
Ecrit par BennyB le 04 novembre 2026
Quand la jeune Charlotte est engagée dans une boulangerie, elle ne se doute pas de ce qui l’attend…
Nous avons eu la chance de rencontrer Juliette Hayer au festival Quai des Bulles, qui nous parle de sa première BD “Levure“, entre chronique sociale et récit horrifique !
La BD a d’ailleurs reçu cette année le Prix Révélation BD ADAGP à Quai des Bulles !
Bonjour Juliette ! “Levure” est votre première BD. Comment vous est venue l’idée de cette histoire ?
J’ai travaillé dans une boulangerie en parallèle de mes études. J’en profitais pour noter des anecdotes absurdes sur cette activité, sur les clients, ou sur la manageuse qui était un peu rude. Je n’avais pas encore d’idée derrière la tête. Le temps a passé, puis j’ai repris mes petites notes et j’ai commencé à travailler dessus, avec cette idée d’en faire une BD. Quand j’ai eu une période de chômage, je me suis dit que le moment était venu !
L’héroïne a pour projet d’écrire un scénario de film. Y a-t-il une part d’autobiographie là-dedans ?
Non, pas vraiment. Elle a fait des études de cinéma, ce qui n’est pas mon cas. Cette histoire est inspirée de mon expérience, mais aussi d’amis, de connaissances, qui avaient fait d’autres écoles d’art.
L’album aborde beaucoup de thématiques différentes, notamment la pression au travail, le surmenage, le burn-out. C’est quelque chose que vous avez vécu ?
Oui, au début de la vingtaine, j’étais diplômée avec un Bac +5. Comme beaucoup de personnes, je me suis retrouvée à faire des jobs alimentaires qui sont assez durs. Il y a une forme de désillusion et une difficulté à trouver sa place dans le milieu professionnel.
Je pense qu’il y a un truc de génération aussi parce que j’ai toujours vu mes parents qui se forçaient à faire leur travail vraiment bien, quitte à s’épuiser, qui ne s’autorisaient pas à se plaindre. Je n’avais pas forcément ce même ressenti, j’avais un sentiment d’injustice. La restauration est un milieu assez dur. Ce n’est pas forcément les gens qui sont durs, c’est le milieu qui exige une efficacité, une vigueur.
La BD baigne dans une ambiance de film d’horreur, qui m’a rappelé le film “Le Blob”. Est-ce un univers que vous revendiquez ?
Oui, carrément ! J’adore les films des années 80 et 90 : de l’horreur un peu dégoulinante, les animatroniques, tout ça a beaucoup de charme. Et j’aime aussi certains films d’horreur actuels. Je vous conseille par exemple la série “Atlanta“, ce n’est pas vraiment de l’horreur mais une vraie exploration du malaise. Je lis aussi pas mal de BD. Dans mes inspirations, je peux citer “Spa” d’Erik Svetoft.
Le graphisme est très original. On a une dominante de blanc et de bleu, avec des touches de rouge par-ci par-là. Comment vous est venue cette approche graphique ?
Au début, j’ai fait beaucoup de tests, j’ai essayé avec davantage de couleurs mais cela perdait en cohérence. J’ai donc décidé d’avoir une palette très restreinte. Et ces trois couleurs-là se sont avérées suffisantes. Le bleu permet de créer ces décors un peu chirurgicaux, et le rouge apporte une touche plus organique, pour mettre en avant les peaux, la pâte à pain, les viennoiseries, et d’autres choses.
Il y a aussi ce personnage de Romina, une SDF qui squatte devant la boulangerie. Comment vous est venue l’idée de l’intégrer dans l’histoire ?
Dans mon ancien travail, j’ai connu une personne qui ressemblait beaucoup à Romina. Je parlais souvent avec elle, elle était très touchante malgré ses problèmes psychiatriques. Nos discussions n’étaient pas toujours très cohérentes.
Elle a une place importante dans le récit parce qu’elle apporte un vrai contrepoint à ce milieu du travail dont elle ne fait plus partie. Elle est libérée de ce milieu-là, mais elle le subit aussi parce qu’elle en est exclue.
Sans spoiler, la fin de l’histoire est un peu abrupte : l’héroïne trouve un autre travail mais elle assiste à une discussion entre des personnes qui se plaignent des jeunes qui ne veulent pas travailler. On sent qu’on est de retour dans un environnement toxique…
En effet, je n’avais pas forcément envie de faire un happy end. C’est vrai que c’est un peu cynique. Même si j’ai l’impression que ma fin change un peu de ton, avec ces deux personnages de patrons un peu caricaturaux, je voulais surtout ramener sur le devant de la scène le fait que c’est une histoire sociale, qu’il n’y aura pas de résolution par le fantastique.
Quels ont été les retours du public ?
J’ai eu un peu de tout. Dans un salon, une dame m’a expliqué pendant vingt minutes qu’elle n’avait pas compris (rires). À Quai des Bulles, j’ai rencontré des gens super sympas en dédicace, on a bien discuté, on est bien accueilli. C’est un festival où j’ai été bénévole pendant deux ans, c’est drôle de revenir en tant qu’autrice !
Et vous avez d’autres projets sur le feu ?
Avec Sarbacane, on a signé pour un nouveau contrat, qui serait cette fois une adaptation d’un roman de Swann Dupont qui s’appelle “Fille de pute“.
Merci beaucoup pour cette interview… et bravo pour le prix !
BennyB
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