La vérité de Pinocchio : interview de Loïc Malnati


Ecrit par Clément le 06 novembre 2026

Couverture - La vérité de PinocchioTout le monde connaît l’histoire de Pinocchio et comment il a aidé son père Geppetto à s’échapper du ventre d’une baleine. Mais dans cet album, une fois de retour à la maison, son père est très fatigué et va se coucher. Il ne se relèvera pas. De son côté, notre héros s’interroge : est-il un pantin ou un petit enfant ? Il nous raconte son histoire au pied d’un arbre pour tenter d’y voir plus clair.

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Nous avons rencontré l’un de ses auteurs, Loïc Malnati, lors du festival Quai des Bulles à Saint-Malo.

Loïc MalnatiVous êtes à la fois tatoueur et dessinateur. D’où vous est venu ce mix entre ces deux métiers ?

Aux alentours de 2011, j’avais des contrats dans la bande dessinée. Mais ces contrats étaient plutôt alimentaires. Je souhaitais créer par passion et c’était dur de devoir la sacrifier pour de simples impératifs financiers. Ma femme m’a poussé à essayer le tatouage, qui avait le vent en poupe à l’époque. Je m’y suis mis pour lui faire plaisir et j’ai eu immédiatement beaucoup de succès ! Mon travail a été plébiscité par le public du tatouage et m’a ainsi permis de développer mon univers de pantins mécaniques en dessin corporel. Depuis cette époque, des gens viennent de toute la France jusque chez moi, à Nice, pour se faire tatouer. J’ai ensuite pu revenir vers la bande dessinée avec mes pantins, tout en n’étant plus tributaire de ce métier pour vivre.

Ce qui était étrange, c’est que le monde de la BD était assez sceptique au sujet de mes pantins alors que le public du tatouage adorait. Dans ce milieu, l’artiste crée beaucoup pour l’éditeur, qui va être le premier filtre. Ensuite, l’éditeur pense aux commerciaux, qui vont penser aux libraires pour enfin penser au public. Ce dernier ne va donc pas forcément avoir ce qu’il voulait initialement, mais plutôt ce qu’on pense qu’il voulait.

Au contraire, quand on fait du tatouage, on est directement en prise avec l’individu et ce qu’il veut. Cet échange permet de montrer qu’il y a de vraies tendances individuelles mais qui se répercutent sur le collectif. Les gens veulent des choses très créatives mais qui prennent en compte des bases communes. On peut ensuite partir de ces bases communes pour s’amuser. Je pense que c’est ça qui m’a amené à cet univers mécanique et qui m’a fait insister auprès du monde de la BD pour que ça passe. J’étais convaincu que ça plairait et Pierre Paquet (fondateur des éditions Paquet) m’a encouragé dans ce sens. Et maintenant c’est la consécration avec les éditions Bamboo, qui ont pleinement accueilli mon travail.

Vous mentionnez Béatrice Tillier et Jean-Luc Masbou au design de votre dernier album. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Avant de travailler sur mon histoire de pantins, j’ai bossé dans plein de styles différents en BD sans pour autant trouver mon univers. Le tatouage m’a permis de trouver ce système mécanique qui simplifie l’humain à une fabrication de choses fixes que j’anime. Cela m’évite ainsi de rentrer trop dans les subtilités de tracé du visage, où je risquerais de faire des personnages trop marqués ou torturés. Je me focalise sur “est-ce que mes ressorts sont au bon endroit”, et non sur la psychologie du personnage. C’est pour cela que je ne souhaite plus me risquer à dessiner du vivant.

