« Soucoupes » : interview d’Obion à Quai des Bulles

9782723499576_1_75« Soucoupes » est une BD vraiment étonnante. L’histoire se situe dans les années 50, dans une petite ville française (qui paraît-il ressemble beaucoup à Brest…). C’est un jour historique : les extraterrestres sont entrés en contact avec les humains et vivent en paix avec eux. Ils leur ont apporté de grandes avancées technologiques, spirituelles…

Mais Christian, un disquaire moustachu un peu bourru, ne le voit pas de cet œil : il n’aime pas trop ces extraterrestres en scaphandre ni tout ce folklore, et trouvait que tout allait bien mieux avant. Jusqu’au jour où un extraterrestre vient lui rendre visite dans son magasin de disques…

Nous avons découvert cette BD au festival Pré en bulles, en présence du scénariste Arnaud Le Gouëfflec, et cela a été un gros coup de cœur pour la Loutre Masquée ! C’est pourquoi nous avons choisi d’interviewer son dessinateur Obion au festival Quai des Bulles !

Nous l’avons rencontré dans l’espace presse… et il est super sympa !  :)

obionLa Loutre Masquée : Cette histoire est assez incroyable ! D’où vient cette idée ? L’avez-vous écrite ensemble, ou est-ce Arnaud Le Gouëfflec qui a tout écrit ?

Obion : Cette histoire a mis beaucoup de temps à voir le jour. Nous en avons eu les premières idées en 2009. Nous travaillions à l’époque sur une autre BD, « Vilebrequin ». Sur cette histoire, nous nous étions mis quelques contraintes, notamment d’intégrer le plus de ronds possible dans les images. Nous avions alors eu envie de créer tout un album là-dessus, et c’est ce que nous avons fait pour « Soucoupes » : il y a les soucoupes déjà, mais aussi les disques, le téton d’une femme, etc. Même le personnage central tourne en rond !

LLM : À mon sens, les thèmes qui ressortent de cette BD sont le racisme, ou encore l’art qui permet de faire se rapprocher des gens très éloignés…

O : En effet, cela parle beaucoup de la différence et de l’acceptation de l’autre.

LLM : Et au final, j’ai trouvé la fin plutôt optimiste. Est-ce comme cela que vous la voyez ?

O : Cela dépend ! Arnaud trouve cette histoire très optimiste lui aussi. Mais moi non ! Car le personnage central a beaucoup de problèmes, un peu comme tout le monde, et à la fin, sans vouloir spoiler les lecteurs, la solution qu’il trouve pour être heureux est davantage de l’ordre de la fuite en avant…

29blogLLM : L’ambiance de la BD est très « années 50-60 », qui se confronte à un univers de science-fiction, c’est plutôt original ! Quelle a été votre inspiration là-dessus ?

O : Je me suis beaucoup inspiré du cinéma de science-fiction des années 50, ou encore des épisodes de la 4e dimension. Il faut dire que je déteste dessiner des voitures contemporaines, donc j’étais bien content de dessiner des voitures des années 50 ! De plus, ce ton un peu « rétro » permet d’amener facilement vers un conte. Car finalement on est plus proche du conte que de la science-fiction !

LLM : Et cette petite ville française… Il paraît que c’est Brest ?

O : Oui, Arnaud et moi habitons à Brest, donc on s’en est beaucoup inspirés… mais cela pourrait être n’importe quelle ville française. D’ailleurs, sur la couverture, c’est la place Guérin de Brest. Arnaud et moi habitons chacun à un bout de la place, donc on a trouvé cela amusant de la mettre en couverture !

LLM : Il y a aussi cette super idée de l’extraterrestre qui souhaite découvrir la musique terrienne… C’est une idée de qui ?

O : Le héros donne à l’extraterrestre l’album « Ascension » de John Coltrane, pour le dégoûter, car cet album est vraiment très difficile à écouter. Arnaud est musicien, il écoute de tout et joue dans plusieurs groupes. On aurait donc pu choisir un disque de métal, mais on a préféré un disque de jazz un peu « extrême », ce qui est plutôt cool et ce qui colle bien à l’univers de la BD.

