Eilin du fond de l’eau : interviews croisées d’Anna Jùlia Benczédi et Maria Surducan !


Ecrit par BennyB le 11 décembre 2025

« Eilin du fond de l’eau » est un de nos grands coups de cœur de cette année ! Ce conte fantastique venu tout droit de Roumanie est plein de magie, d’action et de romance. Une plongée dans les légendes de l’Europe de l’Est !

Nous avons eu la chance de rencontrer au festival Quai des Bulles les autrices Anna Jùlia Benczédi et Maria Surducan. Nous les avons interviewées séparément puis avons mis leurs réponses en commun !

 

 

Bonjour ! Comment est né cet album ? L’univers des contes et légendes, c’est quelque chose que vous aimez spécialement ?

Maria Surducan, scénario et dessins

Maria Surducan : Depuis toute petite, j’ai une fascination pour les contes de fées roumains. Le mot roumain pour « contes de fées » est « basm », qui veut dire mensonge. C’était un art de raconter, sans passer par l’écriture. C’était un spectacle que le conteur faisait devant un public. Cela avait aussi une valeur de thérapie car, même si l’ordre du monde est rompu, il y aura quand même une solution. J’aimais bien découvrir quelles sont les solutions fantastiques à des problèmes réels.

J’avais déjà fait un conte de qui prenait les motifs de l’arbre aux pommes d’or. Ça a été traduit en France par « Au cœur des terres ensorcelées ». Je voulais développer l’univers et les personnages, que j’aimais beaucoup. C’est comme ça que je suis arrivée à réaliser « Eilin… », qui se situe avant.

Anna Jùlia Benczédi, dessins et couleurs

Anna Jùlia Benczédi : Nous avons commencé à travailler ensemble il y a dix ans, sur notre temps libre et pendant les week-ends. Nous avons essayé de publier le début de cette histoire en France sous le titre « Naïade » avec une petite maison d’édition qui s’appelle Makaka, mais ça n’a pas bien marché.

Ensuite, nous avons publié les trois premiers chapitres en Roumanie en version bilingue (langues roumaine et hongroise) en 2019 et 2021. Et maintenant, en 2025, Aventuriers d’ailleurs nous a permis de publier en France un nouveau livre augmenté de 54 pages !

 

 

Cet album évoque l’arrogance des hommes, la cupidité, le respect de la nature. Ce sont des thématiques qui vous tiennent à cœur ?

A.J.B. : Oui, ce sont des thèmes que l’on retrouve dans tous les albums de Maria !

M.S. : Nous voulions aussi dire que la nature n’est pas quelque chose de fragile. La nature, c’est une force qui peut te détruire. Nous voulions éviter de dire simplement que les hommes sont mauvais et que les forces de la nature sont gentilles. La question est plutôt de trouver comment on peut vivre ensemble : quels compromis il faut faire, quels sont les résultats si on n’y arrive pas.

 

On découvre beaucoup de personnages différents, de créatures. Il y a les Zmei qui ont la peau bleue, ou encore l’oiseau Pandion. Comment les avez-vous imaginés ?

A.J.B. : Oui, toutes ces créatures viennent de la mythologie roumaine et de l’Europe. Nous avons fait beaucoup de recherches. Par exemple, les Zmei sont inspirés des masques de nouvel an en Roumanie et en Hongrie.

M.S. : Oui, les Zmei incarnent un personnage un peu intraduisible. On a toujours l’impression qu’il a forme humaine, mais parfois il a trois têtes, parfois douze. Parfois quatre yeux, parfois cinq. C’était un art du conte par voie orale. On n’a pas d’image précise, alors on a la liberté de s’imaginer les Zmei comme on veut. Toutes les créatures et le monde des esprits sont directement inspirées de la mythologie. Je suis roumaine, Anna est hongroise. On a comparé nos folklores respectifs et on a trouvé des similitudes, plus ou moins les mêmes histoires : le pommier qui donne la vie éternelle, la source, etc. Mais nous avons lié tout cela avec notre propre histoire originale.

Le personnage de Pandion, l’oiseau magique, est très présent dans la mythologie, notamment dans le conte « Harap Alb » par Ion Creangă, où il incarne une princesse sorcière.

 

Vous êtes toutes les deux dessinatrices, comment s’est passée votre collaboration ?

A.J.B. : Dans ce livre, Maria a réalisé la couverture, ainsi que les illustrations entre les chapitres. J’ai dessiné tout le reste de l’album. J’ai beaucoup aimé travailler avec une personne qui est aussi dessinatrice, car elle est consciente de mes possibilités et de mes contraintes. Elle ne va pas demander des choses qui sont impossibles à réaliser.

M.S. : De mon côté, je trouve qu’elle a fait des choses impossibles, que je ne pouvais pas m’imaginer ! C’était formidable pour moi de collaborer avec quelqu’un sur le dessin, parce que chaque fois qu’elle m’envoyait des planches, c’était surprenant. C’était même mieux que ce que j’aurais fait ! Anna a l’habitude de lire de la BD et de les analyser. Elle a une façon de déconstruire tout ce qu’elle lit pour apprendre des techniques de narration visuelle, et cela se ressent dans cet album.

A.J.B. : Maria me laisse aussi beaucoup d’espace pour développer mes propres idées. Elle ne me dit jamais ce qu’il faut dessiner et comment le faire. Donc, c’est à moi de venir avec mes propositions. Parfois, quand j’ai des difficultés avec une page, elle m’aide parce qu’elle est une super dessinatrice.

 

L’album est clairement divisé en plusieurs parties très différentes. On passe d’un conte classique à un récit de fantasy qui raconte la guerre entre les Hommes et les Zmei. Cela existait déjà dans le conte original ou c’est quelque chose que vous avez ajouté ?

A.J.B. : La première partie est un conte, la deuxième est une histoire originale où nous avons intégré des éléments de la mythologie roumaine et hongroise.

M.S. : Ce qu’on a apporté de nouveau en termes d’histoire, c’est la partie sur la science, la recherche, le progrès technologique. Ça vient du fait que mon père est chercheur. Je lui ai demandé quelle est la chose dans la science qui serait la plus proche de la magie et que je pourrais utiliser dans un conte de fées. C’est de là qu’est venue l’idée des cristaux !

Cette histoire commence avec un conte de fées assez calme, puis cela s’accélère pour devenir de plus en plus compliqué. Il y a une évolution du style et de la mise en page des images qui suit cette évolution du scénario. La forme évolue avec le fond !

A.J.B. : Oui, je cherche à proposer des choses inédites. Cela donne une impression de mouvement. Parfois, j’incite aussi le lecteur à commencer à lire par le bas de la page. C’est un vrai challenge. Plus on avance dans l’album, plus les enjeux sont importants et du coup, plus le découpage se fait ambitieux !

 

Avez-vous d’autres projets ?

M.S. : J’ai commencé avec ma sœur Ileana à réaliser « Fiskoppa », qui raconte les aventures de six pirates qui naviguent sur les mers des sept soupes. Les premiers chapitres peuvent être lus en ligne sur le site https://fisksoppacomics.com ! On envisage d’en faire un livre !

 

Vous l’aurez compris, « Eilin du fond de l’eau » est un album comme nous n’avons pas l’habitude de lire ! A découvrir d’urgence !

Et merci pour ces superbes dédicaces de Loutre Masquée ! 

 

 



En bref

Un one-shot
Une BD de : Anna Jùlia Benczédi, Maria Surducan
Édition : Aventuriers d'Ailleurs


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BennyB

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un samedi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.

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