Ecrit par BennyB le 26 mai 2025
Bienvenue dans la ville de Bābel, où les adolescents viennent pour accomplir leur “FolkLore” : découvrir leur vocation dans la vie !
“FolkLore” est une nouvelle série jeunesse qu’on a adorée ! Pilotée par Anne Montel et Loïc Clément, elle propose de découvrir une histoire entière par tome, chacun mis en images par un-e autre dessinateur-ice. Les deux premiers tomes de cette série ambitieuse viennent de sortir : “La mécanique des rêves” dessinée par Maud Begon et “Le Renard de Roman” dessiné par Lionel Richerand.
Nous avons eu la chance de rencontrer les quatre auteurs-ices en interview !
Bonjour à toutes et à tous ! Comment vous est venue l’envie de créer cette nouvelle série ?
Loïc Clément : Anne et moi avons été sollicités par une maison d’édition qui se lançait dans la bande dessinée. A ce moment-là, on parlait beaucoup de Parcoursup, qui mettait une certaine pression sur des enfants très jeunes, alors qu’ils sont en âge d’apprécier la vie et de ne pas se soucier de tout cela. Nous pensions que ce sujet anxiogène méritait d’être traité et, de plus, pouvait être décliné par énormément de prismes. Nous avons donc répondu favorablement à l’éditrice en question, avec qui cela n’a pas pu se concrétiser. Ce projet a fini par être publié chez Dargaud.
Comment avez-vous choisi les dessinateurs et dessinatrices de chaque tome ?
Loïc Clément : La lecture de “Donjon” et d’autres séries tentaculaires m’ont beaucoup influencé. Nous avons de nombreux amis dans le milieu avec qui on aime travailler, ainsi que d’autres gens avec qui on avait envie de travailler.
Comment avez-vous créé cet univers ?
Loïc Clément : C’est une continuité de ce qu’on a fait sur “Le temps des mitaines“. On s’est juste posé la question : “Qu’est-ce qui se passe si on dézoome et qu’on regarde ailleurs dans le monde, comment vivent les autres animaux ?”
Anne Montel : Loïc et moi avons établi ensemble la cartographie. Mon travail le plus important a ensuite été sur le chara-design des principaux personnages et les décors. Cela permet de poser une ambiance générale qui varie selon les tomes. Par exemple, “La mécanique des rêves” se déroule dans un univers Bollywood. Il fallait se demander quel type de couleurs on peut croiser, quels objets peut-on utiliser pour exercer le métier que l’héroïne rêve d’exercer…
J’essaie, en toute modestie, de fournir une bible graphique aux dessinateurs et dessinatrices. Loïc et moi sélectionnons aussi des photos, en s’adaptant aux besoins de chacun-e. Par exemple, j’avais fait énormément de recherches pour la fête foraine du “Renard de Roman“. Chaque album se déroule dans un décor différent (l’Inde ou le moyen âge pour les deux premiers) au sein de la même ville. On repère le point commun dans cette ville qui est la Tour de Bābel. C’est assez jouissif pour nous de la voir dessinée par différentes personnes !
J’ai beaucoup aimé la clé mécanique que l’on trouve sur chaque véhicule pour le remonter !
Loïc Clément : Cela vient du “temps des mitaines“. C’est une constante de devoir se poser des questions pour créer l’univers. Par exemple, si ce sont des animaux, qu’est-ce qu’ils mangent ? Je les vois mal manger d’autres animaux. On invente donc des plats de cuisine. De la même façon, comment se déplacent-ils ? Ils ne vont pas fouetter des chevaux alors qu’ils sont eux-mêmes des animaux. On voulait éviter les véhicules à essence. On a résolu cela en créant des espèces d’automates.
Une question pour Maud et Lionel : comment avez-vous relevé le défi de créer des personnages qui sont des animaux anthropomorphes ?
Maud Begon : C’était très intimidant pour moi de me lancer là-dedans car je n’avais jamais dessiné d’animaux anthropomorphes. En même temps, ça me motivait et m’intriguait beaucoup. Je dois reconnaître que j’ai re-regardé “Le Roi Lion” en sachant que j’allais devoir dessiner une panthère. J’ai réalisé beaucoup de croquis et j’ai analysé le travail d’autres dessinateurs, notamment pour donner des expressions aux personnages.
Lionel Richerand : Mon fils qui me sert d’agent artistique me dit depuis longtemps que je devrais illustrer “Le roman de Renart“, mais il en existe déjà pléthore d’adaptations en BD. J’ai adoré travailler avec Loïc sur “Mauvais Sang“, qui est mon album préféré parmi ceux que j’ai réalisés. Quand Anne et lui m’ont contacté pour ce nouveau projet, j’ai pris la balle au bond en lui proposant d’y intégrer un loup et un renard !
Qu’est ce qui vous intéresse particulièrement dans “Le roman de Renart” ?