C’est en discutant avec Jean-Luc Masbou que l’idée est née : il souhaitait que l’on fasse quelque chose ensemble. J’ai immédiatement pensé à “Pinocchio” : mes pantins en sont issus. Pourquoi ne pas les associer à ses renards et ses personnages ? Ensuite, j’en ai parlé à Béatrice Tillier parce que mes pantins se sont inspirés de sa série “Fée et tendres automates”. Nous nous connaissions déjà à l’époque et comme j’appréciais son travail, je lui ai proposé de nous associer à trois. Elle m’a dit oui tout de suite. J’avais l’équipe idéale : Béatrice apportait à l’ensemble une sensibilité féminine, Jean-Luc ses magnifiques personnages vivants. On a ensuite travaillé tous les trois en pré-production. Avec Jean-Luc, on a affiné le découpage du storyboard et la création d’univers. Il s’occupait aussi de l’architecture et des personnages annexes à Pinocchio. De son côté, Béatrice a travaillé sur la fée aux cheveux bleus et sur les pages-titres de chaque chapitre.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser cet album, en combinant avec votre métier de tatoueur ?

Il m’a fallu un peu moins d’un an, je dirais onze mois. Je continuais de tatouer en même temps et je n’ai pas compté mes heures. Je dessine vite et je suis capable de rester quinze heures d’affilée devant mon ordinateur.

J’ai compris que cette adaptation de “Pinocchio” était importante pour vous. Quel message souhaitiez-vous faire passer ?

J’ai une troisième face dans ma personnalité : la psychanalyse. J’en suis passionné, j’ai reçu l’autorisation de pratiquer moi-même, sans pour autant le faire parce que je suis un artiste. C’est compliqué d’écouter les gens quand l’artiste a une présence plutôt “égocentrée”. Du coup, j’utilise cette compétence dans mon travail de création. “Pinocchio” porte vraiment le message qui m’intéresse dans la psychanalyse : il faut se libérer de ces étiquettes que la collectivité passe son temps à nous coller dessus. Les gens essayent de répondre aux attentes des autres au lieu de s’écouter eux-mêmes. On nous dit que “l’homme est un loup pour l’homme”, alors qu’au contraire, c’est en étant en paix avec soi-même qu’on sera en paix avec les autres. C’est le message que je souhaite apporter avec cette œuvre. Et je sens un encouragement à aller dans ce sens.

Quel effet cela vous fait de réadapter un personnage connu, principalement via son adaptation Disney, sous une forme différente de celle qu’on connaît ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Pinocchio de Disney est très conforme à l’original de Collodi, en version plus légère, plus “Coca-Cola”. Par contre, il y a des adaptations vraiment dérangeantes, comme celle de Winshluss. C’est une version trash, avec un Pinocchio punk qui est vraiment extraordinaire. Je la recommande très fortement. Même si elle est sortie il y a près de vingt ans, je me suis vraiment demandé si je devais faire une nouvelle adaptation. La mienne est dans un rapport très différent mais on a toujours peur de ne pas être à la hauteur quand on adapte une histoire qu’on aime.

Est-ce que vous souhaitez adapter les autres personnages de “La vérité de Pinocchio” en tatouages ? Par exemple, si quelqu’un souhaite la fée ?

Cela n’arrivera jamais ! Mon univers du tatouage a nourri mes bandes dessinées mais je ne pense pas que ce soit réciproque. Le tatouage, c’est pour moi avant tout un contact avec les gens. Je fais de la création pure en direct avec eux. Je fais des choses pour la personne, et non pas par rapport à un projet qui s’adresse à tout le monde. Un tatouage doit rester individuel pour respecter le sentiment de cette personne-là. Je serais gêné qu’on me demande de tatouer ma création sur quelqu’un.

Merci beaucoup pour ce partage passionné ! Nous vous souhaitons de vivre de superbes aventures avec vos compagnons articulés !

 

Découvrez les premières pages de “La vérité de Pinocchio“



En bref

One-shot
Une BD de : Béatrice Tillier, Jean-Luc Masbou, Loïc Malnati
Édition : Grand Angle


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Clément

Alors que certains ont appris à lire avec Oui-Oui, il a appris à lire en feuilletant les Astérix. Tombé dans la marmite des BD depuis tout petit, on peut maintenant le croiser en librairie ou en festival. Il tente maintenant d'apprendre à dessiner, toujours en feuilletant les Astérix, pour peut-être prendre la place de Didier CONRAD pour le prochain Astérix (ne lui dîtes pas qu'il n'a aucune chance 😉 ).

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