons pendant la guerre de Cent Ans, mais aussi le rôle de l’Inquisition et des autorités ecclésiastiques. On découvre la construction d’un procès largement orienté et surtout la vision d’un homme, Cauchon, convaincu d’agir pour la « vérité » religieuse et l’ordre politique. Cela en fait un personnage intéressant et plus complexe qu’un simple « méchant ».
L’intérêt de l’œuvre est de déplacer le point de vue : Jeanne d’Arc n’est pas au centre du récit, mais reste omniprésente comme enjeu idéologique et symbolique. En réalité, c’est Cauchon qui occupe le cœur de l’histoire, tandis que son serviteur Isembar nous raconte l’ensemble du récit.
Le dessin est réalisé par Joël Parnotte, et là, c’est une véritable claque visuelle ! Après des œuvres comme “Le Maître d’armes” ou “Aristophania“, déjà réalisées avec son compère Xavier Dorison , il confirme ici tout son talent avec un style réaliste, sombre et très expressif, parfaitement adapté à l’atmosphère médiévale et judiciaire du récit. Il parvient à nous plonger dans un procès froid et oppressant tout en maintenant une ambiance incroyable du début à la fin du récit.
J’y ai même retrouvé une ambiance cinématographique digne du film “Au nom de la rose“, ce n’est pas peu dire !
Son dessin est soutenu par le graphisme de Sophie Uliana dont il faut également saluer le travail. Mais ce n’est pas tout : l’ouvrage est également enrichi par un dossier historique en fin d’album signé David Glomot, agrégé d’histoire médiévale, qui nous éclaire sur les libertés prises par la fiction et replace les événements dans leur contexte réel.
Il est évident que ce copieux one-shot va vite se placer comme l’un des ouvrages de l’année. Qu’on se le dise !
En bref
Un one-shot
Une BD de : Joël Parnotte, Louis-David Delahaye, Sophie Uliana, Xavier Dorison
Édition : Dargaud
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