Bouche d’ombre

Couverture T.1

Lou 1985 est le premier tome de cette nouvelle série qui s’intitule Bouche d’ombre. Mon oeil n’a pas seulement été attiré par la date 1985 qui, pour l’anecdote, est celle de mon année de naissance mais par la couverture qui met en scène 8 personnages autour d’une table, pratiquant le spiritisme. Ayant moi-même pratiqué cet exercice étant ado, avec des amis tout aussi curieux que moi, j’ai eu envie de me replonger dans l’univers des ouija, des esprits et des questions sans réponses. En cette période de fête des morts et d’Halloween, voilà un bon prétexte pour lire cette jolie BD qui fait son petit effet. Froussards s’abstenir…

Maud Begon (Je n’ai jamais connu la guerre, KSTR) illustre brillamment le scénario de Carole Martinez, plus connue pour ses romans, notamment pour Du domaine des murmures, prix Goncourt des lycéens 2011.

Lou, belle lycéenne à la chevelure rousse, vit paisiblement sa jeunesse dans les années 80. Elle et sa bande de copains vont s’adonner un soir au jeu dangereux du spiritisme, comme le faisait Victor Hugo, auteur qu’ils étudient en classe. Les références à Hugo sont omniprésentes, le titre de la BD faisant référence à son poème Ce que dit la bouche d’ombre. Leurs vies vont à partir de cette soirée basculer : Marie-Rose, la dernière arrivée dans le groupe, se suicide et Lou se retrouve hantée par son fantôme. Elle décide alors de faire une séance d’hypnose afin de faire disparaître le spectre de Marie-Rose, qui apparaît toujours au moment où on s’y attend le moins. Ce sommeil factice permet autant à Lou qu’au lecteur de revivre la soirée de spiritisme avec de nouveaux éléments qui vont expliquer bien des choses.

L’originalité de cet album tient tout d’abord dans la période pendant laquelle l’histoire est située : l’auteure a choisi les années 80 en toile de fond. Pourquoi 1985 ? En raison de la mort de Victor Hugo en 1885 ? Le côté analyse littéraire de l’étudiante en Lettres que j’étais resurgit mais arrêtons là les suppositions tordues.

L’histoire s’ouvre sur une scène au Moyen-Age (époque fortement marquée par les superstitions et où la rousseur n’était pas vraiment à la mode), avec une héroïne, Louise, qui ressemble étrangement à notre Lou. La transition vers les années 80 se fait en douceur avec une chanson de Téléphone qui nous ramène vers une Lou endormie, qui rêve elle aussi « d’un autre monde ».

Poème Ce que dit la bouche d’ombre, issu du recueil Les Contemplations (1855), que l’on retrouve à la fin de la BD et dont voici le début :

L’homme en songeant descend au gouffre universel.P.34
J’errais près du dolmen qui domine Rozel,
À l’endroit où le cap se prolonge en presqu’île.
Le spectre m’attendait ; l’être sombre et tranquille
Me prit par les cheveux dans sa main qui grandit,
M’emporta sur le haut du rocher, et me dit :

Sache que tout connaît sa loi, son but, sa route ;
Que, de l’astre au ciron, l’immensité écoute ;
Que tout a conscience en la création ;
Et l’oreille pourrait avoir sa vision,
Car les choses et l’être ont un grand dialogue […].

 

Série prévue en 4 tomes chez Casterman.

 

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Fabie-N

Fabie a quitté sa Normandie natale pour une terre plus accueillante : la Bretagne. Elle rêve de laisser son métier de bibliothécaire pour décrocher un poste au parc Zombillenium mais pour ça, il faut être trépassé, alors elle attend un peu... La BD, elle n'est pas tombée dedans étant petite mais le hasard des rencontres change une destinée.

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