Lionel Richerand : C’est principalement la vivacité d’esprit du héros, la façon dont il va se sortir de toutes les situations. Dans cet album, on n’est pas du tout dans une copie du roman de Renart, mais je trouve qu’on en a toute l’intelligence. C’est bourré de références et de petits clins d’œil. Anne a apporté l’aspect visuel qui rappelle le “Robin des Bois” de Disney. Cela m’a stimulé. Le personnage d’Isengrin est un vieil aristocrate plein de présupposés, qui amène ce rapport entre les éléments drôlatiques et un fond plus sombre. Cela permet d’élargir sa palette, d’être à la fois dans le burlesque et le grave.
On trouve aussi dans les deux albums des dialogues très soignés, très subtils avec, pour vous citer dans “Le Renard de Roman” : “Des mots qui soignent les maux“.
Loïc Clément : Alors là, j’ai un peu honte car je m’auto-cite souvent. C’est une citation que j’ai déjà mis dans trois de mes BD, je l’aime bien et je la réutilise. Dans la narration, j’ai littéralement écrit trois fois le même livre, mais personne ne l’a jamais remarqué.
Lionel Richerand : Mais moi je trouve ça bien. En fait, dans la bande dessinée et les séries en général, on est dans des variations. C’est-à-dire qu’on aime retrouver la même histoire qui ne soit jamais vraiment la même. C’est l’art du conteur !
Comme dans “Armelle et Mirko“, on retrouve des personnages qui évoluent, qui vont au-delà de leur peur ou de leurs a priori, de leur condition sociale. Vous avez des retours là-dessus du public ?
Loïc Clément : Oui ce sont des thématiques importantes pour les enfants !
Anne Montel : Les enfants vont nous faire des retours sur des choses très précises, sur quelque chose qu’ils ne sont pas sûrs d’avoir compris, ou alors ils veulent justement une confirmation sur des blagues qu’ils ont comprises, qui les ont fait beaucoup rire, ou alors ils vont nous dire : “J’aime bien tel personnage, il est trop mignon“. Sur la progression, les arcs narratifs, l’évolution des personnages, ce sont plutôt les parents qui nous font leurs retours.
Loïc Clément : Mais finalement, s’il n’y a pas trop de retour là-dessus, c’est que c’est plutôt bien fait et simple à comprendre.
Dans “La mécanique des rêves“, j’ai aussi adoré les personnages des éléphants, les amis imaginaires de l’héroïne !
Loïc Clément : Oui, dans la documentation fournie par Anne il y avait cette horloge avec des éléphants et un oiseau, c’est venu de là. L’arc narratif de Gayatri est de s’ouvrir aux autres et de se découvrir elle-même en même temps. Cette solitude est personnifiée par des animaux rigolos. Je me suis beaucoup inspiré des doudous de mes enfants qui sont hyper importants dans leurs premières années puis qui disparaissent progressivement de leur vie.
Cette série laisse aussi beaucoup de place à la bienveillance.
Lionel Richerand : Ce que je trouve important c’est que cette série donne vraiment la place au lecteur, à l’enfant. Par exemple, Ascelin utilise toute son intelligence pour résoudre des problèmes qui pourraient l’écraser ou le dépasser. C’est une lecture qui donne des moyens, une confiance en soi, une bienveillance. C’est vraiment par l’expérience que la personnalité du personnage principal exprime son potentiel. C’est une belle leçon !
Loïc Clément : C’est une série bienveillante, c’est exactement l’idée, elle a été créée comme ça. J’en profite aussi pour évoquer quelque chose qui m’agace aujourd’hui, en tant que spectateur ou en tant que lecteur. On retrouve trop souvent la thématique des parents qui sont des antagonistes, qui s’opposent à l’adolescent. Nous avons tous été en conflit avec nos parents à cet âge-là, mais cela a été trop souvent utilisé. Nous avons trouvé important de montrer des parents qui se débrouillent comme ils peuvent pour aider leur enfant sans être des obstacles.
Lionel Richerand : C’est un vrai récit d’émancipation. Les parents accompagnent les enfants jusqu’au sortir de l’enfance, et ensuite l’enfant grandit à travers la ville de Bābel, qui représente le lâcher-prise, l’initiation, de couper le cordon sans oublier pour autant leurs racines. A la fin du “Renard de Roman“, Ascelin comprend que ses parents ont aussi été des enfants, qui sont aussi passés par des épreuves.
Les deux premiers albums sont sortis, et cinq sont prévus ?
Loïc Clément : Oui tout à fait ! Les autres tomes seront dessinés par Clément Lefèvre, Nancy Peña et Anne Montel. En 2026, le troisième album sortira au premier semestre et le quatrième au deuxième. Et le cinquième suivra en 2027 !
On a hâte de lire ça ! Bravo à tous-tes les quatre !
Merci à Dargaud pour l’invitation et à la librairie “M’enfin” de Rennes pour l’accueil !
En bref
Série en cours (2 tomes indépendants parus)
Une BD de : Anne Montel, Lionel Richerand, Loïc Clément, Maud Begon
Édition : Dargaud
BennyB
Derniers articles parBennyB (voir tous)
- West Fantasy – Tome 6 : Le barbier, le prêcheur et la dame de pique - 8 décembre 2025
- La confrérie des tempêtes – Tome 3 : Ankonn - 2 décembre 2025
- U2 en BD - 1 décembre 2025





















