La force de vivre – Interview de Laurent Astier


Ecrit par Clément le 02 décembre 2025

Couverture la force de vivreLa force de vivre” est un album autobiographique où l’auteur raconte comment il s’est noué d’amitié avec Cyril, son très bon ami, quasiment un super-héros ! Il a écrit cette œuvre pour partager la puissance de cette relation, avec tous les bons moments mais aussi les mauvais lorsque la maladie s’est mêlée à leur histoire.

Voici l’interview du scénariste et dessinateur Laurent Astier, avec lequel nous avons pu échanger sur son dernier album, bien différent de sa série d’aventure précédente, “La Venin“.

 

Bonjour ! C’est une BD très émouvante et personnelle que vous avez sortie. Quel était votre objectif derrière cet album ?

Le but était de raconter la part lumineuse de notre histoire et de montrer l’aspect positif, tout ce que peut apporter l’amitié, une rencontre importante dans une vie. C’était vraiment ça le credo. Et même si la maladie s’en est mêlée, ce n’était pas ce que je voulais raconter à travers l’album. Ensuite, c’est une histoire très personnelle donc tu espères qu’il y aura une sorte d’empathie immédiate pour les personnages. Mais tu n’as jamais l’assurance de l’obtenir, malgré les retours des premiers lecteurs comme mon éditrice, Nadia Gilbert.

Photo de l'auteur

Initialement, j’avais présenté le projet chez Rue de Sèvres, et je voulais partir sur une autofiction, en appuyant sur l’aspect super-héros et aller au-delà du simple récit humain. Je m’étais représenté comme un auteur de comics dans une Amérique imaginaire. Mais je pense que j’avais créé des sortes de paravents pour me protéger. Mon éditrice m’a laissé travailler pendant quatre ou cinq mois sur une première mouture. Au bout d’un peu plus de 100 pages de storyboard, elle m’a fait comprendre que cette protection freinait les émotions et le récit. Elle m’a donc incité à raconter la vraie histoire plutôt qu’une version romancée. Je pense que je savais inconsciemment qu’il faudrait que j’y aille pour de vrai.

Elle a servi de déclic, mais aussi de garde-fou pendant les deux ans de travail sur l’album. Elle m’a forcé à revoir chaque scène, pour voir si elle apporte un élément au récit. Elle m’a fait tailler, retailler le récit. J’ai tout de même insisté pour conserver certaines scènes qu’elle voulait voir disparaître, car j’en avais besoin pour la suite du récit.

Planche - La force de vivreJ’ai démarré le projet en 2011-2012, avec mon point de vue de l’époque. Depuis, j’ai grandi, j’ai vieilli, et je me suis dit qu’il fallait que je parle de moi aujourd’hui. C’est pour ça que j’ai fait cette scène d’intro, qui permet au lecteur de savoir dans quoi il s’engage.

 

Une fois que vous êtes revenu sur la véritable histoire, votre éditrice a été directement convaincue. Il n’y a pas eu de négociation à faire ?

Non, le seul point auquel elle tenait est qu’il y ait une sorte de fil tendu sur le récit et qu’il n’y ait pas ce qu’on appelle de “ventre mou” au milieu du bouquin, qui risquerait de faire décrocher le lecteur. Elle m’a forcé à travailler sur l’attention du récit et sur les scènes importantes. J’ai pris du recul pour n’inclure que ce qui est important pour le lecteur, et non tout ce qui était important pour moi.

Cela force parfois à mixer, en regroupant deux scènes en une seule. La plus grosse partie où j’ai “triché”, c’est quand j’ai rassemblé les périodes de maladie pour les rendre claires, alors qu’en réalité il a fait beaucoup d’aller-retours entre les deux maladies. Sinon, cela dilue ton récit, et donc la force et l’impact de ces rechutes-là.

Planche La force de vivre

 

En passant de “La Venin” à “La Force de Vivre“, est-ce que vous n’avez pas eu l’impression de repartir de zéro ? On change vraiment de thème, on n’est plus du tout sur la même manière de raconter les choses.

Tu ne découvres qu’une fois le bouquin sorti si le lectorat de “La Venin” te suit ou pas. Cela n’a pas vraiment été le cas. Les lecteurs de récits d’aventure ne sont apparemment pas fans des récits intimes. Quand l’album est sorti, les gens venaient me voir pour dédicacer “La Venin” et pas pour ce nouvel album.

Même si d’autres sont curieux et ont envie aussi de suivre ta carrière dans toute sa complexité, j’étais un peu déçu de perdre du lectorat. Je pensais justement qu’ils allaient suivre parce que graphiquement, je reste dans une veine qui n’est pas si éloignée. J’ai essayé d’alléger mon dessin sur “La Force de vivre” comme il y avait beaucoup de pages, mais le naturel revient au galop ! Quand on tient bien les personnages, on est vite tenté de rajouter un petit décor derrière et ainsi de suite.

Dédicace de Laurent Astier

 

Vous avez un nouveau projet ?

Oui, je suis en train de bosser sur la suite de “La Venin”. Je réalise un nouveau cycle différent, parce que je ne voulais pas que ça ressemble aux premiers tomes. Il devrait paraître aux alentours de septembre 2026. Ce sera une vraie suite !  Les prémices de la série datent de 2012 mais j’ai vraiment commencé à travailler dessus en 2017. Après cinq années passées dessus, j’avais besoin de me laisser du temps pour qu’il y ait la même qualité de récit que le premier cycle, même si des pistes sont arrivées pendant que je travaillais sur le tome 4. Je voulais avoir le temps de travailler une vraie implantation historique dans le récit.

 

J’ai vu que vous avez fait un concert récemment. Vous allez continuer de vous produire sur scène ou c’était plus en hommage à Cyril ?

Il y a un peu des deux, en fait. J’ai commencé la musique à 22 ans avec Cyril. Et cela doit faire 25 ans que je compose des morceaux ! J’en ai plein mon ordi ! J’ai fait du live mais je préfère l’acte de création, trouver les sons, trouver les mélodies. Je n’aime pas refaire dix mille fois le même morceau sur scène. Je ne vois pas trop l’intérêt. Et tu ne peux pas avoir deux carrières en parallèle donc il faut faire un choix.

 

Après avoir eu les larmes aux yeux en lisant ce superbe album, nous avons hâte de retrouver Emily mener de nouvelles aventures dans le prochain cycle de “la Venin” !

Merci Laurent pour cette fantastique interview et bonne continuation pour ce nouveau cycle !



En bref

One-shot
Une BD de : Laurent ASTIER
Édition : Rue de Sèvres




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Clément

Alors que certains ont appris à lire avec Oui-Oui, il a appris à lire en feuilletant les Astérix. Tombé dans la marmite des BD depuis tout petit, on peut maintenant le croiser en librairie ou en festival. Il tente maintenant d'apprendre à dessiner, toujours en feuilletant les Astérix, pour peut-être prendre la place de Didier CONRAD pour le prochain Astérix (ne lui dîtes pas qu'il n'a aucune chance 😉 ).

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