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LLM : Et au final, cet extraterrestre en scaphandre, qui ne parle pas, est très attendrissant…

O : Oui, on a voulu se mettre quelques contraintes à ce niveau-là : ne jamais montrer le visage de l’extraterrestre, ne pas le faire parler. Ainsi l’extraterrestre n’a pas de voix, pour que chaque lecteur puisse s’imaginer lui-même sa personnalité.

LLM : Oui, c’est une super idée : l’extraterrestre ne parle jamais, mais communique tout de même avec le héros. Je pensais qu’il parle par télépathie ?

O : On peut penser cela, c’est ouvert à toutes les interprétations… mais personnellement, je pense qu’il parle mais qu’on ne le montre pas dans nos cases.

LLM : Quel a été le processus de création pour toi ? As-tu dessiné de façon manuelle ou numérique ?

O : Tous les dessins sont faits de façon numérique. C’est la première fois pour moi, et c’était un sacré challenge !

Finalement, j’ai fait tout l’inverse de ce que je conseillerais à un jeune dessinateur de BD  ! Je n’ai fait aucun story-board, je n’ai pas dessiné dans l’ordre. Parfois je dessinais d’abord la dernière case d’une page, et ensuite la première…

soucoupes_extraitLLM : Alors, le dessin de façon numérique, c’est une bonne expérience ?

O : Une fois qu’on maîtrise les outils, le numérique est plus simple, car on peut tout corriger. Mais c’est aussi un piège, car du coup tu veux tout corriger ! Donc, comme je ne suis jamais entièrement satisfait de mon travail, au bout d’un moment, je me suis interdit de retoucher les planches.

LLM : Au final, Arnaud et toi êtes-vous satisfaits de cette BD ? A-t-elle eu un bon accueil ?

O : Oui, l’accueil a été très bon. Certains libraires nous ont mis en avant, comme leur « coup de cœur du moment », ça fait plaisir.

Personnellement, je ne relis jamais mes albums, car j’aurais envie de tout améliorer ! Donc j’en suis fier, mais je pense que j’aurais pu faire mieux. Dans l’histoire aussi, je trouve cela dommage qu’on croise quelques personnages secondaires, sans vraiment s’y attacher, par exemple la tante.

Cette BD a aussi reçu quelques prix : le Prix Coup de Cœur du public aux Utopiales de Nantes, ou encore le prix spécial du Jury du festival LyonBD. Avant, je disais que cette BD n’était pas de la science-fiction… mais vu qu’on a reçu un prix d’un festival de science-fiction, alors OK, c’est de la science-fiction !

les-chroniques-de-pvl-soucoupes-5LLM : Justement, comment définirais-tu cette BD ?

O : Je dirais que c’est un conte philosophique, une fable extraterrestre… Le côté extraterrestre n’étant finalement qu’un prétexte pour amener la quête du personnage principal.

LLM : On se voit aujourd’hui dans le cadre du festival Quai des Bulles, cela se passe bien ?

O : Oui, j’aime beaucoup ce festival : il est assez grand, mais pas trop non plus. On peut y voir beaucoup de monde, des chouettes expos… Cette année, je suis là pour dédicacer « Soucoupes », mais aussi « Obion au musée » aux éditions Lapin et « Atelier Mastodonte » chez Dupuis.

LLM : C’est la première fois que tu viens ?

O : Houla, non ! Je viens tous les ans. C’est assez drôle, car je venais étant gamin pour aller demander des dédicaces aux auteurs, puis plus grand j’y suis retourné pour présenter un fanzine, et depuis quelques années pour les albums que j’ai publiés. Cela a fonctionné par étapes.

LLM : D’autres projets dans les tuyaux ?

O : Oui, j’ai un projet de BD avec Lewis Trondheim… mais pas encore assez abouti pour en parler ! 😉

LLM : Merci beaucoup !

 

 

 

 

 

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bennyb

Co-fondateur de la Loutre Masquée, il est né en 1743, un mardi. Son but dans la vie : rendre le monde meilleur, avec des sites internet à base de loutres. Et il trouve que Spirou a vachement plus la classe que Tintin, quand même.

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