
Ecrit par McR le 19 novembre 2025
Dans les années 50, Barbie attend son futur mari Bram dans la gare de Hazard, un bled paumé en plein milieu des USA. Elle est accueillie par Hank qui va la conduire dans une famille très particulière.
Nous vous avons déjà parlé de “Rockabilly” dans notre chronique. Cette découverte devait inévitablement nous mener à rencontrer Rodolphe et Christophe Dubois !
“Rockabilly” est une vraie bulle dans le rock’n’roll des années 50 ! Comment est né ce projet ?
Rodolphe : Nous avons déjà réalisé sept ou huit albums ensemble, donc on se connaît bien. Nous avons donc conçu “Rockabilly” ensemble.
Pour nous, c’était important d’ancrer cela dans les années 50, et même en 1955 pour être plus précis. C’est l’année de naissance du Rock’n’roll !
Christophe Dubois : On fait tous les deux de la musique, on gratte un peu et on se dit qu’on serait meilleur à faire de la BD que de la musique !
C’est l’histoire d’une fille qui arrive dans un village perdu. Dès le départ, ça sent mauvais non ?
R : Elle ne vient pas là par hasard. C’est une ancienne délinquante qui a été mise dans une institution religieuse. Elle s’y est retrouvée pour des conneries. Ce qu’elle en dit, c’est que c’était l’horreur. Les bonnes sœurs étaient horribles et la seule façon qu’elle a trouvé de quitter ce milieu-là, c’est de se marier par correspondance avec l’agriculteur Bram.
Donc, elle vient là pour échapper à un milieu épouvantable. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle va tomber encore plus bas vu qu’elle tombe sur une famille de fous et meurtriers.
Ce n’est pas trop dur de broyer quelqu’un comme ça dans un scénario ? Elle va droit au casse-pipe non ?
R : Elle n’est pas si angélique. Elle utilise des termes argotiques qui effraient justement un peu le beau- frère. Non, ce n’est pas un joli ange blond. C’est une fille qui en a, qui en veut, qui ne se laisse pas faire, qui a déjà des défenses.
Dans sa nouvelle famille, le père cherche à la violer. Il y a Eddy également, qui est bizarre. Et il y a le troisième qui regarde bien les chiottes. Voilà le portrait des mâles de la famille. Ce qu’on a essayé de faire, c’est le portrait de la population d’une partie des États-Unis, en l’occurrence les Appalaches, dans les années 50. Ce sont des gens frustres, qu’on appelle les rednecks parce que courbés sur la terre, le soleil leur tapait sur la nuque. Ce sont des gens qui ne juraient que sur la Bible, le Winchester et le Bourbon. C’était leurs trois repères dans la vie. Et notre personnage principal, Hank, va troquer la carabine contre la guitare.
On a l’impression que Barbie , c’est une fleur qui pousse sur du purin. Ce n’est pas le cas ?
R :Il peut en effet y avoir une rupture entre son image angélique, une très jolie fille, une idée de pureté, mais au final, on découvre que ce n’est pas ça. Il s’avère que Hank a des capacités artistiques, musicales en l’occurrence. Quant à elle, elle n’en a pas particulièrement. Pour autant, ce qu’ils partagent, c’est une forme de révolte et donc de volonté d’émancipation. Pour lui, cela se traduit avec sa guitare, le rock’n’roll et l’écriture de textes, mais elle est plus limitée. Elle s’exprime à travers sa beauté, son langage et ses comportements. Elle aime danser, elle aimerait jouer de la guitare. Mais elle se rend compte qu’elle est loin d’être seule. Elle se rend compte que Hank, lui, a des capacités qu’elle n’a pas et qu’elle n’aurait sans doute jamais.
Peut-on dire que Hank est un artiste qui ne pense qu’à lui ?
R : Il a 17 ans et pas un sou en poche. Il n’a aucun savoir-faire hormis la guitare, il n’a même pas de voiture. Il n’a pas d’avenir en dehors de sa musique, alors que Bram est un travailleur.
CD : En tant qu’artiste, on peut rêver de gloire non ?
R : Hank est représentatif d’une certaine jeunesse. Jusqu’à l’après-guerre, années 50 à 55, l’adolescence n’existait pas. On passait de l’âge enfantin à l’âge adulte. Il n’y avait pas de transition. Alors surgit brusquement cette génération avec un ensemble de codes vestimentaires et musicaux. La coiffure, les types de Vespa, des moyens de locomotion différents…
On a inventé cette tranche d’âge qui s’appelle le “teenager“, qui n’existait pas avant les années 50. La bande son de cette évolution, c’est le rock’n’roll. C’est la musique qui a été le leader là-dessus. Notre personnage est en quête de lui-même et de son avenir. Tout passe par la musique, c’est obligatoire. Il est représentatif de toute une génération. J’ai écrit plusieurs bouquins sur le rock’n’roll et à chaque fois c’est la même chose : ce sont des gens qui viennent de milieux extrêmement modestes, religieux pour certains, et qui cherchent à exister, à se manifester, à avoir une place au soleil.
Voilà en réalité le message : chacun voit de manière différente sa place au soleil… et heureusement ! Que ce soit Hank, Barbie ou Bram, ils vont trouver leur chemin, mais est-ce le bon .. C’est une autre histoire !
Merci à Rodolphe et Christophe Dubois pour cette immersion dans le rock des années 50 !
McR
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