Ecrit par McR le 24 février 2026
En cette année 1914, dans ce petit port de Peggy’s Cove en Ecosse, la mer ne rend jamais ce qu’elle prend. Pourtant, cette nuit-là, elle rejette un homme. Un seul survivant, le corps couvert de tatouages, l’âme absente. Il ne se souvient de rien. Les femmes de marins le tirent des flots, le cachent, le soignent. Autour de lui, le silence s’installe.
Plus loin sur l’île, deux hommes de la pègre lancent leur Ford T. à pleine vitesse. Ils cherchent un navire disparu. Un navire qui cacherait quelque chose.
La guerre a vidé l’île de ses hommes. Les femmes restent, seules, enfermées avec leurs désirs, leurs rancœurs et leurs secrets… Sur cette côte, personne n’échoue par hasard !
Après la science-fiction post-apocalyptique (« Le convoyeur »), Tristan Roulot nous dévoile un polar noir basé sur un fait réel glaçant : la trajectoire de William Clark, homme qui survécut à la fois au naufrage du Titanic et à celui de l’Empress of Ireland deux ans plus tard.
Ici Clark n’est pas traité comme un héros. Il devient au contraire un survivant encombrant, dont la présence agit comme un révélateur de tensions et de non-dits. Tristan Roulot le confronte à ces femmes de marins abandonnées à l’attente, à la colère sourde et à la peur du lendemain… mais où l’amour est toujours possible !
L’auteur adopte une structure efficace : une intrigue solide centrée autour de Clark, qui se ramifie en intrigues secondaires sans jamais perdre sa cohérence. Ce choix renforce la sensation d’étau qui se resserre.
Graphiquement, le trait de Mikaël (« Harlem ») est un atout majeur. Ce dessin semi-réaliste épouse parfaitement les codes du polar : visages marqués, décors lourds, ombres épaisses. La palette sombre domine, mais quelques touches plus lumineuses viennent changer le décor car comme le note le scénariste :
« La vie est très dure mais ma conviction est que, même dans le drame, les gens restent heureux ou essaient de l’être. Ils vivent. Ils continuent de garder espoir, de se battre. C’est le propre de l’humain d’y croire jusqu’au bout. »
Ce one-shot fonctionne comme un polar tendu et oppressant, porté par une alliance scénariste/dessinateur particulièrement juste.
C’est là un succès pour ces deux auteurs québécois qui se sont bien trouvés !
En bref
Un one-shot
Une BD de : Mikaël, Tristan Roulot
Édition : Le Lombard
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