Les irradiés de l’ile longue

Ecrit par McR le 16 juillet 2026

« Risque nucléaire : pourquoi les comprimés d’iode distribués à la population autour de Brest sont importants. » Quand Carole voit ce message s’afficher sur son téléphone, elle comprend qu’elle doit se rendre de toute urgence à la pharmacie.

Sans perdre une seconde, elle prévient son conjoint, Éric. Celui-ci enfourche son vélo et file jusqu’à la pharmacie.

Sur place, ils découvrent qu’ils ne sont pas les seuls à avoir reçu l’alerte : une file d’attente s’est déjà formée. Après quelques minutes de patience, ils repartent enfin avec leur boîte d’iodure de potassium. En cas d’accident nucléaire, ces comprimés permettent de saturer la glande thyroïde en iode stable afin de limiter l’absorption d’iode radioactif.

Le couple comprend l’intérêt de cette mesure. Il est vrai que les habitants de la région ont de quoi s’interroger, eux qui vivent à proximité de la base militaire de Brest.

À l’origine, l’Île Longue était un lieu paisible. Mais en 1965, tout bascule lorsque le général de Gaulle décide d’y implanter une base militaire. C’est le début d’une nouvelle histoire pour cette presqu’île, qui devient progressivement un site stratégique de la dissuasion nucléaire française…

 

Avant de lire la biographie de Carole Collinet, je pensais avoir affaire à une analyse journalistique classique. En réalité, c’est une véritable enquête ! L’autrice reprend toute l’histoire depuis le début pour comprendre comment on en est arrivé là. Son travail s’appuie sur plusieurs années d’investigation, des archives, des témoignages, des décisions de justice et des rapports sanitaires.

La bande dessinée explique avec beaucoup de pédagogie le fonctionnement de la dissuasion nucléaire, des missiles, de la base militaire et le rôle essentiel des ouvriers civils, indispensables à cette infrastructure stratégique. Période après période, Carole Collinet démonte les mécanismes qui ont conduit au silence de l’État. Le sous-titre, “Enquête sur un silence d’État“, résume parfaitement son propos : au-delà de l’exposition des travailleurs aux risques, elle questionne la circulation de l’information, les responsabilités administratives, les obstacles à l’accès aux documents et la difficile reconnaissance des victimes. Ça en fait des barrières insurmontables à échelle humaine !

L’ouvrage met également en lumière les travailleurs de l’ombre : mécaniciens, électriciens, pyrotechniciens ou techniciens spécialisés.. On découvre leur quotidien, mais aussi les conséquences de leur exposition : la maladie, les examens médicaux, les décès, les familles confrontées à l’incertitude et le long combat pour faire reconnaître les maladies professionnelles. La justice devient alors un élément central du récit.

Au dessin, Éric Appéré signe un travail remarquable. Son trait, qui évoque parfois Nicoby ou Morvandiau, rend les 131 pages particulièrement fluides. Sans jamais surcharger le lecteur d’explications techniques, il guide le regard avec une grande maîtrise.

J’ai particulièrement apprécié l’équilibre entre la rigueur de l’enquête, la qualité du dessin et l’humanité qui se dégage de l’ensemble. Carole Collinet et Éric Appéré livrent une œuvre engagée, sensible et profondément éclairante sur un sujet longtemps resté dans l’ombre.

Merci à elle, merci à lui !



En bref

Un one-shot
Une BD de : Carole Collinet, Éric Appéré
Édition : Dargaud


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McR

McR a est un homme barbu mais pas méchant. Il a connu la préhistoire, et grâce à un accélérateur de particules, il a pu rejoindre la communauté.

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